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Commission Prisonniers Amérindiens
L U I S   V.   R O D R I G U E Z :   V I N G T   C I N Q   A N S   A P R È S

        RETOUR AU BULLETIN | COMMISSION PRISONNIERS AMÉRINDIENS

Cela fait plus de vingt-cinq ans que Luis V. Rodriguez, prisonnier apache/chicano, est incarcéré en Californie et qu’il clame son innocence sans être entendu (1). Malgré l’aide bénévole de quelques étudiants en droit et l’existence de preuves, inexploitées, son dossier reste au point mort.Espérant attirer l’attention du gouvernement californien sur les circonstances incroyables de sa condamnation, Luis a décidé de déposer une demande de grâce.

 AGISSONS !

Soutenez Luis V. Rodriguez dans son combat pour la justice!
Nous vous demandons de bien vouloir signer et faire circuler la pétition (à télécharger ici), et de la retourner au CSIA. Si vous êtes membre d’une autre association, demandez si celle-ci veut bien se joindre à la campagne pour la libération de Luis. Nous recherchons également des personnes qui souhaiteraient suivre son cas en collaboration avec le CSIA ou son Comité de Défense, afin de nous aider à faire connaître son combat auprès du public, des médias, des collectivités locales ou des organisations de défense des droits de l’homme. Vous pouvez aussi aider Luis en organisant une
collecte de fonds, en faisant un don ou en achetant l’un de ses dessins, son artisanat, ou les T-shirts et cartes disponibles au CSIA. Les fonds récoltés seront consacrés à la recherche et à l’analyse de preuves qui permettront la réouverture de l’instruction.
Luis, ainsi que sa famille et ses amis, vous remercient vivement de l’aide que vous pourrez lui apporter.
Pour toute information, contactez le CSIA ou le Comité de Défense de Luis V. Rodriguez
E -mail :freeluisvr@hotmail.com

   Lorsqu’il est condamné à mort, en 1981,Luis V. Rodriguez place ses espoirs dans la procédure d’appel, comptant sur le fait que le scénario invraisemblable du procureur, Richard Gilbert, ne tiendra pas la route. En effet, Luis est accusé d’avoir désarmé puis tué deux policiers, après s’être battu avec eux et avoir menotté l’un d’eux. Il aurait fait feu simultanément avec les deux armes des victimes et aurait laissé sur les lieux du crime un troisième revolver chargé. Quand il est arrêté, peu de temps après, il ne présente aucune trace de coups et les vêtements qu’il portait, le soir des faits, sont intacts. Pourtant, les corps des victimes révèlent de nombreuses ecchymoses et coupures, leurs uniformes sont déchirés et maculés de boue.

   À aucun moment du procès, Gilbert n’est capable d’expliquer comment Luis, qui n’est pas particulièrement imposant, aurait accompli cette prouesse. Qu’ importe, il ne s’ intéresse ni à la vérité ni à la justice, il voit plutôt dans le cas Rodriguez, qui fait la une des journaux, le moyen de servir ses ambitions professionnelles. À coups de manipulation médiatique, de coercition de témoins, de fabrication de preuves, Gilbert orchestre un véritable lynchage légal et obtient finalement la condamnation de Luis. Peu de temps après le procès, il est nommé juge par le gouverneur de Californie…

   Malheureusement pour Luis, les juges de la Cour d’appel ont aussi des ambitions professionnelles. Au moment même où ils se préparent à rendre une décision sur son cas, plusieurs d’entre eux mènent campagne pour leur réélection. Or, ils sont sévèrement critiqués par le public pour respecter avec trop de zèle les droits des condamnés. Ils ne peuvent se permettre de rendre justice à un “tueur de flics”.

Appel rejeté.
   Puis le nouvel avocat de Luis détecte une erreur constitutionnelle dans la procédure. Persuadé que cet argument seul obtiendra la libération de son client, il abandonne tout autre possibilité d’appel et néglige, par exemple, de contacter les témoins qui ont menti lors du procès. Il n’envisage pas non plus de réclamer des tests d’ADN (2), ni
de mettre en cause les malversations du procureur. En 1994, la Cour d’appel fédérale déclare l’erreur sans conséquence et rejette l’appel. Depuis, l’affaire Rodriguez stagne, Luis n’a plus d’avocat et ses propres efforts pour faire réouvrir l’instruction demeurent lettre morte.

Pourtant, les preuves sont là
   Une simple analyse des rapports de police, des témoignages et des preuves matérielles révèle pourtant de nombreuses contradictions et appuie l’argument de Luis: les meurtres ont été commis par plusieurs personnes, dont Margaret Klaess, le témoin principal de l’accusation. En effet, non seulement celle-ci a reconnu, lors du procès, sa présence sur les lieux du crime mais, peu de temps après son arrestation, elle s’est aussi vantée auprès de plusieurs co-détenues d’avoir craché sur l’une des victimes, Roy Blecher, avant de l’abattre avec son arme de service. Ces déclarations ont pourtant été ignorées par le procureur qui, au lieu de poursuivre Margaret pour les meurtres, lui a offert l’immunité en échange de son témoignage contre Luis. De nouvelles technologies existent aujourd’hui qui permettraient d’analyser les vêtements des victimes, de Margaret et de Luis, d’en extraire des échantillons d’ADN et de les comparer.
   En effet, les photos des lieux du crime et la position des divers objets prélevés par la police indiquent clairement qu’une violente altercation s’est déroulée, en plusieurs endroits, entre les victimes et leurs assaillants. Les deux policiers qui ont trouvé la mort ce soir là, et notamment Michael Freeman,étaient entraînés au combat singulier. Pour qu’ils aient reçu les nombreuses blessures décelées sur leur corps, il y a fort à parier qu’ils se sont battus férocement pour leur vie et qu’ils ont, par-là même, infligé des blessures similaires à leurs assaillants. Un échange de sang, de salive, ou même de fibres vestimentaires s’est donc nécessairement produit entre les victimes et les assassins. Une analyse minutieuse permettrait d’innocenter Luis et de développer de nouvelles pistes. Un profil ADN inconnu, par exemple, pourrait être recherché dans la banque de données en possession des services de police. En outre, les deux empreintes digitales, retrouvées sur les lieux du crime et jamais identifiées par les enquêteurs, pourraient faire l’objet d’une recherche similaire. (3)
   Ces preuves matérielles ainsi que la forte possibilité que plusieurs personnes, à l’époque victimes de coercition, reviennent aujourd’hui sur leur témoignage, donnent au dossier Rodriguez de grandes chances d’être réouvert. En février 2001, le Northern California Innocence Project (4) a accepté le cas de Luis. Malheureusement, la procédure est très lente, les étudiants et leurs professeurs étant débordés par des centaines de dossiers et un manque chronique de moyens financiers.
   Parallèlement aux efforts consacrés à la réouverture de l’instruction, Luis et son comité de défense ont décidé de lancer une campagne de pétitions afin de soutenir une demande de grâce auprès du gouverneur de Californie, Arnold Schwartzeneger. Outre le pouvoir de gracier, le code pénal californien lui confère celui d’ordonner une enquête sur les circonstances d’une condamnation, lorsqu’il existe des doutes sur la culpabilité du détenu. Or, le doute ne peut guère être plus grand que dans le cas de Luis. Même Joseph Karesh, le juge qui a présidé au procès, déclarait en 1991 :« Le témoin clef de l’accusation n’est pas crédible et les autres preuves sont circonstancielles et insuffisantes pour soutenir un verdict de culpabilité. » Il reconnaissait surtout être taraudé par un « doute persistant quant à la culpabilité de l’accusé et [par son] intime conviction de son innocence. » Même dans le cas où Luis n’obtiendrait pas sa grâce, l’enquête ordonnée par le gouverneur pourrait contribuer à mettre en lumière les nombreuses erreurs, les malversations et le racisme qui ont entraîné sa condamnation. Au moment de son arrestation, en 1978, Luis V. Rodriguez n’était pas un ange, il l’admet volontiers, mais sa vie dissolue ne méritait ni une condamnation à mort, ni la prison à perpétuité. « Quand je regarde en arrière, dit-il, j’ai du mal à croire que ce jeune homme que je vois, c’est vraiment moi. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi je me suis mis dans ces situations qui ont fini par faire de moi le coupable idéal […] Oui, j’ai fait pas mal d’erreurs, et il ne se passe pas un seul jour sans que je les regrette ; mais je n’ai jamais tué personne […] Le système judiciaire a détruit vingt-cinq années de ma vie, de celle de ma famille, et notamment celle de mes enfants. Il est grand temps d’en finir avec cette injustice. Que l’on me donne une chance de reconstruire ma vie ! »

Caroline Grenot
Luis V. Rodriguez Defense Committee.


1) Voir Lettre de Nitassinan n°s 5 et 9
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2) L’ADN (acide désoxyribonucléique) contient la signature génétique de chaque individu. Les avancées technologiques actuelles permettent d’extraire l’ADN de quantités infinitésimales de matière biologique et constituent de ce fait un outil majeur dans les enquêtes criminelles.
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3) La police américaine est en possession d’une vaste banque de données contenant les profils ADN et les empreintes digitales de plusieurs millions de détenus, ainsi que les résultats de prélèvements faits sur les lieux de crimes
non élucidés.
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4) L’Innocence Project, créé au début des années 1990 par deux avocats de défense criminelle, est un réseau de facultés de droit américaines qui étudie les cas d’erreurs judiciaires et apporte assistance légale aux détenus démunis. Depuis sa
création, le réseau est parvenu à innocenter plus d’une centaine de prisonniers, notamment grâce à des analyses d’ADN. Lire à ce propos : Actual Innocence de Barry Scheck, Peter Neufeld et Jim Dwyer aux Éditions Doubleday, New York, 2000 (non disponible en français)
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