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Big Mountain
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 ACTIONS

Food Run 2004

le CSIA fidèle au rendez-vous Du 20 au 28 novembre et pour la quatorzième année consécutive, la Thanksgiving Food and Supply Run a eu lieu en territoire navajo. Les musiciens californiens du Clan Dyken ont conduit de nombreux sympathisants à travers Big Mountain, afin de distribuer nourriture et biens de première nécessité aux résistants navajo du HPL (Hopi-Partitioned Land), territoire officiellement hopi. Les concerts de soutien donnés tout au long du mois de novembre dans plusieurs États (Oregon, Nevada, Californie, Arizona) ont une fois de plus rencontré un franc succès et les Dyken ont reversé l’intégralité des bénéfices à l’opération Food Run. Comme en 2003, le CSIA était présent grâce au dévouement et à la détermination d’une adhérente. Si, vous aussi, vous souhaitez faire partie de l’aventure, n’hésitez pas à nous contacter !

big.montain@csia-nitassinan.org

Vous pouvez également lre l'article paru dans la lettre n°24

Dans la dernière Lettre de Nitassinan, nous avons traversé la clôture qui sépare les territoires HPL(Hopi Partitioned Land) et NPL(Navajo Partitioned Land). Mais la frontière entre les Diné ne se limite pas à cette clôture. Les Nouvelles Terres, au sud de la réserve, ainsi que Window Rock, siège du Conseil tribal, en sont autant de facettes supplémentaires...

Sandners, The New Lands… Une population flouée, désabusée

   Les Nouvelles Terres, ce sont ces territoires, situés en dehors de la réserve, que le gouvernement fédéral a accordés à la tribu navajo contre la récupération, par les Hopi, d’une partie de la zone de conflit, un " morceau" de HPL. En 1986, après plusieurs années de négociations, la Navajo- Hopi Land Commission et les deux tribus sont enfin arrivées à un accord : les Navajo seront relogés entre Sandners et Chambers. Pourtant, quelques personnes se souviennent de la contamination, en 1979, de la rivière Puerco qui traverse les Nouvelles Terres, par le plus important déversement de déchets radioactifs que les États-Unis aient jamais connu jusqu'alors. 355 millions de litres d'eaux usées se sont répandus lorsqu'un des barrages de la mine de Church Rock, appartenantà l'United Nuclear Corporation, a cédé. Dès 1982, des études poussées concluent que le degré de toxicité de l'eau est très dangereux. Malgré cela, en 1985, le rapport commandé par la Commission de relogement affirme que l'eau est "de bonne qualité" …
   Aujourd'hui, conduire à travers la ville de Sandners rappelle le périple pour traverser n'importe quel ensemble de lotissements américain : des maisons, toutes pareilles, agglutinées, un pick-up ou une berline devant le garage. Personne n'ose vraiment mentionner les centaines de malades contaminés par la pollution de la rivière. Il ne faut plus parler de ça. Il faut se tourner vers l'avenir. Les familles qui ont accepté d'être relogées dans des préfabriqués (il n'existait aucune habitation avant que la Commission de relogement ne se charge d’en bâtir) ont reconstruit leur vie. Comme l'avoue Franckie, originaire de Thin Rock Mesa, si c'est dur d'oublier la vie traditionnelle à Big Mountain, les troupeaux, les moments vécus avec les
grands-parents , il faut tout de même reconnaître que les conditions de vie sont
bien meilleures ici, notamment pour les enfants. Ce ne sont pas ses filles, Leta, Sharon et Helena, respectivement 16, 14 et 13 ans, qui diront le contraire. « Ici, nous avons l'eau courante, m'explique Leta qui se prépare pour prendre le bus scolaire, on a l'électricité et tout ça. Je suis comme les autres au collège. Et on peut sortir, aller au cinéma » même si, comme le précise Sharon, il faut parcourir 60km pour atteindre Gallup, la ville la plus proche. Mais au moins, à Sandners, il y a
des routes…
   Franckie, lui, est plus nostalgique. S'il a signé, à l'époque, c'est parce qu'on leur
avait promis qu'ils garderaient leur bétail, que la vie serait mieux, dans des maisons
données par le gouvernement, avec un emploi. « Ils nous ont montré des plans
aussi, avec des magasins pour faire les courses, une caserne de pompiers, un
commissariat, un hôpital et aussi des écoles et une garderie. » Celle-ci a bel et bien existé mais, un an après sa construction, ses fondations se sont écroulées et on l’a fermée, la jugeant trop dangereuse. Pour le reste, les relogés de Sandners attendent encore. "Manque de financements" selon les autorités… Les emplois tant attendus ne sont jamais venus. Il faut faire 30 km pour rencontrer la première échoppe. Et conduire jusqu'à Gallup pour trouver une grande surface… et l'hôpital. Quant aux troupeaux, les familles ont vite compris, en constatant la proximité des
maisons, qu'elles ne pourraient pas les garder. Où les faire paître ? De plus, le B I A exigeait qu’elles paient les droits de pacage. Mais avec quel argent ? « Nous avons tous vendu nos troupeaux petit à petit, aux ranchs voisins. Il le fallait bien de toutes façons car les factures ont commencé à arriver. Mais ça a été dur de s'en séparer. Pourtant, on n'avait pas le choix, surtout pour le bétail. Il ne mangeait pas à sa faim, il maigrissait. Nous avons vendu nos bêtes pour presque rien car elles n'étaient plus en bonne santé. » Factures d'eau, d'électricité… le bilan d'une vie "meilleure", avec toutes les commodités… « On payait à Gallup, c'était pas cher à l'époque. L'entreprise s'appelait Continental Continental Divide. Aujourd'hui, c'est la Navajo Utility Authority qui s' en occupe. Et depuis, les factures n'ont fait qu'augmenter et on ne sait pas pourquoi. On est très suspicieux sur la manière dont ils calculent notre consommation, mais la communauté ici manque tellement de motivation et d'engagement que personne ne fait rien. Il n'y a pas de sentiment d'appartenance ici, il n'y a pas de lien. »
   Franckie est lancé, il ne s'arrête plus. Il a tant à dire, tant à revendiquer. Tant de promesses rompues, que les gouvernements navajo et fédéral ignorent, tant de souvenirs que ses enfants trouvent trop vieux jeu et arriérés. Mais là, devant la caméra, on l’écoute. Il continue : « La plupart de nos Aînés qui ont été relogés sont décédés. C'est à cause du stress et de la dépression. Ils pensaient sans arrêt à leur famille, là bas, à Big Mountain. Mais ça, les autorités s'en fichent. » Mary, son épouse, ajoute :« Quand on es t trop nost algique, on retourne là-bas. Juste pour un jour. Pour marcher un peu. Après, on se sent tous mieux. » Pourtant, les membres de leur famille qu'ils y croisent ne sont pas forcément tendres avec eux, qu'ils appellent les " déracinés", les "vendus"…
   « Au départ, ça avait l'air si beau. Des belles maisons, toutes neuves. Et puis rapidement, la peinture s'est craquelée, les murs ont bougé, les toitures se sont effondrées. Il y a eu de l'humidité, des fuites.» Alice, petite grand-mère frêle et délicate, a la voix qui tremble. Les maisons de Sandners ont été bâties sur un ancien lac asséché. Le sol, marécageux, n'a jamais été stable et, un an après la construction des lotissements, les premières craquelures sont apparues. À l'image du rêve des Nouvelles Terres promises. « Ce ne sont que des promes ses qu'ils n'ont pas tenues, ajoute Alice. J'ai signé parce que je leur avais demandé si mes enfants pourraient garder leurs droits de pacage pour leurs troupeaux de moutons et leur bétail. Ils m'ont dit oui. C'était faux. Tous ces mensonges, ça me rend triste.»

Franckie et sa famille
Franckie et sa famille

Le sujet "Big Mountain" dérange

   En retournant vers Big Mountain, nous décidons de faire un détour par Window Rock. À l'aller, nous avons demandé un rendez-vous avec le Président de la nation
navajo, Joe Shirley. La secrétaire a noté nos noms, le motif de notre visite et nous a dit de repasser quelques jours plus tard. Après plusieurs heures d'attente, on nous avoue enfin que le Président sera occupé toute la semaine à sillonner la réserve, ce sont les élections de chapitres (1). M'assurant qu'il serait ravi de répondre à mes questions, la secrétaire m'invite à les porter par écrit. Ce que je fais. Huit mois plus tard, j'attends encore…
   À défaut de rencontrer le Président, nous sommes reçus par le Bureau de la Commission sur la Terre Navajo-Hopi (Navajo-Hopi Land Commission Office), dont le directeur est, malheureusement, lui aussi en déplacement… C'est un des employés qui, un peu gêné, répond à mes questions. Dès que l'une d’elles l’embarrasse un peu trop, il répète : « C'est au directeur que vous devriez demander. Il en sait beaucoup plus que moi. » Finalement, je n'apprends pas grand chose de lui. Il ignore pourquoi les factures augmentent tant sur les Nouvelles Terres, quels sont les projets pour les habitants de NPL confrontés à un surpâturage et à des permis de construire gelés, à combien s'élève le bail de location aux Hopi des terres appartenant au régime de l'Accommodation Agreement et qui doit le payer, de la tribu navajo ou du gouvernement fédéral. En revanche, il m'assure que la tribu navajo est très concernée par le sort des résistants de Big Mountain et qu'il ferait tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher leur expulsion…
   Malheureusement, il est prévu que le gouvernement fédéral se retire complètement de ses obligations en 2005, laissant à la tribu navajo l'entière responsabilité des conséquences de la politique de relogement, initiée dans les années 1970 et toujours inachevée. À elle de respecter les promesses faites par Washington, de gérer les maisons à réparer, les routes à terminer, les hôpitaux et les écoles à construire, et de payer les dédommagements à la tribu hopi… Oncle Sam tourne la page et la nation navajo racle les fonds de tiroirs.

Retour en HPL, chez Roberta

   Fait exceptionnel depuis le décès de Roberta Blackgoat, en 2001, les derniers habitants de Big Mountain ont décidé de se réunir et de réorganiser la résistance, sur place et à l'échelle internationale. Le lieu n'a pas été choisi au hasard : pendant
trois jours, nous occupons la maison de Roberta. En effet, le rassemblement a également pour but d'honorer la vie et le combat mené par cette Aînée, qui a parcouru le monde pour faire entendre la voix de son peuple. Célèbre pour ses déclarations telles que « Seul le Créateur peut me reloger » , Roberta n'a eu de cesse de dénoncer les persécutions des rangers du BIA et du conseil tribal hopi, et de clamer bien haut les véritables causes de cette prétendue " lutte intertribale pour la terre" : le développement des exploitations minières. En ce mois de mai 2004, ses enfants, amis, voisins et tous les sympathisants et observateurs internationaux qui l'ont connue et qui ont pu faire le voyage, se sont réunis. Japon , Allemagne, Suisse, France, les militants qui ont vécu avec Roberta et ont gardé ses moutons sont nombreux…
   Pendant trois jours, c’est une démonstration généreuse de solidarité internationale. On se relaye pour cuisiner, faire le feu, aller chercher l'eau ou couper du bois.À différents moments de la journée, les Aînées comme Pauline Whitesinger, Catherine Smith, Mae Tso et Kee Watchman sensibilisent les sympathisants à l'histoire de HPL, du relogement forcé, de la construction de la clôture. Quelques incidents troublent cette atmosphère bon enfant et quelque peu "hippie". Le FBI croit bon de venir rappeler aux "Blancs" présents qu' ils « squattent des terres indiennes. » La plainte viendrait des autorités hopi qui souhaitent que l'occupation
illégale de leurs terres cesse. L'agent en chef pose de nombreuses questions à Danny Blackgoat, lui demande de décliner son identité et son affiliation tribale. Quand Danny lui retourne la question, l'agent du FBI répond, d'un air ironique et dédaigneux :
   « Je suppose que je suis un "redneck", Irlandais, Écossais, un peu tout ce qui passait par là à l'époque. » Finalement, Danny refuse de répondre à l'interrogatoire et Pauline Whitesinger déclare que les Hopi traditionalistes sont ses amis et qu'ils ne
s'opposent pas à sa présence ici, chez elle. N'ayant rien perdu de la ténacité qui lui a permis de tirer sur les agents du BIA, venus confisquer son bétail, elle lui demande de partir en lui rappelant qu'ici, c'est lui l'intrus (2).
   Cet épisode, ainsi que les trois visites de rangers hopi qui suivent, outre le fait qu'il n'a rien d'inhabituel, prouve toute l’importance que revêt le choix de ce lieu pour le rassemblement. Aujourd'hui, la maison de Roberta est toujours menacée. Plusieurs fois, les policiers hopi sont venus en repérage et le conseil tribal a déjà prévenu qu'il détruirait au bulldozer la maison, « abandonnée et située en toute illégalité en territoire hopi. » L'occupation de ce site symbolique par une trentaine de personnes est donc une manière d'affirmer que les Diné ne quitteront pas cette terre. Tant qu'il y aura une résistance, la maison restera debout.
   Justement, ce "Spring Gathering" (rassemblement de printemps) a pour but de
réorganiser la résistance, qui s'est un peu effritée depuis le décès de Roberta, leader hors du commun. Les tensions et les rivalités, exacerbées, ont généré une intensification des pressions et des menaces sur les familles navajo de HPL. Vivant dans l'incertitude et le stress permanents, surveillés et harcelés quotidiennement, les résistants sont parfois leurs propres ennemis, bien plus terribles que les Hopi ou les fédéraux. Plusieurs années de déclarations blessantes et d'actes inconsidérés ne peuvent être oubliées en une journée, même en dégustant du pain frit ou une tasse de thé au son des guitares, au coin du feu. La motivation et le dynamisme des bénévoles ont procuré un peu de joie et d'espoir aux Aînés, d'autant plus que la nouvelle génération de résistants a répondu à l'appel : les jeunes qui, partis étudier à la ville, ne trouvent pas de travail et commencent à revenir sur la réserve, prendre soin de leur famille, du troupeau et de leur terre. Ils retrouvent leurs repères parce que, comme le dit si bien Chris, 26 ans : « Ici, c'est chez moi. It's my home. » Espérons qu'une nouvelle génération de sympathisants internationaux saura prendre le relais et répondre aux appels des Diné de Big Mountain, qui continuent leur résistance contre l'oubli.

Sophie Gergaud


1) Les chapitres, au nombre de 100 et de superficie variable, sont des divisions
administratives de la rés erve. Chacun d’eux est en quelque sorte un petit gouvernement local avec président, vice-président et secrétaire-trésorier, élus par la population. Le chapitre élit son député au Conseil tribal.
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2) La vidéo de cet événement, "Trepassers" est sur le site du CSIA (cf plus bas).
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 A VOIR ÉGALEMENT

"Trepassers": Le grand rassemblement des résistants de Big Mountain se déroula dans la maison de feu Roberta Blackgoat dans le HPL entre le 6 et 9 mai 2004... le 7 mai 2004, le FBI annonca aux non-Indiens, qu'ils étaient des "INTRUS". En voici la video (au format real media - vous pouvez télécharger gratuitement le lecteur ici : www.real.com), filmé par Sophie Gergaud, membre du CSIA et responsable de la campagne Big Mountain, lors de sa dernière visite à Dinétah.
"Cette clôtures qui nous sépare..." 1ere partie

 

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