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Droits des peuples autochtones
D É L É G U A T I O N   A U T O C H T O N E   À   P A R I S

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Le 12 avril dernier, à l'École Normale Supérieure de Paris, des acteurs majeurs du groupe de travail sur le projet de déclaration des peuples autochtones à l'ONU étaient réunis pour une conférence sur les droits de ces peuples.

Perdre le lien avec la Terre, et le sens de la vie

   « Les autochtones gardent un lien très proche avec le monde qui les entoure, ce qui donne du sens à leur vie. Leur spiritualité est liée à la Terre. Ce n’est pas le "développement" qui est le plus important. Le style de vie moderne nous éloigne de ce qui est naturel et la vie a de moins en moins de sens » a déclaré Kenneth Deer, nation Mohawk-Kahnawake.

   Cette perte de sens conduit alors au désespoir le plus profond. Ainsi Adelard Blackman, Dene de Buffalo River, a cité l’exemple de ce chef d’une réserve au nord du Canada qui, l’été dernier, a lancé un appel au secours sur la chaîne télévisée nationale : dans sa communauté de 600 membres, cinq adolescents s’étaient suicidés en l’espace d’une semaine. 23 personnes en un an. « Rien n’a été fait. Cela n’a servi à rien. Nous connaissons le plus haut taux de suicide de jeunes au monde. » Les Malezer, de la Fondation pour la défense des droits des Aborigènes, est sorti de sa très grande discrétion pour surenchérir : « D’où je viens, au Queensland, l’espérance de vie des Aborigènes est de 47 ans. »

   Et Kukdooka Terry Brown, nation Tahltan (Nord de la Colombie Britannique), d’enchaîner : « La tribu Tahltan ne comprend plus que 5 000 membres maintenant. Il y a beaucoup de découragement chez nos dirigeants. Le danger est que les jeunes sont convaincus qu’on ne peut rien arrêter. Nous voulons arrêter cette destruction pour qu’il y ait un futur pour nos enfants. Je suis envoyée en Europe par les Anciens. Il ne faut pas se laisser embobiner par les sociétés comme la Shell, qui essaient de nous persuader qu’il est trop tard pour arrêter. »

« Que voulez-vous de nous ? »

   Un membre de l’assistance s’est exclamé : « Vous ne convaincrez pas les occidentaux d’un retour à la Nature, c’est impossible, même si nous vous envions ce lien que vous avez avec elle. En fait, que voulez-vous de nous ? » José Morales, Maya du Guatemala, est resté fidèle à cet humour tendre qu’il manie si bien : « Je comprends qu’un retour à la nature soit difficile à imaginer pour vous. Mais le cœur doit y être. La relation que nous, autochtones, entretenons avec la Terre, est une histoire d'amour. Or vous savez aimer donc ce n’est pas dur de changer et de comprendre. Vous êtes capables de ressentir ça, vous aussi. »

   Armand MacKenzie a, quant à lui, tenu à ajouter que, pour les autochtones, un "retour à la terre" ne signifie pas se parer de ses plus belles plumes et retourner vivre au fin fond de la forêt. Il s’agit en fait de la nécessité de mener une réflexion plus globale car notre Terre est « pas mal malade en ce moment. »

   Kenneth Deer a cité les paroles d’une Aînée de sa communauté qui, lorsque les jeunes lui demandaient « Quelle est la solution ? », avait l’habitude de leur répondre : « Nous, les Anciens, nous ne faisons que partager notre savoir. Ensuite, c’est à vous de trouver votre propre solution à partir de ce que nous vous avons appris ». Il ne s’agit donc pas pour les occidentaux de copier les modes de vie des autochtones mais de trouver leurs propres solutions à la lumière de leur enseignement et de leur relation privilégiée avec la Terre.

« Que puis-je dire à part : Vive le pays indien libre ?!  »

   Pour Armand McKenzie, les difficultés les plus importantes que rencontrent les autochtones pour faire reconnaître leurs droits sont l’ignorance, la volonté des gouvernements à marginaliser d’une part, à intégrer dans des moules d’autre part, ainsi que leur incapacité à remettre en question les fondements et les instruments du pouvoir politique et économique. Il dénonce la « politique systématique de discrimination de l’État canadien qui ne montre au monde que la pointe de l’iceberg. » En effet, le Canada jouit souvent d’une très bonne image, surtout en France, alors qu’à l’échelle mondiale, son comportement envers les peuples autochtones du pays le classe au 160 ème rang, à égalité avec l’Indonésie et l’Egypte. « Nous avons été élevés dans la grande mystification de la colonisation. La lutte va être longue. Nos sociétés sont essentiellement collectives. Notre droit est collectif. Finalement, cette déclaration [des droits des peuples autochtones, en préparation à l’ONU] est là, déjà. Elle existe » a-t-il déclaré.

   Ce qu’a approuvé Kenneth Deer  en ces termes : « Ce que nous attendons de vous, c'est de la compréhension, du respect. Car nous avons fait de notre mieux pour vous comprendre et vous respecter. Si vous, Français, vous le faites, votre gouvernement fera de même et nos droits seront reconnus. »

   Et c’est par un clin d’œil d’Armand McKenzie que la conférence a pris fin : « Le général de Gaulle a dit : Vive le Québec libre ! Que puis-je dire à part : Vive le pays indien libre ?! »

Sophie Gergaud
NB : Cette conférence était organisée par l’association Paroles de nature
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