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Henry Red Cloud et David Bartecchi, de l’association Village Earth (voir ici), accompagnés de Ralf Kracke-Berndorff qui a réalisé le film sur le projet, étaient de passage pour quelques jours à Paris. Nous avons pu organiser une rencontre avec eux, jeudi 27 janvier, dans la grande salle du CICP où ils ont exposé leur programme sur la réserve de Pine Ridge, "Adopt a Buffalo" .
Une soixantaine de personnes a assisté à la projection du film Pine Ridge – Session one. Cette version courte et sous-titrée du documentaire de l’association présente la situation actuelle de la réserve oglala de Pine Ridge, où le taux de chômage atteint 85 % et où la moyenne de vie n’excède pas les 53 ans ! Les actions de Village Earth sont des plans à long terme dont le but est l’autonomie économique de différentes communautés. Sur Pine Ridge, l’autosuffisance de la réserve passe par la récupération et la sauvegarde de la terre, pour qu’elle nourrisse de nouveau les hommes et les bisons. La misère ayant obligé les Lakota à louer ou à vendre pour des sommes dérisoires 80 % de leurs terres à des fermiers non-Lakota, le premier objectif de Village Earth est de permettre aux familles de la réserve de récupérer et de mettre à profit leur terre par, notamment, la réintroduction du bison, qui fut durant des siècles la base même de la civilisation lakota. Ainsi, le projet Adopt a Buffalo a déjà permis que 15 bisons soient amenés à Pine Ridge et placés sous la responsabilité des membres des différents "Tiyospayé" (famille élargie pouvant aller jusqu’à 250 membres) qui les ont adoptés. Une femelle bison pouvant engendrer une vingtaine de petits au cours de sa vie, petits qui seront à leur tour adoptés par d’autres familles lakota, le retour du bison pourra peut-être contribuer à recréer l’harmonie des Lakota avec leur terre. En leur donnant accès aux ressources nécessaires, en développant les énergies naturelles, Village Earth leur permet de retourner sur leurs terres et de mettre en place des micro-entreprises autonomes et durables. La projection du film a été suivie par l’intervention de David Bartecchi, directeur des programmes de développement sur Pine Ridge, puis par celle d’Henry Red Cloud, 5 ème génération des descendants du grand chef oglala Mahpiya Luta. C’est en lakota qu'il a souhaité la bienvenue à l’assemblée, avant de la purifier en brûlant de la sauge dans les six directions : l’ouest, le nord, l’est, le sud, le ciel et la terre. Il a demandé à toute l’assistance de se lever et de chanter afin de retrouver l’unité sacrée que symbolise Village Earth. Puis il a évoqué le génocide et l’ethnocide perpétués contre son peuple et qui continuent encore sous d’autres formes, notamment par les emprisonnements abusifs dont sont victimes trop de leaders indiens. Renforcer le Tiyospayé Il s’est ensuite plus étendu sur les objectifs qui permettront à la septième génération après Wounded Knee de retrouver l’esprit de la Terre Mère, l’autonomie par la terre et le bison, et de se souvenir de son identité car « ne rien oublier est le chemin. » Ne pas oublier que le projet de Village Earth à Pine Ridge puise sa force dans la terre, mère des Lakota, qui est son passé et surtout son avenir. Henry Red Cloud a rappelé à ce propos à quel point il est essentiel pour les Lakota de récupérer les Pahasapa (les Black Hills). Ne pas oublier non plus le symbolisme traditionnel des couleurs : rouge, jaune, blanc, noir. À chacune d’elle correspond une direction, un peuple. Chacune fait partie d’une unité où se rassemblent la terre, le ciel et les hommes dans le grand cercle cosmique. « Tatanka kin na Oyaté » : le bison et le peuple, mais aussi le peuple par le bison et le retour du bison par le peuple. L’avenir de l’un étant l’avenir de l’autre. Ne pas oublier que c’est par le massacre du bison que le wasicu (l’homme blanc) a réduit le Lakota à la misère. Mais la réintroduction du bison n’est pas le seul projet de Village Earth à Pine Ridge : pour ses membres, il s’agit également, à long terme, de reconstruire des maisons salubres et fonctionnelles qui permettront de renforcer le Tiyospayé. Le développement d’énergies naturelles et peu onéreuses (solaire, éolienne, etc…) pourra ainsi redonner un avenir plus prometteur aux communautés lakota. Henry Red Cloud a donné des exemples de récupération et de recyclage, qui témoignent de la misère et de la désolation régnant sur la réserve. En effet, autour des habitations vétustes, de nombreuses carcasses de voitures rouillées semblent être laissées à l'abandon. À cette évocation, Henry a souri et ajouté que Village Earth essayait de tirer parti de tout, même de ces carcasses de voiture, précisant avec beaucoup d'humour que les pneus, par exemple, peuvent être considérés comme une véritable matière première à Pine Ridge et servent d'isolant dans les maisons ! Il a terminé son intervention en parlant du projet de construction d'un centre communautaire qui, lui aussi, contribuera à renforcer le Tiyospayé, cœur familial de la vie sociale des Lakota. Un programme qui s'étendUne fois terminée la présentation des actions de Village Earth sur la réserve, Henry Red Cloud a répondu aux questions et expliqué que de plus en plus de familles participent à ce programme, qui doit s’étendre par la suite à d’autres réserves, celle de Rosebud notamment. L’attitude des jeunes est en train de changer. De plus, depuis les années 1970, le lakota est enseigné de l’école primaire à l’université, ce qui est primordial pour la transmission et la préservation de la culture. Rappelons à ce propos que les programmes d'acculturation, ("Termination" et "Relocation"), mis en place par le gouvernement américain, ont consisté à enlever des centaines d'enfants à leur famille et à les envoyer dans des pensionnats religieux où l'usage de leur langue maternelle leur était formellement interdit, ainsi que toute forme de manifestation rituelle lakota. La plus petite désobéissance était cruellement punie. La conséquence principale de ces programmes est, qu'à présent, la nouvelle génération doit réapprendre à parler la langue des Anciens. Après un dernier chant, Pila Mayelo Tunkasila (Merci, Grand père), Henry Red Cloud a accordé son attention à tous ceux qui le sollicitaient. La soirée s’est terminée à 21h30, clôturant ainsi la tournée européenne de ces représentants de Village Earth. Et, oui, comme nous l'a dit Henry Red Cloud : « Hau wasté yelo ! Wahehant wanciyankinkte na lila pila maye, Village Earth » ( Nous remercions Village Earth d'être venus et nous leur disons à bientôt).Ericka Maury-Lascoux |
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