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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Commission Prisonniers Amérindiens
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        RETOUR AU BULLETIN | COMMISSION PRISONNIERS AMÉRINDIENS

Polunski Unit, Livingston (Texas), le 7 juin 2005. Alors qu’il se rendait au réfectoire, Iron Thunderhorse, détenu âgé, handicapé et malvoyant, s’est fait agresser par des gardiens du TDCJ (Texas Department of Criminal Justice). Ceux-ci lui ont brutalement arraché ses lunettes et ses protections UV et ont aspergé ses yeux de "pepper spray", un aérosol au gaz poivre dont l’utilisation, dénoncée par Amnesty International, provoque de terribles brûlures oculaires et cutanées et de graves troubles respiratoires. Arrosé de ce poison, roué de coups de pied, son bras infirme tordu et maintenu dans le dos, Iron a enduré un véritable passage à tabac.

   Depuis plusieurs semaines déjà, les matons lui interdisaient l’accès à la cantine, tentant de l’affamer pour le contraindre à se plier au règlement et à couper ses cheveux longs, bien qu’une Cour Fédérale ait jugé peu avant que ses droits civils avaient été violés. Cette dernière agression est l'énième humiliation subie durant son long combat par Iron, chef héréditaire de la tribu Quinnipiac Renapi, une branche de la grande nation Lenni Lenape (Delaware). Ce peuple, dont le territoire court le long des rives de la Quinnipiac River, au Connecticut, a eu le terrible privilège, au début des années 1600, d’être la première nation indienne confinée sur une réserve par les colons anglais, à New Haven.

   Voici comment a commencé son long calvaire, il y a plus de trente ans. Un soir après le travail, alors qu'Iron s'apprêtait à rentrer chez lui, une bande de jeunes Blancs du coin ont trouvé amusant de lui offrir une coupe de cheveux. Les dures années passées dans un pensionnat indien, où les bagarres étaient fréquentes, et son travail dans le secteur du bâtiment ont forgé son caractère et endurci son corps. Iron, en état de légitime défense, a réussi à prendre le dessus sur ses assaillants, des fils de notables locaux, mais a été arrêté par les forces de l’ordre. Les ennuis ne faisaient que commencer car ses agresseurs, humiliés, l'ont traqué, attendant le moment opportun pour se venger. Une nuit d’hiver, deux d’entre eux ont repéré sa voiture, qu’ils ont prise en chasse et forcé à sortir de la route. Mais Iron n’était pas à bord et, lorsque la patrouille routière est venue l’informer que sa jeune épouse et son enfant étaient morts, il a bu plus que de raison, a peint son visage, enfourché sa moto et cherché vengeance. Il a trouvé les garçons avant la police mais celle-ci, arrivée peu après sur les lieux, l'a appréhendé pour agression aggravée.

Vétéran et militant

   C’est alors que l’Oncle Sam est entré en jeu. Iron est libéré et confié aux "bons soins" des recruteurs de l’armée pour un service spécial au Vietnam. Dans sa jeunesse, il a profité de ses nombreuses fugues du pensionnat pour aiguiser les connaissances de la vie dans les bois qui lui avaient été inculquées durant son enfance, passée dans les régions rudes et reculées. Ces connaissances, conjuguées à la haine consécutive aux derniers événements de sa vie, en faisaient un candidat idéal pour les opérations secrètes. Formé entre autres au camp d’entraînement de Fort Bragg, il est placé sous l’autorité de la CIA (Central Intelligence Agency) et envoyé en mission au Vietnam et en Asie du Sud-Est.

   Plus tard, attiré par les préceptes et les revendications de l’AIM (American Indian Movement) et par d’autres mouvements populaires s’opposant au gouvernement fédéral, Iron devint la cible du FBI (Federal Bureau of Investigation) et de son COINTELPRO (Counter-Intelligence Program), comme tant d’autres dissidents et activistes du début des années 70. Créé par J. Edgar Hoover, directeur du FBI, ce programme visait à manipuler de l’intérieur les mouvements "subversifs" comme les Black Panthers, que des agents infiltraient dans le but de les faire imploser.

   Incarcéré au Texas, Iron a fait rapidement appel à la justice pour défendre ses droits religieux. Après le procès qui l’a opposé au TDCJ, il s'est présenté à la prison avec une injonction de la Cour intimant aux autorités carcérales l’ordre de respecter ces droits, dont celui de porter les cheveux longs.

Lorsque la violence carcérale est une torture

   Mais il a été accueilli par le directeur entouré d’une escouade de détenus à sa solde, armés de battes de base-ball et de manches de hache. Le directeur a déchiré l’ordre de la Cour et ordonné à sa milice de le corriger et de lui couper les cheveux de force.

   Les années ont passé et Iron a subi maintes punitions et tortures. Il a ainsi passé plusieurs années en isolement dans une cellule minuscule, sans aération et dans laquelle il a souffert de la chaleur suffocante du Texas. Les gazages au pepper spray sont responsables de sa cécité actuelle. Si le corps de ce vétéran est couvert de cicatrices, peu d’entres elles proviennent du Vietnam.

   Au moment de son incarcération, Iron était en excellente condition physique et surentraîné dans le domaine des arts martiaux, ce qui lui a permis de déjouer plusieurs tentatives d’assassinat. Mais aujourd'hui sa santé est précaire et il est quasiment aveugle. « Je souffre de dystrophie cornéenne, de cataracte et j’ai un glaucome. Ma glande lacrymale ne fonctionne plus » a-t-il écrit dans la plainte qu’il a déposée, suite à l’attaque du 7 juin. Il y relate les douleurs atroces qu’il a endurées avant d'être enfin admis au service médical de la prison. « Le Lieutenant Lawrence et le Sergent Sheffield ont refusé que l’infirmière de service m’examine convenablement […] Ils l'ont empêché de me nettoyer. […] Les officiers disaient "laissez-le brûler !" Ils ont rejeté sa demande d’ôter mes menottes pour examiner mon épaule, qui me faisait atrocement souffrir. » Depuis 1992, Iron a en effet une dérogation écrite qui interdit aux gardiens de le menotter en raison de l'infirmité de son bras. Ce document a été confisqué après l’agression.

   Iron souffre également de rhinite et de dermatite, pathologies pour lesquelles l’utilisation de ces aérosols est spécifiquement contre-indiquée. Ces antécédents médicaux étaient connus des surveillants avant l’agression. Iron n’a pu se doucher que 12 heures après qu'elle ait eu lieu. D’autres maux, dus à l’âge et à des soins médicaux inappropriés, affectent sa santé chancelante : hypertension artérielle, arythmie cardiaque, apnée du sommeil, zona chronique et il ne lui reste qu’un seul poumon. Tous ces dysfonctionnements ont été aggravés par les violences perpétrées à son encontre. Ses demandes répétées pour être examiné par un médecin ont été rejetées et ses prescriptions médicamenteuses suspendues.

   « Le directeur m’a dit que les lunettes d’Iron ont été égarées après la confiscation de ses biens, a dit Ruth Thunderhorse, sa compagne actuelle. Il m’a dit que s’ils ne peuvent pas les retrouver, ils lui en fourniront une autre paire. Histoire de l’empêcher de travailler sur ses procédures juridiques, je présume. Quand je lui ai demandé si Iron avait son éventail, vu son embarras, je pense que ce n’est pas le cas. Il a aussi ignoré ma question pour savoir si mon mari avait sa loupe de lecture ou non. » Les lunettes d’Iron, ses protections UV et sa canne blanche ne lui ont toujours pas été restituées. Sa machine à écrire a également été saisie. Il faut croire que le TDCJ met tout en œuvre pour contrecarrer ses efforts pour défendre légalement ses droits civils, n’hésitant pas pour cela à mettre en danger sa santé.

   Le Président Bush, qui a été gouverneur du Texas, peut déclarer à qui veut l’entendre que « nous ne pouvons excuser les actes de torture », les faits prouvent le contraire. Le calvaire d’Iron Thunderhorse a commencé sous le mandat de M. Bush et continue aujourd’hui. Les raisons ne manquent pourtant pas pour que la Cour Fédérale décide son placement en détention protectrice sous l’égide du FBOP (Federal Bureau Of Prison), au moins le temps que durera la procédure engagée contre le TDCJ. Mais sa situation prend sa source aux tentatives originelles d’éradication de la liberté religieuse amérindienne, dont les annales couvrent toute l’histoire des États-Unis.

Ruth Thunderhorse demande que des lettres de soutien soient adressées à Iron :

Iron Thunderhorse
# 624391
Polunsky Unit
3872 FM 350 South
Livingston , TX 77351
U.S.A.

 

Jean-Luc Péron (Thunder Hearts Association)

Source : Jail Bird Sings Network Support Group : The torture of Chief Iron Thunderhorse by Tom Big Warrior

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