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Portrait / Guyane
T I ’ I W A N   C O U C H I L I - M A U R E L

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Ti'iwan et EdithOriginaire de la communauté teko, Ti’iwan Maurel est venue représenter les Amérindiens de Guyane lors de notre dernière journée de solidarité, le 9 octobre. L’occasion pour les adhérents du CSIA de mieux connaître cette jeune artiste et militante de 32 ans.

   « J’ai toujours été très timide. Petite je ne parlais même pas ! » confie Ti’iwan. Il
aura fallu différents événements marquants au cours de sa vie pour la convaincre de la nécessité d’intervenir en public et l’aider à surmonter, en partie, sa timidité qui la rend aujourd’hui si attachante et n’entame en rien sa détermination.
   Elle est encore très jeune quand son grandpère maternel, chaman, l’emmène avec lui au Venezuela, au Costa Rica ou encore au Guatemala, pour participer à des rencontres spirituelles indigènes. Fille naturelle de Joseph Chanel, maire de Camopi, c’est auprès de sa mère et de son beau-père, lui aussi chaman et qu’elle appelle « père nourricier », que Ti ’iwan grandit. Sa famille est traditionaliste teko et elle a toujours observé et posé des questions sur les mythes et la culture, qui la passionnaient déjà. Pour elle, « une personne sans Histoire est une personne à qui il manque quelque chose. » Pourtant, à huit ans, elle doit aller à l’internat catholique, qu’elle quittera au collège pour suivre ensuite des cours par correspondance. Cela ne l’a pas empêché de continuer à apprendre sa culture et elle a d’ailleurs suivi une formation de chaman pendant trois mois, curieuse de connaître ces secrets, pourtant souvent interdits aux femmes. Mais Ti’iwan est passionnée et très investie.
   Au début des années 1990, elle travaille comme médiatrice culturelle teko pour la
petite enfance, écrit des contes et s'intéresse à la linguistique. Puis, au village d’Elahe, où elle est la seule employée, elle se tourne vers les adultes et dispense trois fois par semaine des cours en français. Elle les aide également dans leurs démarches administratives ou leurs recherches pour l’État civil et effectue pour cela des déplacements sur Cayenne ou Maripasula. Elle assiste les médecins et travaille deux heures par jour pour les espaces verts du village. Il ne lui reste que quatre jours par mois pour rendre visite à ses trois enfants, restés à Cayenne avec leur père, instituteur.
   Toujours en 1990, elle crée avec d’autres femmes de Maripasula l'association
Kobuéolodjue (Nous existons), afin de défendre la culture amérindienne et les territoires de pêche et de chasse. En effet, on parle déjà du projet de Parc… En 1995, cependant, elle délègue ses fonctions et se consacre à la réalisation d’un dictionnaire teko, les dictionnaires existants étant plus que médiocres.
   C’est l’assassinat de sa grand-mère, en décembre 2001, qui la convainc définitivement d’adopter une position politique en tant qu’élue. En mars 2002, elle devient conseillère municipale de Maripasula, où elle tient toujours un rôle de consultante culturelle qui lui permet de faire partie de plusieurs délégations en pays indien. Elle participe toujours à des lectures de contes ainsi qu’à l’écriture de livres sur la culture teko. C’est également en 2002 qu’elle devient la troisième coordinatrice de la FOAG (Fédération des Organisations Autochtones de Guyane).
   Aujourd’hui, Ti’iwan n’est pas seulement une militante investie dans la vie politique de sa communauté, c’est aussi la mère de quatre enfants et une artiste accomplie et reconnue, qui a gagné de nombreux prix grâce à ses réalisations de ciels de case aux tailles et aux motifs variés. Les ciels de case, pièces de bois rondes que l’on accroche au plafond de la maison, représentent l’univers et protègent les habitants. C’est elle qui a introduit cette pratique, traditionnellement
wayana, dans la culture teko tout en y intégrant, entre autres, les motifs de macaques, d'ocelots et d’ibis rouge, sacrés dans la mythologie teko. Les couleurs qu'elle utilise sont exclusivement naturelles et fixées à l’acrylique.
   Vivant aujourd’hui de son art, Ti’iwan se bat plus que jamais pour que les droits des Amérindiens de Guyane soient reconnus et qu’une place leur soit accordée dans les négociations concernant la création du Parc naturel de Guyane. Elle explique qu’il est très dur pour les Amérindiens de trancher sur cette question. En effet si, au départ, tout le monde était d’accord pour refuser catégoriquement le projet, aujourd’hui les avis sont plus divisés face à la multiplication des orpailleurs et des menaces sur la Nature qu’ils représentent. Certains voient donc le Parc comme un moindre mal pour lutter contre l’extension de l'orpaillage illégal. Mais la place qui sera accordée aux Amérindiens au sein de ce Parc reste plus qu’incertaine et ils restent exclus des négociations officielles. Et pour Ti’iwan :«choisir entre le Parc ou les orpailleurs, c’est comme choisir entre la peste et le choléra…»

Sophie Gergaud.

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