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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Porto Alègre
T É M O I G N A G E   D' U N E   "L O N K A",
C H E F   D E   C O M M U N A U T É   M A P U C H E

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Le témoignage qui suit a été recueilli par Colette Auffray-Poblete, dans les jardins de l'université de Porto Alègre au Brésil, lors du Forum Mondial, le 20 janvier 2003.

   « Je suis venue dénoncer ici, au Forum Mondial, la torture que nous vivons aujourd'hui, nous, les Mapuche du Chili.
   Moi, je suis Juana Calfunao Paillalef, Lonka de la communauté "Juan Paillalef". Je vis dans la commune de Cunco, dans la IXème Région au Chili.
   Je viens dénoncer le gouvernement chilien qui nous a torturés le 12 mai 1999.
J'ai été tabassée parce que je défendais les droits à la revendication de ma terre. J'y ai perdu un bébé. Le cas a été transmis aux tribunaux et rien n’a été fait. Mon fils et moi avons été torturés en présence de tous les prisonniers de la geôle, en 1999.
   Le 5 mai 2002, à nouveau, j'ai été reconnue par l'intendance à la police. Nous sommes arrivés de notre Communauté vers 10 heures du matin, un policier m’a reconnue, m'a arrêtée à nouveau et m’a brisé cette dent, me frappant à tel point que j'en ai perdu connaissance. Ils m’ont traînée et arrêtée.
   Cela n'a pas eu lieu durant le gouvernement Allende mais durant celui des démocrates socialistes où a eu lieu un véritable génocide. Je suis très contente du Président Allende mais pas des autres. Ce sont de vrais dictateurs avec nous.
Et moi, je veux vous dire ceci : s'il y a des personnes qui, réellement, peuvent nous aider, qu’elles consultent l'information que j'ai faite au Forum, car j'ai dénoncé ces faits auprès de la Commission sur la Torture et l'Impunité. J'ai participé au "groupe des femmes" et y ai dénoncé tout cela pour recevoir quelque appui. Je n'ai pas pu dénoncer l'affaire de ma dent aux tribunaux chiliens parce que je n'ai pas les moyens financiers de prendre un avocat et d'aller à la ville.
   Alors, j'en suis là et donc, eux, les policiers, ils se sont moqués de moi.

   On poursuit sans cesse l'un des membres de ma communauté indienne, cela s'est encore passé le 1er janvier de cette année. Récemment on l'a pris, on l'a tabassé, arrêté sans raison, sans rien qui le justifie, pour le simple fait qu’il est Indien mapuche ! À tel point qu'il en est venu à vomir du sang. Puis il a échappé à la police durant trois jours. Je suis allée ensuite avec lui à l'hôpital et, devant le médecin, on l'a tabassé de la même manière et on l'a piétiné et tabassé encore. Il a 18 ans, il est bien malade. Et ensuite le carabinier a soutenu tout le contraire. Il a dit que le jeune Mapuche l’avait frappé. La police veut incarcérer ce jeune de 18 ans et un autre Mapuche de 20 ans. Ils sont tous deux de ma Communauté.
   Deux de mes neveux vont très mal, suite aux passages à tabac.
   Et puis, je le répète, nous n'avons pas de moyens financiers pour nous défendre en prenant un avocat. Il y a un tribunal mais les tribunaux ne servent à rien (exemple : au tribunal, le Procureur est fils de l'avocat et c'est une vrai mafia !) Au ministère de la justice, une réforme pénale de la justice est en cours.
Personne ne se soucie des Mapuche.
   Je vends ces calendriers et ces tee-shirts pour aider ma communauté. Il y a une réunion aux États-Unis sur "Les Droits des Peuples Indiens" du 22 au 28 février 2003, à Washington. J'aimerais aller y dénoncer tout cela. Comment pourriez-vous organiser un financement dans votre pays pour aider à payer le billet d'avion ?

   Je suis l'une de rares femmes Lonka qui existe au Chili, il n'y a même aucune autre Lonka. J'ai mené une lutte très dure parce que j'étais femme.
   Ma mère a été maltraitée, elle a 75 ans et s'appelle Mercedes Paillalef. Actuellement elle a une hanche cassée, elle marche difficilement. Elle n'a jamais reçu d'aide pour sa santé, ni reçu un seul sou, ni aucun salaire, comme les Chiliens en reçoivent. Nous ne savons comment faire.
   Je vous invite dans ma communauté, moi, Lonka, pour que vous voyiez que ce que je vous dis est juste, que ce n'est pas un mensonge.
Je répète que je suis indienne, Lonka de la communauté Juan Paillalef, chef politique de cette communauté, la seule qui subsiste !

Juana Calfunao Paillalef

   Je voudrais réaliser un investissement dans ma communauté indienne, réaliser un travail pour que les nôtres n'émigrent pas vers la capitale et pour générer des ressources. Je suis disposée à travailler cet aspect économique avec vous.
Et je suis ici avec les produits que nous avons réalisés. Nous faisons aussi de la sérigraphie, nous avons de petits ateliers rustiques. Pour obtenir de meilleurs dessins, il nous faudrait un ordinateur et une imprimante. Mais ce qui est basique, c'est la présence d'un "esprit fort". Si celui-ci m'a été donné, c'est pour relever ma communauté indienne :

  • pour réaliser ce que nous tentons de faire naître,
  • pour générer des ressources financières pour tout simplement ne pas mourir de faim ! (nous sommes une communauté indienne très pauvre) »

   Un jeune de 25 ans, étudiant en Sciences Sociales à l'Université de Temuco et qui était présent, m'a confirmé les propos de doña Juana et m'a demandé instamment de lui venir en aide. Il avait entendu parler de sa lutte et l'a enfin rencontrée au Forum. Il restera en contact solidaire avec elle. Il m'a donné son adresse à lui.

   « Il faut qu'une voix s'élève, poursuit doña Juana, et aussi dans le domaine politique pour que tout cela puisse générer quelque chose, pour montrer au monde entier comment nous pouvons relever notre communauté indienne, dont je suis Lonka.
   Je le répète, actuellement nous vivons une expérience de torture, de génocide, de dictature !
   Je voudrais vous parler de tout cela car ce que nous vivons est très dur. Nous tous, les Mapuche, avons perdu un membre de chacune de nos familles, par exemple les carabiniers ont tué le Mapuche du nom de Lemun.
   Mais, comme je vous le disais, il en est de même de bien des Mapuche et rien ne transparaît dans la presse ni à la télévision.
   Je suis de la campagne, d'une communauté entre le lac Villarica et le lac Colico. Je vis près des grands propriétaires latifundistes. Et ceux-ci, tous les jours, envoient un commando paramilitaire pour tenter de me ravir une terre que je possède.

   Je voudrais aider ceux qui investiraient à créer sur ma terre une station thermale, un tourisme écologique mapuche. Nous, nous possédons la terre et l'investisseur aurait la jouissance de l'économie créée.
Nous pourrions travailler ensemble. »

 

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