Dans
la dernière lettre, nous vous avions raconté notre
périple en terre navajo, à Dinétah. Après
2 semaines et demie
passées dans ces paysages désertiques grandioses, nous
avons poursuivi notre route en traversant 5 Etats pour assister,
le 26 juin, à la marche en mémoire de Leonard Peltier et
des événements de 1975-1976. Ce n’était que
le début d’un
séjour intense à travers les réserves lakota du
Dakota du Sud…
26
juin en souvenir de 1975... Après
avoir roulé toute la journée d’hier et
une bonne partie de la nuit, nous sommes
arrivés dans le Dakota du Sud. Ce matin,
nous avons rendez-vous au Little Family
Cemetary, cimetière appartenant à la famille
Little et d’où partira la marche. Les pick-ups
arrivent progressivement. Les amis se
saluent. Embrassades, salutations respectueuses,
poignées de mains… Puis la bannière
est levée, on peut y lire les slogans «
Free Peltier, Clemency Now ! » , « AIM
Oglala 1973-1975 »… Et la cérémonie commence… En cercle, nous écoutons chants, prières, évocation
de la terrible journée du 26 juin.
La sauge et la pipe sacrée circulent. Puis le
cercle se scinde en deux et chaque membre
d’une moitié sert la main d’un membre de
l’autre moitié. Enfin, le cortège s’avance sur
la route et nous entamons les quelques
kilomètres qui nous séparent du terrain des
Jumping Bull. Chants
et tambours animent
la marche,
alors que nous faisons connaissance avec
des membres de comités de soutien à Leonard Peltier d’autres
pays (Suisse,
Canada…) À l ’arrivée, sur le site de
la fusillade, juste à côté de la demeure
de
Calvin Jumping Bull, Tom Poor Bear nous accueille et remercie tous les participants
d’être venus. La cérémonie de giveaway (1)
et le partage du gâteau se déroulent, toujours
accompagnés de quelques chants et
tambours. Fedelia Cross et sa tante, mais
aussi Deborah White Plume font chacune
un discours, se remémorant l ’épisode
tragique ainsi que le règne de terreur qui
sévissait à l’époque et dont elles ont été
directement les témoins. En effet, l’un des
fils de Deborah a été touché par une balle
lors de la fusillade. John Trudell s’adresse également à l’assemblée
réunie en l’honneur de Leonard et, enfin, Bruce Ellison, avocat
de Leonard,
nous donne les derniers éléments
d’information concernant son affaire judiciaire.
Parmi les autres personnalités, on
peut noter la présence de Winona LaDuke,
qui a fait le voyage du Minnesota jusqu’à la
réserve de Pine Ridge pour assister à la
commémoration. La cérémonie
se poursuit au stade de
l’école de Pine Ridge où concerts, discours
et films animent la soirée. En tant que
membres du CSIA-LPSG, et venant de
France, nous sommes invités à monter sur
scène et à présenter les différentes actions
menées dans notre pays. Un des derniers
concerts est donné par le guitariste et
chanteur Dale Alan, dont l’album Where
does the Justice go ? réunit à la fois ses
propres textes, inspirés par les événements
historiques de 1975, et des poèmes
de Leonard Peltier, qu’il a mis en musique
et que lit Fedelia Cross (2). Le 1er juillet, nous avons rendez-vous
chez Rosalie Little Thunder. Si elle est née
et a grandi sur la réserve de Rosebud,
Dakota du Sud, elle vit maintenant à Rapid
City. Traditionaliste, elle enseigne la
langue lakota. Mais elle est aussi militante
et se bat depuis plusieurs années pour la
défense des derniers bisons sauvages de Yellowstone (3).
Une délégation
convaincante... C’est à ce titre que nous souhaitons
l’inviter, au nom du CSIA, pour la journée
d’octobre. En effet, nous avons été très
touchés par le documentaire de Matthew
Testa, Buffalo War. Le film aborde la
question du massacre des bisons de
Yellowstone, supposés propager la brucellose
parmis le bétail des fermes
avoisinantes, et suit, entre autres, la grande
marche de 750 km menée par Rosalie en
février 1999. Nous nous sommes procuré une copie de ce film
et souhaitons, depuis
deux ans, le projeter en sa présence.
Ce mardi-là, Rosalie nous ouvre sa porte,
alors qu’elle rentre juste d’un séjour sur la
réserve. Ses valises à peine ouvertes, elle
nous parle de Rosebud, du climat politique
ambiant, détestable pour les Amérindiens.
Elle nous montre aussi les ouvrages perlés
qu’elle confectionne, tout comme ses
enfants, avec brio. Profitant de notre
présence dans son salon, nous renouvelons
notre invitation. Rosalie peut ainsi voir notre
détermination : nous avons fait tout ce trajet
pour l’inviter de vive voix ! Si elle a déjà décliné nos
offres les années précédentes,
en raison d’un emploi du temps particulièrement
chargé, elle ne peut plus refuser… Et
c’est ainsi que, pour les 25 ans du CSIA,
elle nous a honorés – enfin – de sa présence.
Des bisons
au Mans Le séjour de
Rosalie en France a débuté par le Festival de la 25ème
heure du livre du
Mans, les 11 et 12 octobre 2003
(voir les archives photos). Elle
a notamment pris part
aux débats « Une vie sur la réserve », «
La place des Femmes dans le monde
nord-américain » , « Entre tradition et modernité,
la sauvegarde des cultures
tribales », « In the Spirit of Crazy Horse :
Léonard Peltier, l’AIM et les nouvelles luttes
indiennes. » Lors de son intervention
sur « La
place des
Femmes dans le monde nord-américain »,
elle a expliqué que, dans sa famille, c’était
la grand-mère qui décidait : « Chez
vous,
c’est un homme qui vous a apporté la religion.
Chez nous, c’est une femme, Femme
Bison Blanc. » Rosalie a ensuite fait référence
aux bisons, les Ancêtres du peuple
lakota, dont le système d’organisation
sociale est comparable à celui des Lakota tra ditionnels: «
Hommes et femmes avaient des rôles
bien définis. Les hommes étaient chargés
de chasser, procurer la viande, protéger la
famille. J’ai toujours été habituée à ce que
mon grand-père et mon père me protègent.
C’est la même organisation chez les bisons.
Les mâles sont à l’extérieur du troupeau afin
de protéger femmes et enfants. Mais cette
organisation a été bouleversée. C’est un
changement qui nous a été imposé de l’extérieur. » Rosalie
a également évoqué la
notion d’éducation et la manière traditionnelle
de transmettre le savoir : « Nous éduquons
par l’exemple. Nous ne disons jamais "Ne fais pas ci, ne fais pas ça",
mais nous
expliquons pourquoi en racontant beaucoup
d'histoires et en montrant l'exemple. » Grâce au Collectif
Pour une Terre plus
Humaine du Mans, le film de Matthew Testa,
Buffalo War, a pu être projeté le vendredi 10
octobre au théâtre du Scarron. Rosalie Little
Thunder et Édith Patrouilleau, présidente du
CSIA, ont ensuite répondu aux nombreuses
questions des spectateurs. Le dimanche,
Rosalie a pu être interviewée par Éliane
Patriarca, du journal Libération. De retour sur
Paris, Rosalie a également rencontré un
représentant de Survival International de
Londres, elle s’est rendue à l’UNESCO et,
enfin, a donné une interview sur RFI,
diffusée le dimanche 19 octobre 2003.