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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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"Residentials Schools" / Canada
« V O Y A G E   E N   M É M O I R E S   I N D I E N N E S » 

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La salle du cinéma Les 7 Parnassiens était comble, ce 30 novembre au soir à Paris, pour l’avant-première exceptionnelle du film de Jo Béranger et Doris Buttignol, VOYAGE EN MEMOIRES INDIENNES. La projection a été suivie d’un débat en présence de Jo et de Sally Tisiga, que les réalisatrices ont accompagnée lors de ce voyage douloureux rattachant la mémoire personnelle de chaque protagoniste à un siècle de mémoire collective des Indiens du Canada.

   1992 : l’Amérique fête le 500ème anniversaire de sa "découverte". Jo et Doris traversent le Canada du Nord au Sud, de réserve en réserve, entendent partout la même histoire : celle de plusieurs générations d’enfants qui ont été enlevés à leur famille et à leur communauté, puis adoptés ou placés dans des familles d’accueil blanches ou dans des pensionnats religieux, les "residential schools", où ils ont vécu le pire : violences physiques et psychologiques, sévices sexuels.
   Sally Tisiga, « membre de la nation kaska, membre du clan du loup, une survivante des lois d'intégration canadiennes », est la première personne qu'elles rencontrent. L'idée de faire un film naît. Sally, associée à l'écriture du scénario, confie son journal intime à Jo et Doris. Pendant dix ans, toutes trois enquêtent, fouillent, déterrent les textes de loi et ont la chance d’accéder aux archives des Églises avant que le scandale n’éclate, en 1995 lorsque, encouragés par un journaliste blanc, quelques hommes se regroupent et entament une action en justice, mettant le feu à une traînée de poudre. Actuellement, 12 000 procès sont en cours contre les Églises et le gouvernement.
   L’accès aux archives est désormais impossible et, à White Horse, où vit Sally, elles ont mystérieusement disparu la veille de la perquisition. Malgré leurs tentatives, Jo et Doris n’ont obtenu du Canada aucun soutien financier pour leur projet. Quant aux autorisations de tourner, elles ne les ont demandées qu'aux personnes qu’elles désiraient filmer.

« Je croyais que tous mes bébés étaient morts »

   C'est ce que dit sa mère à Sally, adulte, lorsqu’elles se retrouvent. Elles ne s'étaient pas revues depuis que la police avait emmené Sally, alors âgée de quatre ans.
   Au début du 20ème siècle, le gouvernement canadien a considéré que les écoles de jour, tenues par les missionnaires catholiques auprès des tribus nomades, étaient insuffisantes pour mener à bien sa politique d'assimilation forcée. Protestants et catholiques se sont alors battus pour ouvrir des pensionnats. Un grand nombre d'enfants y sont morts, de tuberculose essentiellement, ce qui a poussé les parents à les cacher. La loi de 1920 est alors venue renforcer celle de 1879, condamnantà une peine de prison les pères des enfants qui ne seraient pas scolarisés.
   Dans les années 1950, on a fait venir les Indiens dans les villes, ce qui a créé des ghettos et les a coupés de la terre puis, dans les années 1960, l'Aide à l'Enfance a procédé abusivement à des placements dans des familles blanches, parfois même aux États-Unis. Au total, plus de 50 000 enfants indiens sont morts dans ces internats ou ont disparu.

« Quand la parole est enfin sortie, l’explication a diminué la honte »

   En 1991, en quête de son identité, Sally revient à Lower Post, dans le Yukon, après vingt-huit ans d’absence. Elle trouve la petite communauté, dont elle a été arrachée, en plein conflit : certains de ses membres commencent à parler de ce qu'ils ont subi dans les pensionnats, les autres ne peuvent les croire.
   Des Anciens, susceptibles d'avoir échappéà ces placements et d'avoir conservé leurs cérémonies, vont jusqu'à affirmer qu'il n'en existait pas. Une grande partie de la culture a été perdue et c'est avec les générations plus jeunes que Sally découvre les rituels.
   Dans beaucoup de familles, le silence règne encore, la révélation est trop récente. Lorsque Sally, assistante sociale, est face à une famille qui va mal, elle incite toujours ses membresà parler des residential schools. Car, si apprendre ce que d'autres ont subi au pensionnat de Lower Post, où de nombreux pédophiles se sont succédés et qu'elle a elle-même fréquenté avant sa fermeture, à la fin des années 1970, l’a profondément choquée, cela lui a permis de donner enfin un sens à ce qu'elle voyait depuis toujours (dislocation des familles, alcoolisme, suicide…). Les jeunes ont compris que l’état de perdition des plus âgés et la déstructuration totale de leur famille et de leur communauté sont l’aboutissement d’une politique gouvernementale, génocidaire et ethnocidaire, copiée sur celle des États-Unis et qui a enlevé plusieurs générations d’enfants indiens à leur famille et à leur communauté, dans le but de s'accaparer les richesses et d'anéantir leur culture.

Trop peu de changements

   Il y a un peu plus de cinq ans, sous la pression des associations des premières nations, le gouvernement canadien a demandé pardon, du bout des lèvres, pour avoir mené cette politique et a accordé de l’argent pour mettre en place des programmes de soin. Cette "Healing Foundation", qui devait être renouvelée au bout de cinq ans, ne l'a pas été.
   Actuellement, le taux d'enfants indiens placés par les services sociaux est aussi élevé que celui des enfants enlevés à leur famille dans les années 1940. Rien n'a changé malgré les actions des associations autochtones, ou si peu : depuis les années 1980, les enfants ne peuvent plus être adoptés aux États-Unis et doivent rester en priorité dans leur communauté, qu'ils ne quittent qu'avec son accord. Le système est toujours très colonialiste : les communautés dépendent de l'argent du
gouvernement, qui les sous-finance.
   Au moment où le film sort en France, au Canada, il n’est programmé que dans une unique salle, à Montréal. Profitez absolument des opportunités qui s'offrent à vous de le voir car l'intimité créée par la constante présence, si chaleureusement discrète, de Sally, la délicatesse et la sobriété que Jo et Doris ont mises au service de l'extrême pudeur de ceux qui témoignent de leur souffrance, la force des documents d'archives, bouleversants, nous ont tous plongés dans une profonde et rare émotion.

Françoise Hausfater

 A VOIR ÉGALEMENT

Pour plus d'informations:
http://hiddenfromhistory.org/lecture.htm et
http://canadiangenocide.nativeweb.org

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