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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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G U Y A N E

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    Nous remercions les 7 000 signataires de la pétition dénonçant la situation dramatique des Amérindiens de Guyane. Afin de sensibiliser les élus, le CSIA a envoyé l’ensemble des signatures récemment,une semaine avant la tenue d’une importante réunion, organisée à l’Assemblée Nationale par l’État et L’UNESCO et qui a rassemblé une centaine d’Indiens des trois Amériques.Voici la lettre que nous avons jointe aux pétitions et adressée à Mr Jacques Chirac. Une copie a été transmise à Mme la ministre de l’Outre-Mer,M. le ministre de l’Écologie et du Développement durable et M. le ministre délégué au Tourisme.

Paris, 10 juin

Monsieur le Président de la République,

Le Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques, association régie par la loi de 1901, œuvre depuis vingt-cinq ans pour faire connaître en Europe ces peuples et les soutenir dans les luttes qu’ils mènent pour la reconnaissance et le respect de leurs droits spécifiques.
Vous avez manifesté à plusieurs reprises un intérêt certain pour les peuples autochtones et les Amérindiens en particulier. C’est pourquoi il nous paraît pertinent d’attirer votre attention sur la situation particulièrement dramatique des Peuples Premiers de Guyane Française.

Trois points nous inspirent actuellement une vive inquiétude et c’est en conformité avec les revendications de ces peuples que le CSIA a mené diverses actions destinées à sensibiliser les élus.
Ainsi, monsieur Jean-Paul Dupré, député de l’Aude, a déposé une question écrite à l’Assemblée nationale, en septembre 2003, pour rappeler le danger que représenterait l’ abrogation de l’arrêté préfectoral de 1970, qui protège « le pays indien ». La réponse, parue au Journal officiel de ce 2 mars, stipule notamment : « [...] cet arrêté ne contenant aucune disposition limitant la validité dans le temps, il n’est pas jour dans l’intention du gouvernement d’abroger ce texte. »
Le caractère particulièrement vague de l’expression « à ce jour » n’est pas de nature à apaiser les craintes provoquées par le courrier adressé le 20 mai 2003 à notre comité par monsieur Léon Bertrand, alors secrétaire d’État au Tourisme. Pour lui, cet arrêté « [...] n’apparaît plus de valeur juridique… » et « [...] va à l’encontre des dispositions légales garantissant la libre circulation des biens et des personnes sur l'ensemble du territoire français... ». Un arrêté étant un texte juridique rapidement révocable, la détermination dont témoignent les termes utilisés par monsieur Léon Bertrand, aujourd’hui ministre délégué au Tourisme, nous incite à une grande vigilance.

Parallèlement, le projet de création d’un parc national au Sud de la Guyane a vu ses objectifs initiaux totalement remaniés, sans consultation avec les Amérindiens, pour permettre le « développement durable » de diverses activités économiques. La majorité d’entre eux se déclare contre ce projet dénaturé qui va fondamentalement détruire leur cadre de vie, leurs valeurs et leurs spécificités culturelles en tant peuples autochtones.
De plus, la création d’un parc dans le tiers sud est un non-sens et ce pour deux raisons. Tout d’abord, d’après de nombreux scientifiques indépendants, français comme étrangers, c’est la partie nord de la forêt primaire qui présente la biodiversité végétale et animale la plus exceptionnelle, et non la partie sud. Ensuite, c’est dans ce tiers sud, où le parc est justement prévu, que sont concentrées les populations amérindiennes alors que la partie nord, elle, n’est pas habitée. Compte tenu de ces deux aberrations, écologique et humaine, comment ne pas conclure que, derrière ce projet, se cachent de puissants enjeux économiques liés à la très grande richesse minérale du sous-sol, l’or et les diamants en particulier? C’est pourquoi la communication officielle de monsieur le Ministre de l’Écologie et du Développement durable, du Conseil des ministres du 7 avril, sur la gestion durable des forêts tropicales et la création d’ici un an, par voie d’ ordonnance, du "parc national du massif forestier du plateau des Guyanes", nous inspire, elle aussi, les plus vives appréhensions.

Enfin, le colloque sur l’industrie minière en Guyane, qui s’est déroulé à Cayenne les 4 et 5 décembre 2003, ainsi que la conférence de presse, tenue par monsieur Léon Bertrand le 6 mai dernier au sujet de l’industrie aurifère en Guyane, confirment les menaces qui compromettent l’avenir des communautés amérindiennes.
Développer ce type d’industrie impliquerait que l’on perce, à travers la forêt, des routes qui deviendraient inévitablement la voie de pénétration de toutes sortes d’économies destructives: entreprises touristiques, forestières, etc. Ainsi et quoi que l’on prétende, même s’il n’utilise pas le mercure, l’orpaillage « propre » n’existe pas. Non seulement parce que ce type d’exploitation génère d’autres formes de pollutions irréversibles, mais également parce que s’y associe toujours l’orpaillage illégal.
Nous ne pouvons, à ce sujet, que vous rappeler dans quelles conditions sanitaires catastrophiques vivent les Amérindiens du Sud, empoisonnés par le mercure. Celles-ci exigent que le gouvernement prenne des mesures efficaces pour éradiquer l'orpaillage illégal et que le moratoire sur l'extraction aurifère, réclamé par les premiers habitants de Guyane, soit enfin décrété. Celles-ci exigent également, de toute urgence et en concertation avec les populations, une prise en charge médicale – en particulier le suivi des grossesses –, l’actualisation des analyses du taux d’imprégnation au mercure, et enfin que soit garanti le respect des normes établies par l’OMS.

Au vu de cette situation alarmante, nous avons lancé une campagne de pétitions; nous vous adressons l’ensemble des signatures obtenues.

Ne doutant pas que vous aurez à cœur de tout mettre en œuvre pour empêcher cet ethnocide annoncé des peuples autochtones de Guyane française, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre haute considération.

La Présidente

 

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