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Du 23 au 29 janvier 2004, deux représentants de l’association Village Earth étaient à Paris dans le cadre de leur tournée européenne. Henry Red Cloud, Lakota, frère d'Alfred Red Cloud (cf. Lettre de Nitassinan n° 27) et David Bartecchi, enseignant à l’Université de Boulder au Colorado, sont venus présenter au public français les différentes actions menées par cette association sur la réserve de Pine Ridge. L’occasion pour nous d’établir de nouveaux contacts et de suivre une nouvelle campagne prometteuse. Quand l’université s’engage sur la réserve Depuis sa création par des universitaires en 1993, lors du sommet international sur le développement durable qui s’est tenu à Fort Collins, au Colorado, et qui a rassemblé 300 participants venus de 30 pays différents, Village Earth a permis à des centaines d’associations dans le monde de mettre en place un système économique issu des volontés des communautés. Village Earth forme et conseille ces associations, qu’elles se trouvent en Inde, Indonésie, Bosnie, Namibie, Égypte, au Bengladesh, Nigeria, Guatemala ou encore au Mexique. L’idée fondatrice de Village Earth est que chaque communauté possède déjà en elle les germes de son propre développement économique. Contrairement aux approches occidentales habituelles, l'association s’inspire donc d’abord des idées de base de la communauté et lui donne ensuite accès à tous les réseaux de communications et de ressources nécessaires à son propre développement, selon les critères que ses membres ont choisis. Sur la réserve de Pine Ridge, l’une des plus pauvres et marginalisées des États-Unis, plusieurs projets ont déjà été mis en place avec l'appui de Village Earth, sur l’initiative des membres de la communauté. Ce sont ces projets qu'Henry Red Cloud et David Bartecchi, i nvités par Coyote, groupe de soutien allemand qui les suit depuis le début de leur campagne, sont venus présenter au public européen. Récupération des terres Après un long processus administratif et juridique, Henry a vu le début de son rêve se réaliser l’année dernière et a pu se lancer dans la seconde partie du projet qui lui tenait à cœur : le retour des bisons sur la réserve. En juin 2004, le premier bison, acheté grâce à des dons privés, a donc foulé le sol de sa propriété. Mais ce n’est qu’un début. Henry n’a de cesse de répéter que le peuple lakota est le peuple bison, que « le bison est au cœur de notre spiritualité et de notre Histoire. » En réintroduisant les troupeaux sur la réserve, c’est le bien-être des membres de toute sa communauté qui peut ainsi être assuré, sur le long terme. Grâce à Village Earth et à son réseau d’aide dans les démarches administratives, le processus de récupération des terres a pu s’étendre cette année à toute la famille Red Cloud, qui possède dorénavant un territoire communautaire de 1 000 ha rendant possible l’élevage d’un troupeau de bisons, ce que ne permettaient pas le parcellement et l’individualisation des terres, imposés dans les années 1960. Depuis, d’autres familles se sont adressées à Village Earth et c’est un vaste mouvement de récupération des terres qui s’est engagé. En effet, un sondage effectué en 2003 par le groupe de recherche de l’université de Boulder, au Colorado, a montré que 80 % des Lakota de Pine Ridge n'étaient pas satisfaits de l’endroit où ils habitaient, des logements sociaux délabrés principalement. Lorsqu’on leur a demandé où ils souhaiteraient vivre, ils n'ont pas répondu « en dehors de la réserve » mais « ailleurs sur la réserve, sur nos propres terres. » Parrainage de bisons et plus encore Lorsqu’ils ont commencé leur tournée, Henry Red Cloud et David Bartecchi avaient uniquement l’intention de montrer le film réalisé par Ralf Kracke-Berndorff, intitulé Pine Ridge, Session One, qui dresse un bilan des diverses actions menées par Village Earth sur Pine Ridge. Le succès a été tel qu’ils ont commencé à organiser des récoltes de dons par le biais d’un parrainage de bisons. Finalement, à l’issue de leur tournée européenne qui s’est achevée à Paris, c’est plusieurs bisons semi-sauvages qu’ils vont pouvoir acheter en Iowa et réintroduire sur la réserve. Une véritable victoire pour Henry, sa famille et Village Earth. Mais comme il l’a expliqué à Douglas Nakashima, le directeur du programme Links à l’UNESCO, qui lui a cordialement accordé un rendez-vous le 28 janvier dernier, tout le projet Village Earth-Pine Ridge va beaucoup plus loin : « Il s’agit de guérison. Nous pensons que la 7 ème génération, notre génération, est celle du temps de la guérison. En récupérant nos terres et en réintroduisant le bison, ce sont tous les membres des "tiyospayé" (familles élargies) et toute la communauté lakota qui vont de l’avant et peuvent enfin résoudre leurs problèmes. » Des projets de reconstruction d’habitations, utilisant les énergies renouvelables et les matériaux naturels disponibles, sont en cours. De même, un programme de commercialisation d’herbes sauvages et d’huiles produites sur la réserve commence à voir le jour et sera relayé prochainement par le CSIA-Nitassinan. Sophie Gergaud
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