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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Mexique
L E   V I R A G E   D E S   Z A P A T I S T E S

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Les zapatistes viennent, après consultation de leurs bases, de décider d'un virage radical dans la lutte qu'ils mènent depuis le 1 er janvier 1994.

   La sixième déclaration de la forêt lacandone, signée des commandants de l'EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), s'adresse « au cœur des gens simples et humbles » et assure que les zapatistes ne veulent plus seulement lutter pour eux, Indiens, mais avec tous les pauvres et les exploités.

   Sans proposer une structure formelle, elle appelle à la construction d'un front politique, social et populaire, avec les peuples indiens, les paysans, les ouvriers, les enseignants, les femmes, les jeunes, les religieux, un front qui va réclamer une nouvelle constitution « qui prenne en compte les demandes du peuple mexicain et reconnaisse les droits et les libertés du peuple, défendant le faible contre le puissant. »

   Ce n'est pas la première fois que les zapatistes tentent de lancer une organisation qui dépasse le cadre indien. En 1996, ils avaient organisé, d'une part avec succès, le Congrès national indien et, de l'autre, un front urbain, l’EZLN, un cercle fermé qui n'a pas atteint ses objectifs.

   Aujourd'hui, le moment est propice. Au pouvoir, Vicente Fox, un homme de droite qui, en 2000, a représenté pour beaucoup l'espoir d’un changement, son élection ayant mis fin à plus de 70 ans d'hégémonie du PRI (Parti Révolutionnaire Institutionnel). Mais, soutenu par le PAN (Parti d'Action Nationale) et par les États-Unis, il n'a rien réalisé. À gauche, le maire de Mexico, Andrès Manuel Lopez Obrador alias AMLO, fait un tabac et se pose en favori de l'élection présidentielle de 2006.

"L'autre campagne"

   Les zapatistes ont senti venir le danger. Si AMLO gagne les élections, et il a de fortes chances de les gagner s'il a le soutien des États-Unis, il mettra tout en œuvre pour en finir avec eux. Il pourra d'autant mieux parvenir à ses fins qu'il se présentera comme un "démocrate sincère", "l'homme de gauche" proche des gens. Les États-Unis le savent et, à leurs yeux, le fait qu'il se soit entouré de transfuges du PRI confirme ses excellentes intentions. Il fallait donc en toute hâte élever un pare-feu : c'est "l'autre campagne" lancée par les zapatistes, qui n'est pas une campagne électorale mais un appel à la mobilisation des forces de gauche.

   En 2006, avec l'élection présidentielle, se joue l'avenir de l'EZLN. Les gens du PRI et du PAN n'ont ni l'envergure "morale" ni le soutien populaire qui leur permettraient d'en finir avec le mouvement zapatiste. Lopez Obrador les possède, lui qui a su se construire une image d'homme politique sérieux et presque honnête. La bêtise des hommes de droite, qui ont cherché à le mettre hors-jeu en lui intentant un mauvais procès, lui a fait acquérir un soutien populaire indéfectible.

   La situation est critique et extrêmement préoccupante pour l'EZLN. Au risque de ne pas être comprise et de créer un trouble dans les esprits "de gauche", trouble qui pourrait se retourner contre elle, elle se devait de prendre l'initiative d'une "autre campagne" afin de contrebalancer l'effet AMLO. Si la constitution d'une force de gauche s'appuyant sur les organisations sociales, les organisations indiennes et les partis d'extrême gauche ne parvient pas à empêcher l'élection de Lopez Obrador, du moins évitera-t-elle le démantèlement "avancé" de l'EZLN. Nous pouvons espérer qu'AMLO, face à ce mouvement de gauche en alerte et vigilant, hésitera à deux fois avant de prendre des mesures définitives.

Robert Pac

Source : Georges Lapierre (CSPCL) ; L'Humanité, 5 juillet 2005

 

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