Le
15 Octobre dernier s’est tenue, à la salle Pablo Neruda
de Bobigny, la Journée internationale de solidarité avec
les peuples indiens des Amériques qui, depuis 1980, est
organisée par le CSIA-Nitassinan.
Édith
Patrouilleau (présidente du CSIA) et Sylvain Duez-Alesandrini
(vice-président) présentent cet évènement
par un historique de l’association et un rappel que la date
(le samedi le plus proche du 12 octobre) est celle de l’anniversaire
du Jour du Grand Chagrin (découverte de l’Amérique
par Christophe Colomb), qui a marqué le début du
long génocide des peuples autochtones des Amériques.
Cette année, la journée coïncide avec le début
de la seconde décennie internationale de l’ONU sur
les droits des peuples autochtones (2005-2014), avec l’année
du Brésil et avec la contre-célébration du "Columbus-Day" par
l’AIM (American Indian Movement) de Denver (Colorado) pour
protester contre la cérémonie officielle qui fête,
ne l’oublions pas, le début de la plus honteuse spoliation
de la planète et l’éradication de centaines
de civilisations.
Bolivie Les interventions, qui vont se suivre durant toute l’après-midi
dans l’auditorium, débutent par celle de Nolasco Mamani,
Aymara de Bolivie, porte-parole du CISA (Conseil Indien d'Amérique
du Sud), qui travaille avec le CSIA depuis longtemps. Si les raisons
de la journée sont nombreuses, une seule peut malheureusement
les réunir : le non respect des droits des autochtones, qui a
amené les communautés indigènes de Bolivie à se
soulever. Il est primordial de comprendre que toutes ces luttes sont
liées : en effet, si les autochtones ont besoin de notre aide,
cette solidarité est à double sens car nous aussi, à notre époque
où la frénésie industrielle est en train de détruire
l’écosystème de la planète, avons besoin qu'ils
nous rappellent que nous habitons tous la même terre, cette terre
dont dépend la survie des hommes.
Chiapas Promedios est une organisation indigène du Mexique qui aide les
communautés zapatistes dans la réalisation de projets audiovisuels
et multimédias. C’est elle qui leur a donné la possibilité de
réaliser le film Terre sacrée, qui expose leur point de
vue : l’importance de privilégier la Terre. La projection
de ce film extrêmement explicite est suivie par l’intervention
d’Hélène Roux du CSPCL (Comité de Solidarité avec
les Peuples du Chiapas en Lutte), qui fait un point sur la campagne de
soutien avec les zapatistes de Montes-Azules. Henri Morales la rejoint
pour rappeler la campagne contre le déplacement forcé des
communautés maya, la protection de la biodiversité et lancer
un appel à la mobilisation de tous pour venir en aide aux populations
victimes de l’ouragan Stan.
Guatemala Maya lui-même, Henri Morales représente le conseil Tzuk
Kim Pop. En tournée en Europe, il a pris le temps de s’arrêter à Bobigny
avant d’aller en Espagne, pour cette journée de prime importance. D'Henri, le micro passe alors à José Morales, représentant
maya de l’organisation Tohil Morales qui défend la condition
des enfants par un travail autour de l’éducation, la scolarisation,
en utilisant la biodiversité. Après cela Henri s’étend
sur les nouveaux enjeux politiques de son pays et notamment sur la menace
que représente l’ALCA (le nouveau plan d'application du
traité de libre-échange avec les USA) pour le peuple maya.
Face à un gouvernement qui ne consulte jamais et écarte
sciemment la population, il est important d’informer cette dernière
et de l’unir pour lutter contre le système qui privilégie
les multinationales. La journée du 15 a notamment permis à Henri
de rencontrer la délégation du Brésil et de l'informer
sur l’ALCA. C'est avec une grande attention que le public a suivi
les interventions de ces deux représentants maya et Henri, avant
de rendre le micro, n’a pas manqué de le remercier de tout
son cœur.
Transform Columbus Day C’est par la projection du film Transform Columbus Day que se continue
la Journée de solidarité. Ce film a été donné à des
membres du CSIA, invités au Colorado par l’AIM de Denver
l’été dernier, et c’est donc à leur
demande qu’il est présenté pour montrer la mobilisation
de ses membres contre le Columbus Day 2004. Une intervention téléphonique
de l'AIM Colorado avait été prévue après
la projection mais elle n’a pas été possible pour
des raisons matérielles. Néanmoins, en réponse à leur
appel, a eu lieu mercredi 12 octobre, place de la Concorde, une manifestation
contre la célébration officielle de cette cérémonie
raciste et humiliante qu’est le Columbus Day pour les peuples autochtones
des Amériques.
Leonard Peltier La journée se poursuit par un point sur Leonard dans l’auditorium
qui n’a pas désempli depuis 15 heures. Sylvain Duez-Alesandrini
nous informe du changement de prison de Leonard, à présent
incarcéré en Pennsylvanie, au centre de détention
de Lewisburg. Si cela représente une légère amélioration
de sa situation, la mobilisation doit continuer pour la libération
de ce prisonnier politique qui, au jour d’aujourd’hui, a
déjà passé la moitié de sa vie en prison,
soit un total de trente années ! Mais l’attention de tous
ceux qui le soutiennent est une aide pour Leonard qui, ici encore, les
remercie.
Sally Tisiga Avant la projection du film Voyage en mémoires indiennes qui clôturera
la journée, Sally Tisiga, Indienne kaska du Canada, vient exposer
la thématique du génocide culturel dont sont victimes les
enfants indiens pas le biais des placements forcés en famille
d’accueil et par l’éducation dans des pensionnats,
loin de leur famille. Le procédé de déculturation,
dont a souffert Sally tout au long de sa jeunesse, est au centre de ce
film qu’elle est ici pour présenter.
Le
Brésil En cette année du Brésil, le moment phare de la journée
est évidemment l'intervention de plusieurs autochtones de ce pays.
Giorgio dal Ben, membre du CIMI (Conseil Indigéniste Missionnaire)
débute les conférences en parlant de la grande victoire
qu’est pour les Makuxi, après trente années de lutte,
l’obtention de la démarcation de leur terre. Giorgio remercie
tout spécialement le CSIA, qui a suivi cette campagne depuis le
début. Janine Vidal (responsable
de la commission Brésil au CSIA) lui
succède pour présenter quatre Indiens du Nordeste, en tournée
en France pour la première fois avec la collaboration de l'ONG
brésilienne Thydêwá et du RELACS (Réseau des
Lieux Associatifs, Culturels et de la Solidarité) : Kroatym (Kiriri),
Atiá Fernando Parukaruru (Pankararu), Iranawi Si et Maya Maria
Muniz (Pataxo-Hãhãhãe) sont venus tout spécialement à Bobigny
pour exposer la situation de leurs réserves avant d'exécuter
ensemble un rituel chanté et dansé qui soulève l’émotion
dans toute la salle.
Voyage
en mémoires
indiennes Ce film profondément émouvant et bouleversant de Doris
Buttignol et Jo Béranger relate, à travers l’histoire
vécue de Sally Tisiga, toute l’horreur et le désastre
commis par le gouvernement canadien, des décennies durant, envers
les enfants autochtones à seule fin de les déculturer en
les privant de leurs racines. La projection de ce film, frappant par
la force de ses images, est suivie par un débat où les
réalisatrices, Sally et son fils Joseph répondent aux questions
du public. C’est ainsi que se clôture cette Journée
de solidarité avec les peuples indiens des Amériques qui,
en cette année du Brésil, aura accueilli plus de trois
cents personnes autant dans l’auditorium qu’autour des stands
d’artisanat et des tables de presse des associations partenaires.
Le CSIA remercie encore tous les participants pour leur intervention
ainsi que le public pour sa chaleureuse attention.