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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Prisonniers
M A I S O N   D E   F E R . . . U S A

        RETOUR AU BULLETIN | JAMES LOCKLEAR BROOKS

Artiste lumbee-cheraw de Caroline du Nord, âgé de 37 ans, James Locklear Brooks purge une peine de prison à perpétuité à Albion, en Pennsylvanie. Militant au sein de sa prison, il est l'un des porte-parole des prisonniers indiens qui se battent contre l'adminidtration pénitenciaire de l'Etat pour revendiquer le droit de pratiquer leur tradition spirituelle et religieuse. Nous vous proposons ci-dessous un texte qu'il nous a envoyé.

 L'ART EN RÉSISTANCE

James Locklear Brooks peint et écrit en prison avec bonheur et talent. La création donne un sens à sa peine et lui fournit les outils d'une reconstruction identitaire individuelle. Ses toiles et dessins, le plus souvent des aquarelles, sont une célébration de la culture indienne et le reflet de ses positions politiques expliquant les injustices subies par son peuple depuis 500 ans.
Ses peintures circulent à travers les Etats-Unis, dans les universités et les galeries d'art. L'American Indian Mouvement a reproduit plusieurs de ses tableaux sous forme de posters de soutien, pour la libération de Leonard Peltier ou par exemple pour la lutte pour la protection du site sacré de Margantown, en Virginie de l'Ouest, où est prévue la construction d'un centre commercial.
James vient de faire parvenir au CSIA, 8 nouvelles superbes aquarelles, qui sont intégrées à l'exposition "L'Art Enchaîné". Celles-ci, ainsi que les toiles d'autres prisonniers artistes seront présentées le 12 octobre, lors de la journée de solidarité.

   Effrayés, solitaires, ils arrivent de façon routinière, comprimés comme des sardines dans un bus du Service des Corrections. Restreints dans leurs mouvements par des chaînes à la taille, des menottes aux poignets et des fers aux chevilles, ils sont rassemblés en troupeau et poussés par des gardes qui brandissent des matraques, des fusils impressionnants et des armes de calibre 12.

   Bienvenue au Service des Corrections, centre de classification des prisonniers de n'importe quelle ville, de n'importe quel Etat des USA. L'Amérindien est d'autant plus considéré comme un "étranger" qu'il se trouve parmi les nombreuses cultures et visages sortant des véhicules de l'oppresseur. Un vestige de son peuple torturé, il est le descendant de la Pré-Amérique.

 

  Il demeure habituellement seul et il est généralement pris pour cible, recevant plus que sa part de harcèlement et de moquerie. Pour n'importe quel autre prisonnier, la classification n'est qu'un désagrément transitoire, juste un autre arrêt sur le chemin de la peine à purger. Après avoir subi la coupe de cheveux militaire, la douche et avoir endossé la tenue du centre pénitentiaire, ils sont placés dans des cellules d'un mètre quatre-vingt sur deux mètres soixante qinze, en attente d'un traitement supplémentaire.

   Pour un Américain blanc, la classification est une réalité pure et simple et un destin tragique imminent. Pour un Indien qui pratique la religion traditionnelle de son peuple et pour qui le port des cheveux longs est un dogme, la chaise du barbier est associée à la "chaise électrique" et la classification est la "Maison de la Mort". Coupé de sa famille, de ses amis et des racines culturelles, l'Indien est désespérément seul et doit faire face à une condamnation imminente, une rupture brutale avec le créateur.

   Dès l'enfance, on lui a enseigné que ses cheveux étaient l'extension de son esprit et qu'ils représentaient un amour profond et durable pour toutes les choses vivantes. L'Indien traditionnel assimile ses cheveux à chaque autre partie de son corps. Couper ses cheveux sans raison spirituelle extrêmement sacrée, comme le décès s'une personne chère, donnerait à l'Indien un coup mortel.

   Il est probable, tandis que vous lisez ces lignes, qu'un Indien emprisonné quelque part aux Etats-Unis est en train de subir ces situations horribles. De secondes en secondes atroces, la vie s'écoule lentement, dirigeant son esprit, un battement de coeur à la fois, vers un trou noir dans lequel il est difficile de ne pas entrer. La fenêtre vers son âme, son lien avec le Grand Esprit, est sur le point d'être brisée, laissant ainsi un homme blessé, sans la force d'une vie spirituelle.

   C'est un autre "Couloir de la Mort", dans un système où la Justice est intransigeante et raciste. Un endroit où l'ignorance poursuit le viol spirituel et culturel des Amérindiens derrière les portes closes. Loin des yeux et loin du coeur.

James Locklear Brooks "Screaming Eagle"
Traduction: Nelly Boucly

 

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