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Voyage - Rencontres
C O M P T E - R E N D U   D' U N   V O Y A G E   À   D I N É T A H (1)

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7 Juin 2003. Départ. Ça y est, on le réalise enfin ce voyage. Né d’une idée folle, un soir, lancée au hasard. Né de l’envie de partager entre amis des expériences vécues chacun de notre côté les années passées, les uns chez les Lakota, les autres chez les Diné, mieux connus sous le nom de Navajo. Retour en terrain connu pour saisir les changements, retrouver des amis laissés derrière nous… Se souvenir, aider aussi. Nous avons quelques dollars en poche pour les Diné, argent récolté grâce à vos dons, afin de les aider dans leur résistance quotidienne. Difficile mission qui repose sur nos épaules… L’argent, même s’il est issu de bonnes intentions, crée souvent des dissensions et des disputes une fois que l’on veut le distribuer sur place… Ce voyage, nous en avions souvent parlé, rêvé… Cette fois, l’avion décolle…

Chez les Blackfire…

   11 juin. Notre périple commence par une visite aux Benally, à Flagstaff. Entre deux tournées, entre deux interviews, les Blackfire nous accueillent chez eux. Nous faisons la connaissance de leurs dix moutons - que Clayson, Jeneda et Klee tondront devant nous - de leurs sept chevaux… C’est un délice de les entendre répéter leur nouveau tube, tout juste enregistré, et dont les paroles sont tirées d’un poème de Woody Guthrie (2).
   Berta, la mère, s’affaire, court partout, passe de nombreux coups de fil. Elle est en pleine organisation de la tournée européenne de septembre-octobre (3). Jones, le père, est souvent absent. Homme médecine, il est très demandé à l’hôpital de Winslow avec lequel il travaille.
   En effet, depuis 1955, des efforts ont été faits pour concilier les deux médecines et pour instaurer une meilleure collaboration entre les différents praticiens sur la réserve. Cette année-là, le gouvernement navajo et l’université de Cornell ont mis en place un programme de recherche sur la santé au sein de la communauté de Many Farms, en Arizona. Même si le projet s’est arrêté en 1962, il avait déjà jeté les bases d’une meilleure connaissance réciproque entre les médecins occidentaux et les hommes médecine navajo. A la fin des années 1960, tous les praticiens concernés considéraient nécessaire de préserver les savoirs traditionnels pour les générations futures.
   Au début des années 1970, certains médecins américains ont commencé à accorder un plus grand respect aux pratiques traditionnelles navajo et les hommes médecine ont pu accomplir des cérémonies au sein des centres médicaux, les Public Health Centers, qui s’ouvraient sur la réserve. Des salles spécifiques ont été attribuées à la pratique de ces cérémonies, avant qu’on ne voit se construire, dans les années 1980, des hogans cérémoniels dans la cour des hôpitaux. Aujourd’hui encore, les deux systèmes de santé ne sont pas en conflit mais en étroite collaboration, chaque praticien informant l’autre des traitements qu’il administre et des progrès observés sur le patient.

Un projet vidéo au sein des communautés

   En dehors de leur groupe Blackfire, chacun des enfants Benally a bien sûr ses propres occupations. Klee nous fait ainsi partager son intérêt pour la vidéo et les reportages. Il a fondé en 2001 une association, l’Indigenous Action Media (IAM)(4), dont le but est d’aider les communautés indigènes à s’exprimer sur les questions de l’environnement, des droits de l’homme, du racisme, de la spiritualité et tout autre thème lié à l’assimilation et à la colonisation, via la vidéo et les médias. IAM propose une formation pratique en documentaire vidéo ainsi qu’une sensibilisation aux problématiques des médias et de leur influence.
   L’association a déjà permis à Wallee Crittendon (fille de Louise Benally, âgée seulement de 12 ans) de réaliser un documentaire de 5mn qu’elle a entièrement écrit et filmé. Très personnel, très intime mais aussi très grave, il nous livre les sentiments de cette adolescente au lendemain de la destruction au bulldozer du site sacré de la Sundance, par le BIA et les policiers hopi, en juillet 2001, site se trouvant juste derrière son hogan, sa maison, sur les terres qu’elle habite depuis sa naissance. Elle y évoque son frère, Erick, âgé de 17 ans à l’époque, arrêté par la police hopi et mis en prison pour avoir pris des photos, également accusé de tresspassing, de violation de propriété privée, alors qu’il n’a connu que ces terres depuis qu’il est venu au monde. Dénonciation pleine de rage, d’émotion et d’injustice face à la violence d’une situation d’intolérance qui dure, s’éternise sans que grand monde ne semble s’en soucier…(5)

En route pour Big Mountain…

   13 juin. Nous devons aller au cœur de la réserve, de l’autre côté des barbelés, en terre officiellement hopi et pourtant majoritairement habitée par les Diné depuis des siècles. Nous devons retrouver Louise Benally, croisée il y a trois ans et dernièrement très touchée par les pressions des policiers hopi et du gouvernement fédéral. Klee nous dessine un plan ou, devrais-je dire, essaie de nous indiquer notre route là où la seule façon de se repérer est de compter les arbres puis le nombre de pneus de voiture empilés aux intersections des chemins… Ce plan restera dans les annales. Nous l’avons d’ailleurs gardé pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient s’y aventurer…


   Nous réussissons finalement à atteindre la bien nommée « Navajo Highway » ou «Big Mountain Boulevard », cette route non bitumée, axe principal traversant Big Mountain du nord au sud, qui tient plus du chemin chaotique que du boulevard, et sur laquelle il vaut mieux conduire un 4 X 4 qu’une voiture de tourisme. En tout cas, mieux vaut louer sa voiture dans une agence qui ne contrôlera pas les amortisseurs au retour… C’est une fois sur cette « autoroute » que tout se complique. Après avoir rendu visite bien malgré nous aux différents voisins de Louise, nous atterrissons, la nuit tombée, chez un de ses frères, Leonard. Se demandant bien ce qu’on est venu faire en plein cœur de la réserve, dans ce désert où il n’y a ni eau courante, ni électricité, il nous répond dans un premier temps, à la lumière de la bougie, que Louise s’est absentée en ville, à Tuba City. Puis, voyant qu’on ne se décide pas à partir, il nous conseille d’aller chez leur frère, John. Prenant conscience qu’en plein jour il nous serait déjà très difficile de trouver notre chemin et qu’à la seule lumière de la pleine lune, cela risque donc d’être très périlleux, il se décide à nous y conduire. Au volant de son pick-up, il s’envole littéralement, essayant de nous semer, de nous tester… Cette course-poursuite, en pleine nuit, à travers la route défoncée de la réserve, à essayer d’éviter à la fois les trous, les nids de poule et les troncs d’arbres, restera longtemps gravée dans nos mémoires… S’étant alors assuré de notre bonne volonté et de notre détermination, Léonard ralentit un peu et nous arrivons enfin chez John. Après quelques questions à notre égard, sur nos intentions, notre présence ici, ils discutent tous les deux en navajo. Puis John demande à son frère de nous conduire chez Louise. Elle est donc bien chez elle et non à Tuba…

Mines, charbon et uranium…

   Malgré l’heure tardive et la fatigue, Louise nous accueille à bras ouverts. On discute alors de ses différentes activités, de son travail au Service de santé indien, l’Indian Health Service, pour lequel elle recense les besoins en eau de onze communautés, dont Big Mountain. Elle prévoit également la construction de réservoirs d’eau et d’éoliennes. Depuis une dizaine d’années, la sécheresse s’impose véritablement et les pluies, la neige ne font plus partie que du souvenir. Les tempêtes ne sont plus que des tempêtes sèches, des tornades de sable. La dernière véritable averse remonte à il y a trois ans… Pourtant, comme elle nous le confiera lors de l’interview filmée que nous ferons d’elle quelques jours plus tard, lorsqu’elle était jeune, la végétation était très abondante. Il pleuvait souvent et Big Mountain était une région riche, un lieu d’échange, de commerce avec les différentes tribus voisines. Aujourd’hui, la végétation meurt, les troupeaux diminuent, Big Mountain est décidément un vrai désert, une « zone de sacrifice national » selon les termes de Louise. La cause ? L’assèchement de la nappe phréatique par l’exploitation intensive des mines de charbon de Kayenta et de Black Mesa, situées sur la réserve. Peabody Coal Company, qui possède ces mines, pompe 12 litres d’eau par minute afin de faire circuler le charbon, se souciant bien peu des conséquences sur la faune, la flore et les habitants.

Les San Francisco Peaks condamnés aux neiges éternelles ?

   Le 14 juin, nous assistons, invités par Louise, à une réunion de la Diné Bidziil Coalition (6), à Flagstaff. La question des monts San Francisco (voir Lettre de Nitassinan n° 21) y est abordée afin de trouver une méthode de résistance au projet d’agrandissement de la station de ski qui défigure déjà cette montagne sacrée. De la neige artificielle y serait fabriquée en recyclant les eaux usées. Non seulement cette nouvelle extension constitue une menace pour la montagne elle-même et toutes les croyances et les pratiques religieuses qui y sont attachées, mais en plus, recycler l’eau qui a été en contact avec les déchets et les morts représente une violation de tabous insupportable pour les Diné. Louise Benally explique, lors de la réunion du Diné Bidziil, qu’elle a parcouru les différentes communautés de la réserve afin de leur faire signer une pétition qui a abouti à l’adoption d’une résolution sur les sites sacrés et leur préservation. Son intention est d’aller ensuite dans différentes tribus également concernées par la profanation des monts San Francisco.
   Est également présent à la réunion, Philmer Bluehouse, homme médecine réputé, membre du Peacemaking Institute (Institut pour la Paix) qui intervient régulièrement en public pour informer sur la culture navajo (« L’ignorance est plus dangereuse que le partage maîtrisé des connaissances » nous confiera-t-il à la nuit tombée, dans son hogan cérémoniel, quelques soirs plus tard…). Il a fondé la Creation Native Narrative, organisation qui recense et fixe par écrit les mythes et récits relatifs aux sites sacrés afin qu’ils soient connus et compréhensibles par les non-Navajos. Ces derniers prennent ainsi conscience que, même si les Diné ont une culture majoritairement orale, elle régule toute chose au sein de tout l’univers et ne doit pas être négligée, voire ignorée. Philmer tient à montrer que les récits qu’il raconte, les mythes qu’il se remémore, ne sont pas du folklore mais bien une « …base de données de l’Histoire. Ces informations sont très importantes pour comprendre le fonctionnement de l’Univers. »
   Philmer est persuadé que le savoir détenu par les Diné peut également être bénéfique aux autres cultures. En partageant ses connaissances sur les monts San Francisco, il se distingue des autres hommes médecine, plus réticents à la vulgarisation du savoir. Il essaie surtout de sensibiliser les responsables du projet de construction de la station de ski, victimes, selon lui, de leur ignorance et non de leur mauvaise volonté. San Francisco Peaks, la montagne sacrée de l’ouest pour les Diné, est source de sagesse. Montagne femelle, elle est savoir, connaissances, nourricière. « Elle est nous et nous sommes elle. Elle nous fait vivre, par la nourriture et l’eau qu’elle nous donne. Nous la nourrissons par nos prières et la nourriture que nous lui fournissons en retour. Il faut protéger cette montagne à tout prix. »
   Une grande manifestation, en haut de la montagne, a réuni, en août dernier, la dizaine de tribus menacées par l’agrandissement de la station de ski.

Le monstre Uranium est de retour…

   L’autre thème de la réunion concerne l’uranium. Encore et toujours. Norman Brown, coordinateur du Diné Bidziil, veut se battre au niveau politique. Il y a dix ans, Peterson Zah, alors président de la Nation navajo, a déjà signé une résolution, qui n’a eu aucun impact sur la politique énergétique de leur territoire. Aujourd’hui, Norman Brown tient à faire pression sur Joe Shirley, le président navajo récemment élu. L’affaire est d’autant plus urgente que le projet de loi fédérale sur l’énergie, l’Energy Bill Proposal, pourrait donner plus de pouvoir aux tribus en terme de décisions et de négociations avec les industries minières. Cette loi pourrait avoir des effets dévastateurs pour les tribus et les compagnies minières pourraient en profiter et se multiplier. Norman Brown tient à réunir très rapidement de nombreuses tribus concernées par l’uranium, afin de pouvoir résister plus efficacement et de parvenir à des solutions plus avantageuses pour les Amérindiens.

   15 juin. Alors que nous rendons visite à Kee Watchman (après avoir cherché notre chemin pendant plusieurs heures…), il nous confirme ce que Louise nous a déjà dit la veille : la reprise - non officielle - de l’exploitation de certaines mines d’uranium est bel et bien à l’ordre du jour. Alors que les mines ont été fermées il y a vingt ans (il y en avait alors près d’un millier en activité, toutes à ciel ouvert), seulement cinq ont été nettoyées et rendues conformes aux normes sanitaires et de sécurité. Ces derniers mois, les habitants de Big Mountain ont pu apercevoir de nouveaux mouvements de camions autour des mines… les routes qui y mènent sont silencieusement et doucement remises en état, en vue des prochaines exploitations… D’après une femme présente à la réunion, des va-et-vient de camions ont lieu en pleine nuit dans le sud de l’Utah. Les pressions pour faire partir les résidents gênants (c’est-à-dire ceux dont la maison est précisément construite sur un gisement d’uranium, comme Kee Watchman par exemple) reprennent… Nul doute que les plans énergétiques de Bush sont actuellement mis en pratique sur Dinétah… et le pire reste à craindre… Les dégâts irrémédiables qui pèsent sur la nature et sur les hommes ne sont pas près de disparaître. « Les monstres reviennent régulièrement à travers les siècles et sous différentes formes, a déclaré Louise. Cette fois, ils reviennent sous la forme de George Bush et de l’uranium. »

   Pourtant (et heureusement), les familles résistent toujours. Ce sont encore quelques 600 personnes qui résident dans ces coins reculés et isolés de la réserve et qui subissent régulièrement les pressions fédérales et hopi, destinées à les forcer à se reloger sur les « nouvelles terres », au sud de la réserve. Mais Big Mountain a toujours été leur foyer et elle le restera. Bergers, autosuffisants, tel est leur mode de vie et ils espèrent bien le maintenir encore longtemps.

Un projet de solidarité à Big Mountain

   16 juin. De retour chez Louise Benally, nous rencontrons son ami de longue date, Mark Dyken, du groupe de jazz-rock Clan Dyken. Il est accompagné d’une amie, Catherine, Française vivant aux États-Unis. Avec d’autres bénévoles venus de Californie, ils organisent depuis douze ans, et chaque année, une « Thanksgiving Food and Supply Run ». Pendant une période plus ou moins longue (d’une semaine à un mois et demi selon les années), ils parcourent Black Mesa/Big Mountain en bus et apportent les vivres essentiels à leur survie, aux familles en résistance depuis que le Relocation Act de 1973 a rendu illégale leur présence sur leurs terres. Suivant les savoir-faire des bénévoles présents, ils peuvent également reconstruire des hogans, planter du maïs, réparer des pick-ups. Bref, l’essentiel est, grâce aux dons et à l’argent récolté lors des concerts de bienfaisance du groupe ClanDyken, d’apporter la nourriture de base à ces familles qui en manquent bien souvent. Toute cette expédition se fait à chaque fois dans la bonne humeur et… elle ne manque pas d’anecdotes cocasses à se remémorer l’année suivante… Une partie des dons récoltés auprès des adhérents du CSIA ira d’ailleurs à la Thanksgiving Food and Supply Run de cette année.

Des jeunes, de la tolérance et de l’espoir…

   18 juin. Nous sommes de retour à Flagstaff, chez les Benally, pour rencontrer Wahleah Johns. Membre de la Black Mesa Water Coalition (BMWC), nous l’avons rencontrée à la réunion du Diné Bidziil. Jeune navajo, elle a créé l’association BMWC avec un autre jeune Navajo et deux jeunes Hopi. Tous natifs de la région de Black Mesa, leur but principal est d’éduquer, de sensibiliser le plus grand nombre de personnes quant aux répercussions de l’exploitation minière sur les réserves d’eau des nappes phréatiques, ainsi que d’agir contre la pérennisation de ces exploitations. Chaque année, au mois de juillet, ils organisent un « Youth Summit », leurs activités de sensibilisation s’adressant principalement aux jeunes de leur génération afin qu’ils comprennent que l’avenir est entre leurs mains et qu’ils doivent se responsabiliser et agir maintenant. Ils souhaitent également faire pression sur leurs gouvernements tribaux respectifs afin qu’ils adoptent une résolution qui interdirait toute utilisation des nappes phréatiques et qui forcerait, dans un premier temps, à trouver un autre moyen de transporter le charbon. Le but final est d’interdire complètement toute exploitation, mais le chemin à parcourir pour y parvenir reste long…
   En rencontrant ensuite son amie et co-fondatrice de BMWC, Lilian Hill, Hopi résidant à Kykotsmovi, nous apprenons que les membres de BMWC disposent d’une maison qui leur a été léguée par un particulier. Ils souhaitent en faire le siège de leur association, ainsi qu’un lieu où Hopi et Navajo pourraient se rencontrer, un centre communautaire en quelque sorte, autour des problématiques de Black Mesa, de l’eau et de l’uranium. L’objectif est également d’y installer quelques ordinateurs et une connexion à Internet afin que chaque communauté puisse en bénéficier. En effet, bien que Kykotsmovi se situe en plein cœur de la réserve hopi, beaucoup de Navajo de Big Mountain y passent pour venir y chercher leur courrier en poste restante ou bien y faire quelques courses. Or, cette maison est quasiment à l’état de ruine. Il faut refaire les murs, les jointures, l’électricité, l’eau car rien ne fonctionne.
   Disposant d’encore un peu d’argent provenant de dons d’adhérents du CSIA, nous avons décidé de nous associer à la rénovation de cette maison et, par conséquent, au bon fonctionnement de BMWC, au sein de laquelle l’union de jeunes Hopi et Navajo contredit la fameuse « guerre tribale » montée de toutes pièces par le gouvernement fédéral et les gouvernements tribaux, et dont le fonctionnement se rapproche quelque peu de celui du CSIA (éducation, sensibilisation, pression sur les gouvernements…). De plus, les intérêts de BMWC sont essentiellement ciblés sur Black Mesa et Big Mountain. Ils comptent également s’associer dans l’avenir à d’autres organisations amérindiennes touchées par les problématiques de l’eau, de l’uranium et des extractions minières en général. Enfin, les membres de BMWC sont tous nés sur la réserve et y vivent encore. C’est donc une association de terrain avec qui nous comptons bien travailler sur le long terme.

   20 juin. Avant de devoir quitter Dinétah et nous diriger vers le nord, nous décidons de repasser une dernière fois chez Louise. Nous commençons à apprivoiser le désert et à créer nos repères de route. Une bosse, deux arbres, trois pneus empilés et il faut tourner à gauche… Nous croisons Louise sur la route, elle va à une vente de laine. En effet, depuis peu, des ventes de laine sont organisées pour développer l’économie des Diné de Big Mountain, puisque leur mode de vie fondé sur l’autosubsistance est constamment menacé. Elle nous accorde tout de même une interview très rapide et nous permet d’aller filmer le site de la Sundance, détruit, saccagé, profané par le BIA et les policiers hopi en juillet 2001. Depuis, une clôture a été dressée et un panneau « No Tresspass » affiché, pour mieux rappeler chaque jour à Louise qu’elle n’est pas, qu’elle n’est plus chez elle aux yeux de la loi. La loi blanche bien sûr, qu’elle dit elle-même ne pas comprendre. « Nous ne comprenons pas les lois des hommes blancs. Nous avons été éduqués d’une certaine manière et cette manière nous dit de rester entre nos quatre montagnes protectrices, nos quatre montagnes sacrées. »

« It may be not the best place in the world but it is home »…

   « Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit au monde, mais c’est chez nous » nous avoue Louise. « Tant que le soleil se lève, c’est tout ce qui compte. Et nous devons tenir, nous battre et restaurer l’équilibre de la nature. C’est ce que nous essayons de faire et c’est notre devoir en tant que Diné. »

[lisez la suite du récit paru dans la lettre 23]

Sophie Gergaud


(1) Dinétah signifie « la terre des Diné », autrement dit cela désigne le territoire navajo. [ retour au texte ]
(2) Vous pouvez télécharger ce titre sur le site www.blackfire.net
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(3) Voir le calendrier pour le détail des dates. [ retour au texte ]
(4) Pour plus d’information, contactez indigenous_action_media@yahoo.com IAM POBox 1492, Flagstaff, AZ, 86002 USA. [ retour au texte ]
(5) Nous diffuserons prochainement ce documentaire. [ retour au texte ]
(6) Diné Bidziil signifie « la force navajo ». [ retour au texte ]


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