Terri
Brown, présidente de NWAC (l’Association des Femmes
Autochtones du Canada), a profité de sa
participation au projet de déclaration des Droits des Peuples
autochtones à Genève, en septembre dernier,
pour parcourir l'Europe dans le cadre de la campagne Sisters in Spirit.
Cette campagne vise à sensibiliser
l'opinion publique en mémoire des 500 femmes autochtones canadiennes
disparues depuis vingt ans dans
des conditions encore non élucidées. Le 24 septembre dernier,
elle nous a fait l'honneur de nous rencontrer
au CICP.
« Chaque
femme a le droit de vivre en sécurité et dans
la dignité. Mais les préjugés et l'indifférence
des autorités ont mis les femmes amérindiennes
du Canada en danger.» En mars 2004,
NWAC, à l'initiative de sa présidente
d’alors, Kukdookaa Terri Brown (dont
Beverly Jacobs assure depuis peu la succession),
a décidé de se consacrer exclusivement à
la campagne Sisters in Spirit, le temps d'une
année, afin que le gouvernement canadien
débloque 10 millions de dollars pour combattre
la violence subie par les femmes amérindiennes
et pour leur assurer protection et
justice. Les chiffres officiels
font état
aujourd'hui de
500 femmes amérindiennes disparues et/ou
assassinées à travers tout le pays ces vingt
dernières années, mais NWAC estime qu'ils
sont bien en dessous de la réalité. La campagne
Sœurs d'Esprit s'est fixé trois missions :
mener des recherches approfondies sur ces
femmes afin d'affiner les chiffres et de mieux
connaître les circonstances de leur disparition; sensibiliser l'opinion
publique sur la violence
et le racisme dont les femmes autochtones
sont victimes, afin de les combattre;
mettre en place une permanence téléphonique
afin d'enregistrer officiellement, de tracer
et comptabiliser correctement les
disparitions. Terri Brown dénonce « …les
enquêteurs
[qui]
ne font preuve d'aucune rigueur ou de persévérance
lorsqu'il s'agit de femmes autochtones.
Les meurtriers sont toujours en liberté et nous
sommes en danger. On ignore qui ils sont et
s'ils vivent toujours au sein de la communauté.»
Le cas de Robert Pickton, propriétaire d'un élevage de porcs à Port
Coquitlam, en Colombie
britannique, est symptomatique. Selon
NWAC, dès les premières disparitions, il étaité
vident qu'il s'agissait du tueur en série. Or les
autorités n'ont pas jugé utile de le poursuivre,
lui permettant de repérer ses victimes dans les
rues de Vancouver, de les violer et de les assassiner, avant de donner leur
corps en pâture à ses cochons dans sa ferme. Arrêté et accusé d'avoir tué une
douzaine de femmes, Pickton
n'a toujours pas été jugé.
« Tout ce que
les médias
en disent, c'est que
ces femmes étaient des prostituées » déplore
Terri Brown. En effet, la plupart d’entre elles
vivaient dans une situation précaire et, bien
souvent, se prostituaient. Mais, comme elle le précise : «
Chacune de ces femmes est la fille, la mère
ou la sœur de quelqu'un. Elles ne sont pas nées
prostituées, elles ont été marginalisées et peut être
violentées à un très jeune âge.»
Terri Brown et Matthieu Bernard au CICP le 24 septembre
« Des
femmes meurent tous les
jours »
La
campagne Sisters in Spirit vise donc à dénoncer
l'immobilisme et l'indifférence des
autorités policières, judiciaires et gouvernementales,
dus au racisme toujours présentà travers tout le
pays, mais aussi au machisme que les femmes autochtones rencontrent au
sein même de leur communauté. « Nous
avons besoin de femmes leaders. Il faut que les
décideurs soient des femmes. Les femmes
doivent être au premier rang » rappelle Terri
Brown. En essayant de
débloquer
10 millions de dollars de la part du gouvernement fédéral
canadien,
NWAC souhaite protéger les femmes
amérindiennes de toute forme de violence,
retrouver les disparues qui n'ont pas encore été tuées et honorer les victimes, oubliées
par un système trop raciste. « Certaines de ces
femmes ont été marginalisées toute leur vie.
Nous devons veiller à ne pas faire la même
erreur avec leur mort. » Aussi, n’hésitez pas à signer et envoyer la pétition.