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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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O.N.U.
D É C E N N I E   I N T E R N A T I O N A L E   D E S   P O P U L A T I O N S   A U T O C H T O N E S ,   U N   P R E M I E R   B I L A N   M I T I G É

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   Cette année constitue une étape importante pour le mouvement international des peuples autochtones : en effet, 2004 marque la fin de la décennie internationale des populations autochtones (1995-2004) proclamée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 21 décembre 1993; le but de cette décennie était de renforcer la coopération internationale aux fins de résoudre les problèmes qui se posent à ces communautés dans des domaines tels que les droits de l’homme, l’environnement, le développement, l’éducation et la santé. L’heure des premiers bilans est donc arrivée (1).

   Un des principaux objectifs était l’adoption du projet de déclaration sur les droits des peuples autochtones, adopté par la Sous-commission de la protection et promotion des droits de l’homme en 1994. Malheureusement, depuis dix ans, le texte reste « bloqué » au sein d’un groupe de travail de la Commission des droits de l’homme et son adoption, lors de la prochaine session en septembre 2004, est plus qu’ improbable. En effet, seulement deux articles sur 45 ont été adoptés et les principales questions ne sont pas réglées, notamment celles du droit à l’autodétermination, des droits à la terre et aux ressources naturelles, la reconnaissance des traités signés entre les peuples autochtones et les puissances coloniales, la notion de droits collectifs.

Des avancées certaines
   Ce premier constat, peu optimiste, ne doit cependant pas faire oublier tous les succès de la décennie internationale. Au cours de ces dix années, le mouvement en faveur des peuples autochtones s’est organisé et a contribué à rendre visible sur la scène internationale la discrimination qui les frappe depuis plusieurs siècles. Sur un plan structurel, les peuples autochtones disposent désormais de trois instances principales qui collaborent au sein des Nations Unies pour faire valoir leurs droits: le Groupe de travail sur les peuples autochtones, le Forum permanent et le mandat
du rapporteur spécial sur les droits de l’homme et libertés fondamentales des peuples autochtones. Toutefois, dans le cadre de la réorganisation des mécanismes des Nations Unies, l’a venir du Groupe de travail sur les peuples autochtones est menacé : certains pays, les États-Unis en tête (2), réclament la suppression de ce principal espace de travail et de discussion ouvert à l’ensemble des communautés autochtones.
   Sous l’égide du Haut Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies, plusieurs études et séminaires ont été réalisés afin de guider l’évolution normative sur des questions comme les droits fonciers, le droit à l’autodétermination, le patrimoine des communautés autochtones, la résolution des conflits, l’administration de la justice, la santé, etc. D’autre part, un programme de bourse a été développé et permet chaque année à quinze jeunes autochtones d’obtenir une formation en droits de l’homme et une expérience concrète du système des Nations Unies. Ces différentes activités sont financées en partie par le Fonds de contributions volontaires de la décennie internationale.
   Les organes de surveillance des principaux traités des droits de l’homme (Comité des droits de l’homme, Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, Comité des droits de l’enfant) ont, au cours des dernières années, adopté des positions précises en faveur des peuples autochtones (notamment la reconnaissance de leur droit à l’autodétermination, du lien particulier qui les unità leurs terres et territoires, du droit aux ressources naturelles, etc) soit dans le cadre des procédures de dépôt de plaintes, soit dans celui des observations faites suite aux rapports des États.
   Enfin, plusieurs institutions spécialisées effectuent un travail considérable dans le cadre de leurs mandats respectifs. L’Organisation Internationale du Travail (OIT), première organisation internationale à prendre des initiatives concernant les peuples autochtones, opère un suivi précis de l’application des Conventions 107 et 169, seuls textes de portée internationale concernant les droits des peuples autochtones même si la Convention 107 n’est plus ouverte à ratification.
   L’UNESCO soutient de nombreux projet dans les domaines de l’éducation, de la promotion de la diversité culturelle, de la protection des savoirs autochtones, du tourisme culturel, etc. Néanmoins, toutes ces évolutions n’auraient pu être réalisées sans le travail considérable des ONG autochtones qui se battent depuis plusieurs décennies pour la reconnaissance de leurs droits.

La nécessité d’une seconde décennie
   Le travail accompli dans le cadre de la décennie internationale a également eu une influence sur les organisations régnales de protection des droits de l’homme. Dans l’espace interaméricain, un projet de déclaration interaméricaine sur les droits des peuples autochtones est en cours d’élaboration et la Cour interaméricaine des droits de l’homme a développé une Jurisprudence en faveur des autochtones, en s’appuyant notamment sur« le travail en cours d’élaboration au sein des Nations Unies »(3). Dans le cadre africain, un groupe de travail sur les droits des minorités/ communautés autochtones vient d’être créé au sein de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (4).
   En dehors de ces organisations régionales, de nombreux États (en particulier en Amérique Latine) ont modifié leurs dispositions constitutionnelles et législatives dans le sens d’une plus grande reconnaissance de l’identité et des droits des peuples autochtones. Ce changement d’orientation se retrouve également au sein des groupes de travail des Nations Unies car un nombre croissant d’États est prêt à adopter le projet de déclaration en l’état, ou après quelques petites modifications
n’altérant pas l’esprit du texte.
   Tous ces éléments laissent ainsi entrevoir l’émergence d’une coutume internationale en faveur des peuples autochtones. Sur ce plan, la décennie internationale a donc rempli ses objectifs, même s’il n’existe pas de norme juridique contraignante reconnaissant explicitement les droits collectifs des peuples autochtones au niveau international, hormis la convention 169 de l’OIT. Ce travail ne doit donc pas être interrompu et c’est la raison pour laquelle une seconde décennie est nécessaire : la Sous-commission des droits de l’homme s’est prononcée en faveur de sa création car, malgré des avancées structurelles et
normatives au niveau national et international, la situation réelle des peuples autochtones est encore bien fragile, même dans les États c onsidérés comme des modèles de démocratie.

Frédéric Deroche


Notes:

1) Pour plus de précisions, se reporter au programme d’ activités de la Décennie internationale des populations autochtones, résolution 50/157 de l’ Assemblée générale du 21 décembre 1995.
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2) Les États-Unis se sont opposés au maintien du groupe de travail lors de leur intervention à la Commission des droits de l’homme en avril 2004.
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3) Voir l’arrêt de la Cour interaméricaine des droits de l’homme du 31 août 2001, opposant le Nicaragua à la communauté Mayagna - Awas Tingni.
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4) Voir le rapport du groupe de travail de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples sur les peuples/communautés indigènes, adopté à la 28ème session ordinaire.
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