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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Prisonniers Amérindiens
A B N É G A T I O N ,   C O M P A S S I O N   O U   R É D E M P T I O N   ?

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Les liens privilégiés, tissés à l’époque des premiers contacts entre les communautés quakers et amérindiennes, semblent avoir résisté au temps. Mais comment interpréter cette relation particulière de nos jours ?À chacun de juger, mais le travail qu’effectue William O. Miles au sein des prisons est peut-être révélateur du rapport qui existe aujourd’hui entre Quakers et Indiens.

   Le mouvement de la Société Religieuse des Amis (Quakers) est né en 1652 dans le Nord-Ouest de l'Angleterre. Vérité, égalité, paix et simplicité sont quelques valeurs que les adeptes essaient de mettre en pratique dans leur vie communautaire. Ils prônent la justice sociale, politique et économique et croient en la coexistence pacifique de tous les peuples. Ces préceptes, ancrés dans la conviction qu’une relation directe et personnelle avec Dieu, sans intervention du clergé, est possible, et conjugués au refus d'une Église d'État, ont provoqué des représailles de la part des autorités cléricales et politiques britanniques. Fuyant les persécutions, les fidèles se sont expatriés et, vers les années 1660, le quakerisme s’est répandu dans les colonies américaines. Là encore, discriminations et sectarisme religieux ont exposé ses membres à des violences, auxquelles ils ont répondu par le pacifisme.
   Le leader quaker William Penn a fondé l'État de Pennsylvanie sur des terres offertes aux “Amis” par le Roi d’Angleterre ; un territoire volé aux premiers habitants de la contrée parmi lesquels les Lenape, les Susquehanock et les Shawnee. S'il est avéré que Penn a créé des liens d'amitié et de respect mutuel avec les tribus voisines, ce qui n'était pas très courant à l’époque, et que sa politique envers les Indiens (achat de terres à prix corrects, relations de bon voisinage, absence d'armes chez les colons) a contribué à la pacification de la région, la présence des Quakers n’a bien évidemment pas été sans conséquence sur les peuples autochtones.
   Sans pratiquer l’évangélisation à outrance, les "Amis" ont néanmoins collaboré au processus d’assimilation en dirigeant des pensionnats indiens, de sinistre réputation, et en soutenant la politique de l’Allotment Act de 1887, qui avait pour but de mettre fin au système des réserves en divisant les terres tribales en parcelles attribuées aux individus.
   Si, en 1953, ils se sont opposés avec véhémence à la politique d’assimilation dite loi de "Termination", ce changement de comportement ne doit pas cautionner les actes préjudiciables qu'ils ont commis envers les Indiens et ne saurait en aucune façon excuser ceux de la majorité des autres factions chrétiennes qui, au nom de la “destinée manifeste”, ont colonisé les Amériques et contribué à l’acculturation et au génocide des peuples indigènes.

Quakers et Indiens aujourd’hui
   Il n’est pas question ici de faire l’apologie du quakerisme mais notons qu’au cours de l’histoire, les Quakers se sont singularisés par des actions sociales et humanitaires aux retombées positives, qui ont contribué notamment à la lutte contre l'esclavage, à la réforme des prisons et à l’adoucissement du code pénal américain.
   Le FCNL (Friends Committee on National Legislation), fondé en 1943, est un groupe national d’intérêt public qui édite l’Indian Report, un bulletin trimestriel d’information sur les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les peuples premiers d’Amérique du Nord, d’Alaska et d’Hawaï. Parmi d’autres projets, il coopère étroitement avec diverses tribus et ONG autochtones pour obtenir une reconnaissance de l’autodétermination des communautés tribales, défendre leurs droits légaux et réclamer l’application des traités signés entre le gouvernement fédéral et les nations indiennes.
   Le 22 septembre 2004, le FCNL a participé à la marche organisée par le NCAI (National Congress on American Indians) lors de l’inauguration du National Museum of the American Indian à Washington. Cette marche avait pour thème “Living Cultures, Thriving Governments” (cultures vivantes et gouvernements prospères) et pour but, d’attirer l’attention de l’opinion publique sur la situation actuelle des peuples autochtones aux États-Unis.
   L’AFSC (American Friends Service Committee), fondé en 1917, dirige un groupe de travail exclusivement consacré aux affaires indiennes, qui développe divers programmes politiques et sociaux tant sur le plan local que national. À l’instar du FCNL, avec lequel il collabore, il travaille en concertation avec des organisations amérindiennes et des responsables politiques. Localement, les actions menées par certains Quakers sont en tout point remarquables et constructives.
   C’est le cas de l’implication active de William O. Miles dans la défense de la liberté de culte des détenus indiens. Il est membre de l’Indian Affairs Committee of the Yearly Meeting. Il y a quelques années, son épouse a servi d’interprète à Mme Mitterrand, lors de sa rencontre avec les responsables du FBI à Washington DC pour plaider en faveur de Leonard Peltier.
   En se référant au texte du RLUIPA (Religious Land Use and Institutionalized Persons Act), William sollicite les autorités carcérales des États de Pennsylvanie, du Maryland, de Virginie et de Washington DC (Côte-Est des États-Unis) afin d’obtenir leur accord pour la construction de huttes à sudation (sweat lodges ou Inipi) dans les prisons. Son travail est supervisé par le Baltimore Monthly Meeting of Friends (Stony Run), une congrégation quaker de Baltimore dans le Maryland.

Comme un pont entre deux mondes
   En 2000, une annonce parue sur le site de NAPS (Native American Prisoner Support) a attiré l’attention de William. Le Cercle indien de la prison fédérale de Petersburg en Virginie sollicitait une aide extérieure pour la reconstruction d’une hutte à sudation. Aucun proche des prisonniers n’avait l’autorisation de fournir le matériel nécessaire à la réhabilitation de la hutte, à savoir : six morceaux d’étoffe d’un mètre de long chacun et de six couleurs différentes, une ramure de cerf pour la manutention des pierres chauffées, du cordage en fibres naturelles et des tiges de jeune saule pour l’ossature du dôme.
   William a contacté la direction de la prison pour offrir son assistance et a rencontré l’aumônier, qui l’a autorisé à visiter la communauté indienne de la prison, dirigée à l’époque par un Apache White Mountain, porteur de la Pipe Sacrée et porte-parole du groupe.
   Plusieurs visites, chargées d’enseignement, se sont succédées et une relation de confiance et de compréhension réciproque s’est établie entre William, les services de l’aumônerie et les détenus. William a eu le privilège de partager la Pipe et de participer à l’Inipi, toujours fonctionnel mais dans un état vraiment déplorable. Grâce à la bonne volonté de chacun, le projet, suivi également par le directeur du NAIISP (Native American Indian Inmate Support Project), a pris corps.
   La construction d’une nouvelle sweat lodge et le démantèlement de l’ancienne requièrent des connaissances particulières et doivent s’effectuer suivant un procédé traditionnel rigoureux. Aucun non-Indien ne peut s’en charger et l’intervention d’un leader spirituel est indispensable. Un minimum de quatre heures est nécessaire à un tel travail et une fois la hutte achevée, une cérémonie doit être menée pour sacraliser le lieu.
   C’est Shianne Eagleheart, du Redbird Center de Cambridge (Ohio), qui s’est chargée de cette partie du projet. Responsable du programme de réhabilitation pour détenus Wounded Bear Program, basé sur les croyances traditionnelles, elle est également conseillère spirituelle. Elle a aidé William à rassembler les rameaux de saule, car ceux-ci doivent impérativement être coupés suivant un rituel précis. Enfin, en juillet 2002, la nouvelle sweat lodge s'est dressée sur l’aire qui lui avait été réservée par la direction de la prison.
   Au fil de ses visites et à la demande des détenus, William a apporté du tabac, des herbes cérémonielles, un tambour, une flûte, des enregistrements de chants traditionnels et surtout des livres, qui ont étoffé la collection d’ouvrages thématiques à l’attention des détenus indiens, très demandeurs d’enseignements et d’informations sur leur propre culture.
   Plus tard, William a aidé d’autres Cercles dans différentes prisons de la Côte-Est, dont la Rivers Federal Correctional Institution en Caroline du Nord. Il travaille actuellement pour la réhabilitation de huttes à sudation dans deux unités carcérales à Cumberland, dans le Maryland. Pour ce dernier projet, il assiste Maria Barrera (Anahuac/Pueblo/Apache), conseillère spirituelle et responsable de l’organisation With-in with-out the circle, basée à Washington. Une rencontre a eu lieu en Septembre 2005 avec le DPSCS (Maryland Department of Public Safety and Correctional Services) afin de débattre du problème. Très récemment, William a reçu une nouvelle demande d’assistance de la part de la Eagle Speak Society, le Cercle amérindien de la prison d’Eastern Correctional Institution, à Westover, également dans le Maryland.

Vers quel avenir ?
   L’action de William O. Miles s’inscrit dans une logique personnelle basée sur un réel don d’abnégation. On ne peut douter ni de sa sincérité, ni de son désintéressement, ni de sa détermination car les différents témoignages, émanant des détenus qui ont profité de son aide, et la reconnaissance dont il bénéficie de la part des responsables amérindiens qui ont collaboré avec lui, en attestent indéniablement.
   Il n’en demeure pas moins qu’un tel dévouement peut être mal interprété, certains y voyant une forme de compassion paternaliste justifiée par une doctrine religieuse, d’autres y décelant une recherche de rédemption, en paiement des erreurs passées commises par le mouvement quaker. Malgré tout, est-il illusoire d’espérer que de telles initiatives se multiplient et soient le prélude d’un avenir fondé sur plus de tolérance et de solidarité ?
   Quoiqu’il en soit et, comme le préconise Iron Thunderhorse (Indien lenni lenape) dans sa missive adressée aux différentes Églises Chrétiennes des États Unis (Declaration of Spiritual Unity-Reconciliation and Atonement to the Tribal Councils of Algonquian First Nation Traditionalists), une demande de pardon solennelle et unanime de la part des autorités religieuses serait un facteur essentiel à tout processus de guérison. Une alliance spirituelle mènera-t-elle à une réconciliation ?

Jean-Luc Péron (Thunder Hearts Association), Novembre 2005

Sources : The peaceful People and the First Nations d’Amanda Keil ;correspondance personnelle avec William O. Miles.

 

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