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Guatemala
M A Y A L Á N ,   A S S O C I A T I O N   M A Y A

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    Mardi 15 novembre, dans le cadre de la Semaine de la Solidarité Internationale, le CSIA et le Collectif Guatemala, créé il y a 25 ans par des réfugiés politiques guatémaltèques, ont reçu devant une cinquantaine de personnes, dans la grande salle du CICP, l’association maya Mayalán et son représentant, Martin Ajca Torres.

   C’est par un état des lieux, à la fois géographique et politique, que Martin Ajca Torres commence sa conférence, pour mieux nous faire comprendre pourquoi le peuple maya est toujours (et a toujours été) la première victime des phénomènes naturels autant que de ceux découlant des actions humaines.
   Quatre ans après l’ouragan Mitch, qui s’est abattu sur le Guatemala en 2001, détruisant récoltes, bétail et habitations, c’est l’ouragan Stan qui sévit et plonge une fois de plus le peuple maya dans la misère et la famine. Le bilan des morts est encore non défini car, si on en dénombre déjà 2 000, 1 500 personnes sont toujours portées disparues. Deux villages ont totalement été détruits par des glissements de terrain et la population de Mayalán vit dans la zone la plus touchée. Sans des mesures d’urgence, pour une population déjà appauvrie par le précédent ouragan, la famine semble inévitable. En effet, l'ouragan Stan a frappé deux ou trois semaines avant la récolte du maïs, qui est la base de l'alimentation des Maya, détruisant tout. Selon leur tradition, « l'homme est fait de maïs » et, pour gagner un peu d'argent afin d’acheter très cher le maïs qui viendra de la côte Pacifique ou des États-Unis, il faudra vendre ce qui reste : le bois. Or, c'est parce que les Maya ont déforesté les crêtes presque partout, dans les parcelles qui leur étaient laissées pour faire pousser le maïs, que les glissements de terrain catastrophiques se sont produits. Pour replanter les cultures, reconstruire les maisons, Mayalán a besoin de l’aide et des dons de tous.

Rappel historique
   L’histoire du Guatemala, qui peut sembler de prime abord une caricature de celle des pays d’Amérique latine, est malheureusement véridique. Sur 11 millions d’habitants, 60 % sont composés d’une population autochtone regroupant 23 ethnies différentes à majorité paysanne, dont 80 % exploitent des terres de moins d’1 hectare. Il ne faut pas oublier que le Guatemala fait partie des trois pays du monde les plus inégalitaires, avec 60 % de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté.
   Une double domination, extérieure et intérieure, explique la situation actuelle du pays. La première, domination coloniale par l’Espagne, a duré jusqu’en 1821, date de l’indépendance du pays. Puis, en 1953, un coup d’état militaire, fomenté par la CIA et les États-Unis, a mis fin à une parenthèse démocratique qui n’aura duré que 10 ans. À cette domination extérieure s’en ajoute une intérieure, économique : celle d’une agro-exploitation basée sur l’exportation de produits, cultivés par des paysans qui possèdent individuellement de moins en moins de terres et travaillent sur des exploitations installées sur des terres qu’on leur a volées, à eux, autochtones.
   Il ne faut pas oublier que le conflit dont a souffert le Guatemala a été le plus long d’Amérique latine (36 ans) et a causé plus de 200 000 morts et disparus, un million de réfugiés (dans des camps du Mexique) ou de personnes déplacées dans tout le pays. 400 villages ont été rayés de la carte et, sur 7 millions de paysans, un million a été embrigadé dans des milices. Entre les années 1970 et 1980, c’est la population des autochtones qui a été la plus touchée (93 % d’entre eux ont été victimes de l’État et des milices para-militaires), ce qui a pour conséquence actuelle son extrême pauvreté et l’inégale répartition des richesses du pays.
   Depuis dix ans, la signature d’accords de paix et la mise en place de programmes ont mis fin au conflit. 40 % de ces derniers ont été mis en législation sur le plan national pour intégrer le Guatemala dans l’économie de marché de la mondialisation, avec une amélioration des réseaux portuaires et des zones réservées pour la recherche biologique et génétique.

Plan Pueblo-Panama
   La signature du traité de libre échange entre l’Amérique centrale et les USA a développé la logique de mise en concurrence. Le corpus législatif vise à favoriser l’exportation et le développement des concessions minières au détriment du Guatemala, par une loi qui favorise encore les pays étrangers.
   Le journaliste Grégory Lassalle prend alors la parole pour parler de la problématique du pays face aux projets miniers financés par des multinationales canadiennes et la Banque mondiale, projets censés réduire la pauvreté. L’État est invité à se désengager sur les richesses au profit des entreprises privées, ce qui a pour conséquence, dans la région de San Marco, de laisser la majorité des autochtones sans projets fondamentaux.
   En 1997, la découverte d’or a amené le Canada à racheter la licence pour construire une mine dont l’exploitation devrait commencer pour une durée de 13 ans, avec un financement de 50 millions de la Banque mondiale.
   Face à ce projet, qui a valeur de test, la population résiste malgré la propagande affirmant qu’il n’y aura pas de pollution, pas de cyanure, que beaucoup d’emplois salariés seront créés et que les familles, après le rachat de leurs terres, seront réinstallées ailleurs. La mine contribuera au financement d’infrastructures routières, à l’installation de l’électricité, à la construction d’hôtels qui donneront des emplois. Même la déforestation ne sera pas un problème puisqu’elle financera la reforestation ! Détruire pour reconstruire pourrait résumer le projet de la mine mais d’une mine qui profitera à qui ? Certainement pas aux autochtones qui, non contents d’avoir été dépouillés de leur terre, la verront empoisonnée par la pollution de l’eau à cause de l’utilisation du cyanure !
   Malgré la peur des représailles et le climat de paranoïa de ceux qui ont dû vendre leur terre, 98 % de la population est contre l’exploitation de la mine et l’opposition se fait de plus en plus forte. Des collectifs s'organisent tandis qu’une chasse aux sorcières (éco-terroristes, éco-guérilleros) est ouverte à grand renfort de propagande et de promesses pour donner confiance aux autochtones dans la nécessité d’ouvrir des mines dans tout le pays ! Il faut accommoder l’opinion publique ! 83 projets, financés par la Banque mondiale, sont mis en place, de plus en plus de concessions sont prises aux Indiens, ce qui soulève des mouvements de résistance tandis que le gouvernement affirme ne pas être responsable de ce chaos, qui n’est que le bilan du gouvernement précédent ! En réponse aux manifestations contre le projet minier, la propagande accuse les ONG de se servir et de profiter de l’ignorance des paysans pour les persuader de la dangerosité du cyanure puisque c’est un fait établi : le cyanure n’est pas nocif !
   La dictature militaire a installé dans le pays une peur persistante et un état de véritable paranoïa qui rend la situation d’autant plus difficile que l’analphabétisme, la dépolitisation et l’absence de leaders politiques ont affaibli les mouvements sociaux. Bien qu’elle soit opposée à la mine, la population autochtone a besoin de personnes compétentes pour l’aider à se défendre contre les actions et les manipulations gouvernementales.

L’association Mayalán
   Les exposés de Martin Ajca Torres et Grégory Lassalle sont suivis par un débat sur les actions de Mayalán face à la lamentable situation que le gouvernement a installée au Guatemala (exploitation des richesses naturelles sans tenir compte des besoins de la population, destruction de la nature et des animaux, etc). La conception qu'a Mayalán de sa mission est de contribuer au développement du bas vers le haut, en commençant au niveau familial, un développement économique humain qui privilégie l’éducation, le travail, les droits de chacun et l’alimentation.
Mayalán a été créée il y a 23 ans, en 1992, et regroupe 325 familles maya des communautés rurales des Hauts Plateaux de l'Ouest, issues de trois aires linguistiques (Quiché, Cakchuquel et Mam), selon une "cosmovision" typiquement maya. Devant la division des communautés et l’impossibilité d’un développement individuel (problème social majeur du Guatemala), cette association apporte des réponses concrètes et deux programmes ont déjà été mis en place : un système de parrainage pour aider les jeunes à étudier et une activité de formation autour de thèmes culturels et historiques. Dans un pays où le budget consacré à l’éducation est plus bas que celui octroyé à la défense et où la mainmise du gouvernement maintient sciemment la population dans l’ignorance, il est primordial pour Mayalán de privilégier le travail autour de l’éducation. Face au chômage qui oblige une grande partie de la population à immigrer, Mayalán a aussi mis en place des programmes de mini-crédits et d’assistance technique pour les petits agriculteurs, dans un fond rotatif pour que les familles aient accès aux crédits. Les fonds leur permettent d’acheter du nouvel outillage pour diversifier l’agriculture en installant un développement durable et autonome. Mais n’oublions pas que, pour la mise en place de ces structures, Mayalán a besoin d’aide et de solidarité. C’est aussi avec l’aide de tous que les communautés autochtones pourront trouver leur propre développement et surtout le garder, dans un pays et dans une société où la mondialisation privilégie les multinationales et le profit au détriment de la nature et de l’homme. Pour clore la soirée, Martin Ajca Torres remercie la salle pour son attention et sa participation et présente les stands d’artisanat. Le bénéfice de leur vente aidera Mayalán et le collectif Guatemala, qui étaient également présents au CICP lors de la vente solidaire du 19 novembre.

Ericka Maury-Lascoux
Avec la participation de Robert Pac

www.collectif-guatemala.org
collectifguatemala1@libertysurf.fr

 

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