Le
21 juillet 2003, des organisations indigènes et paysannes
d'Amérique Centrale et du Mexique se sont réunies à Tegucigalpa,
Honduras, pour le 4ème Forum méso-américain,
et ont évoqué les menaces qui pèsent sur leurs communautés
(accès à l’eau potable, déforestation, violence
contre les leaders paysans). Les participants s’opposent en particulier
au Plan Puebla Panama (PPP), ce vaste projet de développement
qui touche l’ensemble de la région.
Le
1er Forum méso-américain s'était tenu en
2001 au Chiapas, après l’annonce du lancement
du Plan Puebla Panama qui comporte
l’installation de nouveaux projets hydroélectriques,
de zones industrielles et d’immenses
autoroutes à l'échelle de l'isthme de Panama.
Cette année, s’est posé le problème de l'exploitation
intensive et de la privatisation des
ressources et infrastructures nationales, l'eau
en particulier. Une loi, discutée au parlement
hondurien, obligerait les municipalités à
mettre sous contrat privé la gestion de leur
système d'exploitation. Préconisées par la
Banque Inter-Américaine de Développement
et la Banque Mondiale, ces privatisations se
mettent en place à un moment où le contrôle
public est inexistant et où les opposants
sont la cible d'assassinats.
Une
autre Méso-Amérique Un délégué mexicain
a affirmé : « Le
PPP
sert les intérêts des Blancs vivant près de la
frontière avec les USA et condamne à la pauvreté les
indigènes vivant à la frontière
guatémaltèque.
Mais une autre Méso-Amérique
est possible. » Comme modèle de développement
alternatif, il a proposé de « reconstruire
des liens entre les zones rurales et urbaines,
notamment par la consommation d'une
production agricole issue des coopératives
locales. » Parlant du projet
hydroélectrique à la frontière
entre le Mexique et son pays, le
représentant guatémaltèque de
la Coordination Paysanne et
Indigène a qualifié le PPP, qui
nécessite l’inondation de vastes
zones de forêt tropicale, de «nouvelle conquête en
territoire maya.» De son côté, un représentant
salvadorien a déclaré : « Le PPP n'est pas neutre.
Il profite aux USA et à ses communications transnationales.
Nous pouvons résister. Les systèmes
de santé et d’exploitation électrique restent
entre les mains des pouvoirs publics au Costa
Rica, bien que le gouvernement et l'OMC
souhaitent les privatiser. La population s’ y
oppose. »
Développement
et privatisation Au Nicaragua,
plusieurs provinces sont déjà sous contrats
privés
avec des firmes telles que la compagnie française Suez, connue
pour les tarifs exorbitants qu'elle pratique. Au plan
national, la privatisation de l'eau est sur le
point d'être établie, selon les conditions liées à
un prêt de la Banque Inter-Américaine de
Développement. Mais certaines communautés
locales sont prêtes à défendre leurs ressources
en eau.
«
Le monde indigène a été invisible
pendant trop longtemps. Un nouveau processus de
lutte s'est développé depuis la campagne des
500 Ans de Résistance, en 1992, et le soulèvement
zapatiste au Chiapas en 1994. Nous
organisons la défense du territoire lenca », a
déclaré Berta Caceres, la coordinatrice du
COPINH (Conseil civique des Organisations
Populaires et Indigènes du Honduras), un
mouvement de renaissance politique et
culturelle lenca. Les deux Indiens lenca, tués
au Honduras le 19 juillet 2003, participaient à
une occupation de terres menée par un
syndicat paysan.
Dans les années 60, la réforme agraire hondurienne
avait permis l’installation de
paysans sur des terres privées inexploitées et
l’attribution de quelques terres nationales à des
collectifs de paysans (qui les géraient de
manière privée, sans pouvoir les revendre).
Mais cette politique populiste a peu à peu
cédé la place au néo-libéralisme d’aujourd’hui,
et la loi de 1992 sur la modernisation
agraire (dite "contre-réforme") a annulé cette
disposition. L’ Institut Agraire National
a donc commencé à privatiser des terres
nationales et communales, politique soutenue
par les USA, la Banque Mondiale et la
Banque Inter-Américaine, les technocrates
considérant privatisation et développement
comme une étape incontournable vers la
démocratie et la modernisation. Les actions du COPINH ont donné quelques résultats, comme de permettre aux
communautés locales lenca d'avoir un
contrôle légal sur leurs territoires. Ainsi, en
1994, dans la province d'Intibuca, a été créée une
municipalité dont les terres, propriété
collective, sont gérées par un conseil rural
indigène. Six nouvelles municipalités indigènes
ont vu le jour les années suivantes.
Déforestation
sauvage Aujourd’hui, les montagnes de la province
hondurienne d’Olancho sont dévastées par
les forestiers locaux, le bois transitant par
l'autoroute panaméricaine vers les marchés étrangers. En mai 2003,
le leader indien tolupan Teodoro Martinez a été assassiné alors
qu'il
menait campagne contre des coupes de bois
illégales. Le 18 juillet, c’est Carlos Arturo
Reyes, organisateur de la Marche pour la
Vie, contre la déforestation, qui a été abattu à
son tour. Les militants indiens qui s’opposent
aux barrages hydroélectriques et à la
déforestation sont souvent menacés de
mort, mais continuent d’insister sur l’urgence
de la situation : « Dans beaucoup de communes,
il n'y a pas d'eau, déclare l’un d’eux.
On creuse des puits mais on n'en trouve pas.
La province est en cours d'assèchement.
C’est ainsi depuis environ vingt ans, à cause
de l'exploitation abusive de nos forêts. Les
communautés situées en aval vont perdre
tout accès à la rivière.» On observe en effet une chute spectaculaire
de la production agricole sur
les terres d'Olancho, à cause
de la désertification liée à la
destruction des forêts. Le
commerce du bois est
contrôlé par six compagnies,
en relation avec des narcotrafiquants,
qui se servent
d'Olancho pour le transit de
la cocaïne vers les USA. Les
revenus de ce commerce servent à financer
des gangs mafieux paramilitaires. Il est manifeste
que les compagnies transnationales
entretiennent des liens avec les gangs qui terrorisent
la région. « C’est la seconde conquête
de la Méso-Amérique » affirme le Père
Tamayo, autre défenseur de l’environnement
menacé de mort.
Source
: un article de Bill Weinberg du 6 août 2003 -
ZNet magazine - http://www.zmag.org/
Traduction : Céline Vaquer-Nos
Synthèse : Monique Hameau.