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Depuis
des siècles les Indiens des Amériques luttent afin
de préserver leurs cultures et leurs pratiques religieuses
dans une société nouvelle dominée par les valeurs
et les croyances judéo-chrétiennes.
Déjà
difficile dans la société dite "libre",
la lutte pour les droits religieux s'avère encore plus ardue
dans les prisons. Aujourd'hui on peut parler de faillite totale
dans les prisons, les Cours d'Etat donnant la plupart du temps raison
aux responsables des systèmes carcéraux et les réclamations
déposées par les prisonniers étant le plus
souvent rejetées, voire ignorées.
Pourtant
les pratiques spirituelles et religieuses des Amérindiens
profitent à la fois aux prisonniers et au système
carcéral. Des statistiques ont mis en évidence de
nombreuses fois que les prisonniers pouvant pratiquer leurs religion
retrouvent estime de soi, dignité et que le taux de récidive
est nettement diminué. Mais les administrations pénitentiaires
continuent à décourager la spiritualité amérindienne.
Elles refusent de reconnaître que les pratiques ne sont pas
les mêmes que celles des chrétiens. Non seulement elles
les refusent mais elles les entravent. Les brutalités et
les violences contre les prisonniers sont fréquentes, tout
comme le sont les tortures mentales, les transferts répétés,
l'interdiction des livres religieux, le harcèlement quotidien.
Aucun programme de réhabilitation, de réduction de
l'alcoolisme ou de lutte contre les comportements antisociaux (quand
ils existent) ne peut être plus bénéfique
que les pratiques religieuses. Les rares directeurs de prison qui
l'ont compris sont la cible de ceux qui s'y opposent et qui justifient
leur refus par des raisons de sécurité.
La
spiritualité des Amérindiens diffère de la
doctrine religieuse chrétienne. Pour les Chrétiens,
la pratique de la religion et les activités quotidiennes
sont distinctes. En revanche, les formes religieuses et politiques
des tribus sont inséparables du quotidien des Amérindiens.
L'utilisation même du mot "religion" est inadéquate
pour parler de la spiritualité amérindienne, car de
ce fait on ne prend pas assez en considération le lien indéfectible
et les imbrications entre spiritualité et culture.
Len
Foster* (conseiller spirituel des prisonniers amérindiens
et éducateur de prison) décrit ainsi les significations
des pratiques: "Les sweat lodges purifient
le corps et l'esprit... cela résout toutes les craintes,
tous les malentendus de la journée... La Pipe sacrée
prend nos prières et va les porter jusqu'au Créateur...
Les cheveux longs sont la superbe expression de notre indianité...
C'est un extension de nos prières et de nos pensées,
un sentiment universel de sérénité et d'harmonie
avec le Créateur...."
Les
pressions et les luttes menées par les Indiens eurent pour
conséquence le vote par le Congrès d'une loi appelée
"Religious Freedom Restoration Act" (RFRA),
signée par Bill Clinton en 1993. Cette loi fut bien accueillie
par les prisonniers. Les prisons d'Etat eurent soudain à
faire face aux nombreux détenus qui utilisèrent la
loi pour faire respecter leurs droits religieux. Par exemple les
prisonniers Indiens d'Oklahoma purent ainsi rejeter le règlement
intérieur concernant la tenue des prisonniers (Grooming
Code). Ils étaient jusque là, battus, enchaînés
puis les gardiens leur rasaient la tête de force...
Mais
en 1997, la Cour Suprême des Etats-Unis déclara cette
loi inconstitutionnelle: "Ce fut une
bénédiction pour l'administration carcérale,
écrit Alex Montana**,
et les prisonniers une fois de plus, furent obligés de s'embarquer
dans de nouvelles procédures judiciaires pour tenter de faire
avancer leurs droits religieux". En effet, malgré
les promesses du Congrès de retravailler rapidement sur une
nouvelle loi, les prisonniers concernés attendent toujours.
En revanche certains Etats (comme celui du Texas) n'ont pas
perdu de temps et profitant de l'absence d'une loi fédérale,
ils ont rapidement fait voter des lois sur les droits religieux
qui sont loin d'être favorables aux prisonniers mais plutôt
largement restrictives....
AMERICAN
INDIAN RELIGIOUS RIGHTS FOUNDATION (AIRR)
Que
faire quand on en arrive à un tel niveau de blocage?
Continuer la lutte en attirant l'attention de la société "civile".
C'est ce que fait Alex Montana, depuis sa cellule d'une prison
au
Texas où il est enfermé depuis 18 ans, en créant
l' organisation "American Indian Religious Rights Foundation"
dont le but est de demander au citoyen texan de se prononcer sur
cette question et donc de faire pression auprès du gouverneur
George Bush Jr.
L'organisation AIRR
rencontre un bon accueil parmi les prisonniers amérindiens
qui n'hésitent pas à lui demander de l'aide et à
raconter dans le journal "ARROWS in the Wind" les
pressions et les harcèlements dont ils sont victimes. AIRR
reçoit également des soutiens internationaux et a
donc créé des bureaux en Allemagne et en France pour
regrouper les supporteurs européens.
*Len
Foster, Indien Navajo traditionaliste, conseiller spirituel
et Directeur du Navajo Nations Corrections Project. [
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**Alex Montana,
Indien Comanche traditionaliste, incarcéré au Texas
depuis 18 ans. [ retour au texte ]
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