Depuis
plus de trente ans, les Makuxi de l’État de Roraima
luttent pour obtenir du gouvernement brésilien le
document qui protégerait définitivement leur territoire
des incursions de l’armée, et de l’ invasion
destructrice des
colons et des chercheurs d’or. De puissants intérêts économiques
et politiques sont en jeu et provoquent une violente
opposition à cette délimitation. Janvier 2004 a connu un
regain de tension sans précédent.
Le
6 janvier 2004,
la mission catholique
de Surumu, en plein
territoire indigène,
a été attaquée par un
commando armé, qui a capturé trois
prêtres catholiques et mis à sac la clinique et
l’école. Ces milices sont connues pour le
soutien qu’elles apportent aux intérêts des
fermiers riziculteurs, qui n’ont pas l’intention
de quitter le territoire quand il sera officiellement
reconnu aux Indiens. Cet acte de
violence a été commis avec la complicité de
la municipalité d’ Uiramutà, dont des véhicules
ont servi à transporter les assaillants,
puis l’un des prêtres kidnappés. D’ailleurs,
le maire d’ Uiramutà conteste les droits historiques
des indigènes à leur terre et a participé personnellement à des
manifestations anti-indiennes. Il est assez inquiétant d’apprendre
qu’il vient d’ adhérer au Parti
des
Travailleurs, celui du président Lula da
Silva, auquel appartient également le gouverneur
du Roraima lui-même. Ce qui
n’empêche pas ce dernier de contester la
position officielle du gouvernement, en
s’opposant aux droits territoriaux indigènes.
Manifestants anti-indiens Le 7 janvier,
des barrages de tracteurs et de camions ont bloqué les routes
vers Boa
Vista, la capitale de l’État, qui se trouve en état
de siège. Des manifestants ont parcouru
les rues et même tenté d’occuper la cathédrale,
tandis que les inscriptions « À bas les
Indiens ! À bas l’Église ! » apparaissaient
en centre ville. Les médias locaux ont annoncé que
tout prêtre rencontré dans les rues
risquait d’ être molesté, les missionnaires
catholiques étant accusés de soutenir les
Indiens au détriment des colons. Parlant de
la position du diocèse de Roraima et des
missionnaires, le père Antonio a déclaré: «
Ces événements nous encouragent à poursuivre
notre mission évangélique de défense
des pauvres et des exclus. Ceci nous encourage à
continuer et à rendre notre action
plus efficace. » Le lendemain, le 8 janvier, les
trois prêtres enlevés à Surumu étaient
libérés, les Indiens ayant menacé de les
délivrer eux-mêmes.
Lula tiendra-t-il ses promesses ? Le document
confirmant la démarcation de
l’aire indigène Raposa/Serra do Sol attend
depuis 1998 la signature du président
de la république pour avoir force de loi.
Depuis six ans donc, aucun de ceux qui se
sont succédés à ce poste n’a eu le courage
nécessaire. Les Indiens pensaient pouvoir
compter sur Lula da Silva pour accomplir
cet acte de justice et, en décembre 2003, le
ministre de la justice a annoncé que le
décret « pourrait être bientôt signé.» Depuis,
rien. Il faut craindre que le gouvernement
brésilien prenne prétexte des
violentes manifestations anti-indiennes
pour retarder encore cette ratification.
La non reconnaissance officielle de l’aire
Raposa / Serra do Sol encourage l’occupation
illégale du territoire indien par les fermiers
et les mineurs, et les violences contre les Indiens. Le 2 janvier
2003, le leader
indien Aldo Makuxi a été tué dans
des circonstances qui évoquent
une exécution. Les forces
de police chargées de la protection
des indigènes sont notoirement
insuffisantes. Dans une
déclaration
publique, le CIMI (Conseil missionnaire
indigéniste) demande que la
sécurité des missionnaires soit
assurée et réclame l’arrestation
des auteurs d’actes de violence. Il
ajoute : « Seule la confirmation
des limites du territoire indien
par l’administrat ion fédérale
pourra mettre fin à de semblables
actions. » Sur l’ensemble du territoire brésilien,
la situation des indigènes
s’est plutôt détériorée ces deux
dernières
années: vingt-cinq d’entre eux ont été assassinés
en 2003, bien que ces décès aient
presque toujours été présentés comme
résultant
de conflits internes. Une action internationale
est plus que jamais nécessaire pour
contraindre le gouvernement brésilien à reconnaître,
par des actes concrets, les droits
des indigènes à leur terre.
Monique Ha m e a u
Source : Bulletin d’information du CIMI.