Le
riz sauvage (menomin dans la langue des Chippewa) est une graminée
qui pousse en abondance au bord des nombreux lacs du Minnesota
et du Wisconsin.Très nourrissantes, ses graines constituent une
nourriture
de base pour les nations indiennes de la région et représentent
un important élément de leur culture. De récentes études
portant
sur le génome de cette plante font craindre le pire aux nations
chippewa,
qui lancent un appel pour mettre fin à cette menace pesant
sur leur économie et leur spiritualité.
En
1999, des chercheurs de l’Université du Minnesota, travaillant avec les firmes
Monsanto et Pioneer High-Breed, annoncent
le lancement d’une recherche sur le
génome du riz sauvage. Les scientifiques
affirment vouloir seulement « améliorer »
certaines caractéristiques de la plante afin
qu’elle soit plus aisément cultivable. Il s’agit
de la rendre moins sensible aux maladies,
d’améliorer la taille de ses grains et de
diminuer sa propension à se re-semer
sous l’action du vent, ce qui est son mode
naturel de propagation. Ces chercheurs
disent ne pas avoir l’intention d’apporter
des gènes extérieurs à la plante et ne procéder
qu’à des hybridations favorisant tel
ou tel de ses caractères, estimé avantageux.
Riz
sauvage « amélioré » On joue sur
les mots. Ce « nouveau riz
amélioré » sera différent de la plante originelle.
Faire du riz sauvage une plante
cultivée (qui profiterait évidemment aux non-indiens) est
vécu par beaucoup d’Indiens
comme une dépossession conomique,
culturelle et spirituelle. Or il est
déjà cultivé dans des parcelles aménagées
depuis les années 1980, non seulement
au Minnesota, qui en reste le plus gros
producteur, mais aussi en Californie. Il va
de soi que les agriculteurs sont demandeurs
d’une plante qui se prête mieux à la
culture, leur assure un meilleur rendement
et de plus gros bénéfices. Ils ont même en
partie financé la recherche menée par
l’Université. Précisons que ce riz cultivé est commercialisé sous le label « riz sauvage »
, ce qui est une petite escroquerie. Plus graves sont les vives inquiétudes
manifestées par les communautés indigènes,
car elles concernent avant tout la
survie même de la plante qu’ils récoltent
et utilisent depuis des millénaires. Les
pollens de ce riz sauvage « amélioré » (qui
n’aura plus de sauvage que le nom) risquent
de contaminer la variété naturelle, à
laquelle les Indiens sont très attachés
pour des raisons culturelles, et d’éliminer
définitivement une plante que la pollution
des eaux a déjà mise en péril. Et on
ne sait pas si d’autres graminées sauvages
ne peuvent aussi se trouver atteintes. Des agriculteurs
californiens utilisent déjà une variété stérile de ce riz.
Ils sont
donc obligés d’acheter tous les ans de
nouvelles graines, ce qui est fort avantageux
pour la firme qui les leur fournit.
On objectera que la Californie est loin du Minnesota. Mais combien faudra-t-il
de temps pour que ces plans stériles arrivent
en pays chippewa ?
Bio-colonialisme, bio-terrorisme Les
Indiens, instruits par l’expérience,
craignent surtout qu’une véritable modification génétique
(*) n’intervienne. Cela
permettrait à ses « inventeurs » d’obtenir
en bonne et due forme un brevet, qui leur
réserverait le droit exclusif de produire,
d’utiliser et de vendre le produit de leur
invention. Quand le menomin des Chippewa
aura été entièrement contaminé par la
variété génétiquement modifiée, il
ne
leur appartiendra plus et ils n’auront
même plus le droit de le moissonner, de
le vendre et de le consommer. Les Indiens du
Minnesota, du Wisconsin et
du Michigan n’ont pas tardé à réagir contre
ce que Winona LaDuke ne craint pas d’appeler
le « bio-terrorisme ». En mai 2002,
plusieurs douzaines d’Indiens ont manifesté durant la conférence
annuelle de biotechnologie, qui se tenait à Minneapolis.
Certains d’entre eux ont qualifié la
recherche génétique de « génocide culturel
et spirituel ». « Les communautés indigènes
n’aiment pas les travaux qui se déroulent ici
et s’opposent aux manipulations génétiques
qui vont en résulter », a déclaré Hannah
Gurno, qui travaille pour la protection du
riz sauvage, au côté de Winona LaDuke. «
Nous nous inquiétons du transfert du
pollen des plants cultivés vers les plantes
naturelles, qui modifie ou même élimine
une plante sacrée que nous utilisons dans
nos cérémonies. » Les biologistes de l’Université du Minnesota
se défendent de vouloir procéder à de véritables
manipulations
génétiques
sur le riz sauvage, assurant qu’ils ne mettent
en œuvre que des méthodes traditionnelles
d’agriculture. Cependant, le fait
qu’ils aient procédé à cette recherche génomique,
en collaboration avec des partenaires
connus pour commercialiser des
végétaux génétiquement modifiés, sème
le
doute sur cette affirmation. Aussi, les ommunautés
indiennes se montrent-elles
extrêmement vigilantes sur un problème
aussi sensible.
Synthèse
: Monique Hameau
Sources :
– Communication de White Earth Land
Recovery Project, février 2002
– TwinCities com, septembre 2002
(*) Il y
a « modification génétique » d’une
espèce quand on retire et remplace un ou
plusieurs de ses gènes par d’autres, provenant
d’une espèce différente. [ retour
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