En
1977, les organisations amérindiennes, réunies pour
la première
fois aux Nations Unies, dans le cadre de la Conférence des ONG
sur
le racisme et la discrimination des peuples autochtones de l’hémisphère
ouest, ont déclaré le 12 octobre "Journée Internationale
de
Solidarité avec les Peuples Indiens des Amériques". À cette
occasion,
chaque année depuis 1981, le CSIA, fidèle à ses
engagements, organise
une grande journée d'échanges et de rencontres autour de
délégués
amérindiens.
Ti'iwan Maurel avec Eric Navet et Janine Vidal de la commission Guyane
Cette
année, cet événement, important
pour la vie associative du CSIA, s’est
tenu le 9 octobre à la Bourse du travail
de Saint-Denis. Comme toujours, il a
permis à de nombreux représentants de
s’exprimer directement en public et de
témoigner de la résistance des peuples
autochtones pour le respect de leurs
droits dans les Amériques. Après une
présentation du CSIA et de ses associations
partenaires (le Comité de Solidarité avec les
Peuples du Chiapas en
Lutte, le Collectif Guatemala, le Collectif
Bolivia…), la partie "débats" a commencé sur
le thème « Bolivie, terre
indigène », avec Nolasco Mama ni,
représentant aymara de Bolivie et
membre du CISA (Consejo Indio de
Sud-America). Son intervention, très
complète, a traité à la fois des changements
politiques dans ce pays d’Amérique
latine majoritairement peuplé d’Amérindiens,
de la position des communautés
aymara pour l’autonomie, et
de l’évolution du droit international en
faveur des peuples autochtones. Elle a été suivie
d'un concert de musique traditionnelle des Andes.
Amérique
indienne du Sud au Nord
Après
cette pause, une présentation du
programme de formation de l'ONU pour les jeunes autochtones francophones
a été faite par son coordinateur, Frédéric
Deroche (membre du Conseil d’administration
du CSIA), et par une des participantes à
cette formation, membre de la
nation huronne wendat du Québec. Elle
a profité de son intervention pour nous
présenter son peuple et témoigner des
problèmes sociaux qui affectent sa communauté (suicide
des jeunes, alcoolisme, violences familiales…), problèmes liés
en grande partie à la colonisation et à la
déstructuration de la société traditionnelle. En fin d’après-midi,
une table ronde
autour de la « répression des mouvements
indigènes » a réuni Carlos Manzo
(Zapotèque du Oaxaca, Mexique, représent
ant du Consejo Union Hidalgo et
ancien prisonnier politique, libéré récemment
grâce à la
mobilisation internationale, notamment du CSPCL et du
CSIA), Sofia Olhov ich (également du
Consejo Union Hidalgo), Bobby Castillo
(Apache/Xicano, porte-parole international du prisonnier politique
amérindien Leonard Peltier), Bob Robideau
(Anishinabe du Nord Dakota,
figure historique de l’American Indian
Movement, survivant du "règne de terreur"
sur la réserve lakota de Pine Ridge
et co-inculpé de Leonard Peltier, dont il est le cousin direct,
dans les années
1970) ainsi que Daniel Zapata (Xicano
Xiximeka, représ entant des Anciens
Diné/Navajo de Big Mountain, Arizona,
aux Nations Unies). Ce temps fort de la
journée a démontré que, malgré la
répression, les années de prison, l’avancée
des plans gouvernementaux et des
multinationales sur leurs terres ancestrales,
les autochtones n’abandonneront
jamais le combat pour le respect de leurs
droits. Bobby Castillo et Bob Robideau
ont souligné que les peuples amérindiens
ne seront pas tout à fait libres tant que
Leonard Peltier restera incarcéré et ont
appelé à relancer la mobilisation en
faveur de sa libération. Leur intervention
s’est terminée par le chant traditionnel
de l’AIM et par un chant d’honneur pour
ce symbole de l a résis tance amérindienne
qu'est Leonard Peltier (1)..
Notre
responsabilité…
Les
débats se sont terminés par celui,
tant attendu, sur « l ’ethnocide en
Guyane», mené par Ti'iwan Maurel,
Amérindienne teko venue à Paris spécialement
pour cette journée, grâce à la
souscription lancée par le CSIA l’année
passée. Elle a pu nous mettre, nous,
Français, face à nos responsabilités concernant
le non-respect des droits collectifs
de son peuple et la destruction de
son milieu naturel, notamment à cause
de l’orpaillage. Ti’iwan a touché grand
nombre d’entre nous, par son naturel, et
nous remercions encore tous les adhérents
qui ont permis qu'elle vienne.
Cette journée qui, malheureusement, n’a
pas attiré autant de personnes que les
années précédentes, s’est conclue par un
spectacle de théâtre vivant, en honneur
au peuple mapuche en lutte au sud du
Chili, et par de la musique gaïtas
d’Amazonie colombienne. Comme l’a
dit Bob Robideau : « Le combat n’est
pas d’un seul jour. C’est un combat au
quotidien pour notre survie. »
Sylvain Duez-Alesandrini.
1)
Les personnes présentes à Saint-Denis
ont pu également apprécier deux expositions : des lithographies
de tableaux de Leonard Peltier et des
photos de la dernière commémoration à Oglala,
réserve lakota de Pine Ridge, Sud Dakota, par Franck T. Pinero. [ retour
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