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Commission Prisonniers Amérindiens
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        RETOUR AU BULLETIN | COMMISSION PRISONNIERS AMÉRINDIENS

Le 5 juin 2004, Valerie Scott, directrice de NAPS (Native American Prisoner Support), a adressé la lettre suivante à la Commission Prisonniers Amérindiens du CSIA.

   « Les prisonniers amérindiens incarcérés à la prison d’État de Monroe, État de Washington, ont demandé à NAPS de diffuser le message qui suit. Cette déclaration répond à des articles récemment parus dans Indian Country Today, un journal qu’ils apprécient cependant. Ils souhaitent rappeler que les difficultés qu’ ils rencontrent existent depuis plusieurs années et ne sont pas un problème récent. J’ai pu vérifier leurs dires puisque je mène des enquêtes concernant leurs plaintes depuis 1999. Dans le dernier numéro de la lettre d’information de NAPS, nous avons reproduit une lettre écrite dans les années 1980, qui formulait les mêmes reproches à propos des prisons de l’État de Washington.
   La récente interdiction de l’usage du tabac dans les prisons de cet État causera certainement des difficultés aux prisonniers, bien que l’administration pénitentiaire déclare que des exceptions pourront être faites pour des raisons religieuses. […]
Je vous remercie par avance pour l’aide que vous apporterez à ces prisonniers. »

Valerie Scott

   « Cela fait environ une année que la prison de l’État de Washington a subitement déclaré que les Amérindiens constituaient un groupe « menaçant la sécurité » et un « gang » et, en conséquence, quinze hommes ont été transférés vers différentes prisons. Avant d’être déplacés, ces hommes ont passé entre quinze et soixante jours en isolement parce qu’ils étaient indiens. Pourtant, aucun n’avait commis d’infraction.
   C’est à ce moment-là que nous devions tenir notre pow-wow annuel. Il a été annulé. Beaucoup de familles, qui avaient fait le voyage pour y assister, ont été renvoyées. Les homme s transférés avaient de la famille dans la région, ils y avaient leur travail. L’administration pénitentiaire et la prison de l’État de Washington ont refusé de donner la moindre explication. Le seul tort qu’avaient eu ces hommes, c’était d’être indiens.
   Ces choses ne sont pas nouvelles à la prison de l’État de Washington. Par le passé, il a été rapporté que des détenus indiens avaient été stigmatisés à propos de leurs objets sacrés. Les surveillants avaient la liste des détenus indiens et passaient de cellule en cellule pour ramasser les plumes, les récipients pour faire brûler de l’herbe aromatique, les éventails, les tambours et les perles. Les prisonniers indiens avaient reçu des boîtes à chaussures pour y ranger leurs objets sacrés. Si les objets n’y tenaient pas, ils étaient retirés, détruits ou confisqués.
Des plumes d’aigle ont été volées, certaines ont disparu des staffs (bâtons en forme de crosse) et des boucliers. Personne n’a accès à ces objets, à l’exception du personnel.

Les Indiens, une "menace pour la sécurité"

   Cela fait plus d’un an que ces transferts massifs ont eu lieu et que les Amérindiens ont été qualifiés de « gang ». Quelque chose a-t-il changé ? Non ! Au contraire, cela a empiré. Il y a toujours des transferts sans aucune justification. Les
Indiens sont passés devant des enquêteurs pour être interrogés, menacés et transférés. Ils ont été menacés de sanctions, de la perte de leurs privilèges et jetés au "trou" sans raison. Certains Indiens ont comparu devant des équipes composées
de conseillers (des gens supposés s’occuper du bien-être des détenus) qui les ont menacés, traités de menteurs, trouvés coupables de choses qui n’ont jamais pu être prouvées. Des membres de leur famille ont aussi été menacés. […]
   Le personnel de la prison a depuis longtemps l’habitude de former de petites équipes qui maltraitent les détenus indiens. Ils sont pro-nazis, avec le crâne rasé, agissant comme des SS. Un fonctionnaire de haut rang a fait l’objet de nombreuses
plaintes de la part d’organisations de défense des droits de l’homme, aussi bien aux États-Unis qu’à l’étranger […]
   La sweat lodge (hutte à sudation) de la prison a été déplacée, une décision du personnel de surveillance. Ils ont dit que l’ancienne aire devait être modifiée. Nous avons déplacé la loge pierre par pierre, montant de saule par montant de saule. Une
fois déplacée, il a fallu trois mois pour que la nouvelle loge soit édifiée, parce que le personnel s’opposait à toute tentative des prisonniers pour la construire. Nous pouvions nous considérer heureux d’avoir un seau pour mettre l’eau. Il y avait
plus de cinquante Indiens dans cette prison et la plupart participaient aux cérémonies. Nous devions avoir deux cérémonies par mois, alors que nous en avions quatre avant d’être étiquetés comme « gang ». Et nous avions de la chance quand nous les avions ! Au contraire, des services protestants avaient lieu tous les jours à la chapelle, ouverte du matin au soir pour des prières et des réunions. Et il n’y avait que deux cérémonies par mois pour les Indiens ! Nous étions bien plus nombreux qu’aux offices tenus dans la chapelle et, pourtant, il n’y avait aucune égalité de fréquence ou d’accès.
   « Linda », reconnue comme chapelain par l’administration pénitentiaire, prenait un grand plaisir à nous refuser l’accès à la sweat lodge. Nous savions que nous ne pouvions rien faire, qu’elle pouvait nous faire mettre au "trou" parce que nous étions
indiens. L’État de Washington a un « chapelain indien ». C’est habituellement un Indien qui fait office de conseiller spirituel, puisque toutes les activités requièrent la présence de conseillers. Ils travaillent pour l’administration pénitentiaire et font ce qu’elle leur dit de faire. Certains ont aidé à choisir ceux qui devaient être transférés pour des raisons de « sécurité ». Ils agissent comme les éclaireurs indiens de la cavalerie, les traîtres du temps passé. Les autres hommes et femmes qui se proposent comme conseillers pour que les détenus indiens aient leurs cérémonies sont rapidement évincés et n’ont jamais la permission de revenir. […]

Perquisitions et brimades

   Le pow-wow de cette année devait avoir lieu. Nous, en tant que groupe, n’avions pas beaucoup d’argent sur notre compte ; nous ne pouvions donc pas acheter beaucoup de nourriture pour nos invités. Nous devions nous la procurer auprès de l’administration de la prison, qui nous fournissait seulement celle de nos menus habituels. Nous ne pouvions plus obtenir de viande de bison, qu’elle soit donnée ou achetée, ni de saumon pour nos nombreux frères originaires de la Côte pacifique, incarcérés ici. […] Nous ne pouvions apporter quoi que ce soit.
   Nous qui demeurerons ici faisons face quotidiennement à des menaces de transfert et de mises au "trou" pour le simple fait que nous sommes indiens. Nous n’avons rien fait de mal, sinon d’être nés avec notre couleur de peau. Il est dans les intentions du personnel de surveillance d’en finir avec nos cérémonies, des pratiques qui constituaient un mode de vie bien longtemps avant que la prison ne
soit construite. [...]
   Les actes d’oppression les plus récents concernent notre Gardien de la Pipe, dont le sac à pipe a été confisqué parce qu’il ne correspond pas à l’idée que le petit personnel de surveillance s’en fait. Nous avons tenu une cérémonie de la Pipe et nous avons tous fait brûler de l’herbe aromatique, mais un gardien a senti la fumée et a fait un rapport. Nous avons tous été fouillés pour de la drogue, nous avons tous subi des tests urinaires, tous négatifs d’ailleurs. Nos cellules sont constamment perquisitionnées et nos "médecines" éparpillées, nos bols à herbe aromatique brisés et nos plumes d’aigle abîmées. Un homme a été menotté au milieu de la nuit pour avoir brûlé de l’herbe. Ils ont dit qu’il avait fumé de la drogue et sa cellule a été fouillée. Il a été maintenu menotté pendant la fouille.

Des prisonniers rackettés par l'administration!

   Les Indiens sont constamment la cible de mauvais traitements et de menaces. Que pouvons-nous faire ? Si nous disons quelque chose, nous sommes transférés, mis au "trou" et considérés comme menaçant la sécurité ! Nous sommes la seule race qualifiée de « gang », constamment soumise au harcèlement des gardiens à la tête rasée. […] Ces hommes viennent d’une longue lignée de gardiens de prison, le népotisme faisant partie ici du système pénitentiaire. […]
   En plus du harcèlement permanent, l’administration pénitentiaire prélève 35% de tout l’argent envoyé aux prisonniers, même les sommes allouées aux détenus indiens par leur tribu. L’argent qui nous est envoyé avait déjà été taxé et maintenant l’administration déclare que nous devons payer pour notre logement et notre nourriture! L’administration pénitentiaire profite du système judiciaire de l’État de Washington. C’est le seul État américain autorisé à prendre de l’argent envoyé par les familles ou la tribu.
   Je voudrais parler d’un homme appelé John Horn. Il ne peut écrire lui-même, étant l’un de ceux envoyés au "trou" et transféré parce qu’il est indien. Il est très malade et il a finalement été ramené ici. On lui a refusé ses médicaments et il a passé beaucoup de temps en isolement et dans plusieurs hôpitaux des prisons de l’État. Il est tellement mal qu’il est en danger de mort. Il est certain qu’il ne serait pas dans cet état s’il n’avait pas été mis au "trou" et transféré. Il est en phase terminale. John Horn est indien et c’est pour cela qu’il est l’objet de toutes ces brimades. »

Non-signé

Traduction et synthèse : Monique Hameau
NAPS : http//www.hri.ca/partners/naps/

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