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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Big Mountain,Thanksgiving Food and Supply Run
D É C O U V E R T E ,   S O L I D A R I T É   E T   P A R T A G E   C H E Z   L E S   D I N É

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   En novembre dernier, quatre adhérentes ont répondu à l'appel lancé
dans la Lettre n° 22 pour participer à la Food Supply Run, organisée chaque année à Big Mountain. Elles sont parties à l'aventure dans l'urgence et ont rencontré les derniers résistants diné. Grâce à leur disponibilité, à leur ouverture d'esprit, à leur générosité, elles ont partagé des moments inoubliables. La commission Big Mountain s'agrandit alors que les liens et la solidarité avec les communautés diné s'enrichissent ! Nous laissons la parole à l'une de ces femmes formidables .

   Le 22 novembre dernier, c’est à quelques kilomètres d’altitude que, bénévoles du CSIA, nous faisons connaissance, dans l’avion qui se dirige vers Phœnix. Josée, Julia, Stéphanie et Laurence, nous sommes quatre femmes passionnées par les civilisations indiennes et nous nous réjouissons de mener une action concrète en faveur des Navajo, ou Diné, comme ils se nomment eux-mêmes. Nous sommes à la fois impatientes et nerveuses à l’idée de cette rencontre tant attendue car, curieuse coïncidence, il s’agit pour nous toutes de notre premier séjour aux États-Unis ! Le fait qu’il se déroule sur une réserve revêt une importance symbolique
à nos yeux, car cela témoigne d’une volonté commune d’ approcher l’Amérique par ceux qui y vivent depuis des temps immémoriaux et en constituent le cœur et l’âme.

   Les Diné subissent actuellement des pressions du gouvernement et de la police hopi, qui veulent s’accaparer leurs terres et y développer l’exploitation minière du charbon. Il en résulte, sur la réserve, une grave pénurie d’eau potable et des conditions de vie très difficiles, dont nous prendrons pleinement conscience dès les premières distributions. C’est en effet le rallye de soutien de Thanksgiving (date oh combien symbolique !) qui nous amène à Big Mountain. Organisé depuis treize ans à l’initiative du Clan Dyken, des musiciens californiens farouchement anti-nucléaires et très impliqués dans la cause des Natifs américains et la protection de l’environnement, il consiste à apporter des produits de première nécessité aux familles qui en ont le plus besoin. C’est la première fois que des Français se joignent à cette trentaine de volontaires, américains pour la plupart mais qui comptent aussi une Allemande et une Néo-Zélandaise. Puisse l’année 2004 voir pousser cet embryon de mobilisation internationale !

Au cœur de l’action
   Se rendre en pays diné n’est pas chose facile mais c’est aussi l’occasion idéale de prendre une première leçon d’indianité ; le temps n’ a pas la même valeur et il vaut mieux laisser à la porte nos esprits cartésiens et notre impatience, symptomatique de nos vies européennes trépidantes ! En effet, de Flagstaff, elle-mêmeà 2h30 de Phœnix, il faut près de trois heures pour atteindre la réserve.
   Lundi, en fin d’après-midi, c’est le grand départ. Le convoi prend la direction du
plateau du Colorado dans la bonne humeur générale. Après de fréquents arrêts pour cause de moteurs fatigués, nous arrivons de nuit au campement. Tim Jonhson et sa femme Belinda nous accueillent dans leur hogan et dressent un bilan de la situation, carte à l’appui, pour que nous visualisions notre itinéraire.
   Le lendemain matin, Catherine, une amie française des Dyken qui vit en Californie
depuis vingt ans et coordonne le rallye, nous explique que l’argent remis par le CSIA a contribué à acheter les différents légumes, les farines de maïs bleu et de blé ainsi que le bois que nous allons distribuer dans les foyers. Pour le moment, des bénévoles s’affairent à remplir des sacs de vêtements chauds, de café ou de farine et des cartons de nourriture, de façon équitable pour éviter de susciter des jalousies. Autour du campement, les véhicules attendent d’être chargés.
   En début d’après-midi, le convoi de pick-up, au milieu duquel se distingue notre belle Buick blanche, est prêt à partir pour sa première tournée (un conseil aux futurs participants: louez plutôt un 4X4 ou un pick-up couleur sable pour rouler sur ces cahoteuses pistes en terre !). Les arrêts pour la distribution ne sont pas très longs car nous avons beaucoup de route à parcourir. En effet, les familles sont souvent isolées et certaines personnes âgées (y compris des femmes seules) vivent à 20 minutes en voiture de leur plus proche voisin. Nous déposons les marchandises dans les hogans puis, un à un, allons serrer la main de chaque membre de la famille en prononçant de notre mieux le "Ya’ at eeh" de rigueur ("Bonjour" en diné). On nous accueille avec pudeur, compte tenu des circonstances mais, lorsque Tim explique d’où nous venons, les Anciens tiennent à nous exprimer leur gratitude, mêlée d’une pointe de curiosité. Nous sommes frappées par la dignité de ces Diné, qui vivent sans eau courante et sans électricité dans des hogans ou des maisons en préfabriqué réduits à l’essentiel. Nous admirons leur capacité à résister aux pressions et leur farouche volonté à rester sur ces terres, dont ils sont les occupants illégaux depuis l’acte de relogement forcé de 1974. Comment ne pas s’indigner du mépris total de la population américaine, majoritairement persuadée que l'Indien sera bientôt en voie d’extinction… Les entendre parler navajo nous a rassurées car cela prouve que leur culture est bel et bien vivante. Certains Aînés ne parlent d’ailleurs pas anglais ou le maîtrisent mal; c’est un point que nous avons en commun ! Espérons que les jeunes générations maintiendront cet usage malgré
la recherche de travail qui les attire vers les villes.

Ce que nous retiendrons
   Les jours suivants se sont déroulés dans des conditions similaires et nous ont permis de mieux comprendre les Diné. Au fur età mesure, certains mots se sont imposés à nous, qui prenaient ici tout leur sens: force, résistance, ouverture d’esprit, faculté d’adaptation. Nous avons surtout ressenti leur générosité et leur bienveillance à notre égard, véritable cadeau. Le jeudi, à l’occasion de Thanksgiving, nous avons partagé un repas chaleureux avec deux familles et ainsi réalisé toute la richesse, la beauté et la bonté de ce peuple, prompt à partager avec qui souhaite vraiment le connaître. Au regard des souffrances au mieux récentes, au pire actuelles, infligées par de trop proches cousins, il s’agit sans doute là de la clé de leur sagesse…
   Beaucoup de questions nous restent mais nous avons aussi acquis des certitudes, comme celle d’avoir vécu un bel échange là où certains ne voient qu’un acte de charité. Juste retour des choses, qui nous paraît bien peu face aux menaces qui planent sur l’avenir des Diné. Nous sommes rentrées plus que jamais déterminées à les assurer de notre soutien et de notre volonté d'éveiller et de mobiliser les consciences, par un travail d’information sur la défense de leurs droits à un niveau international. Nous tirerons tous un bénéfice en étant chaque année plus nombreux à soutenir les habitants de Big Mountain. Pour qu’ils marchent sur le « beauty way », le chemin de la beauté.

Laurence Perriau
Pour plus de renseignements: www.clandyken.com et www.blackmesais.org

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