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Prisonniers Amérindiens
M A N U E L   R E D W O M A N

        RETOUR AU BULLETIN | COMMISSION PRISONNIERS AMÉRINDIENS

Manuel Redwoman, Indien de 38 ans (½ Cheyenne du Nord, ¼ Lakota et ¼ Arapaho) incarcéré depuis 1998, a été constamment victime de discrimination de la part du DOC (Department of Corrections) du Montana. Sa peine se terminera en 2022 mais, selon la loi de cet État, il pouvait être libéré sur parole en 2003 ; cependant, il est encore en prison et considéré comme prisonnier politique par ceux qui le soutiennent dans le monde entier. Manuel Redwoman a subi à plusieurs reprises des représailles en raison de son combat pour les droits fondamentaux de son peuple, dans un environnement déjà célèbre pour sa discrimination raciale envers les Amérindiens.

   Manuel a été condamné pour avoir abattu un pédophile récidiviste qui s'en prenait à son jeune neveu. La famille de l'agresseur ne l'a pas poursuivi et la mère de ce dernier lui a même pardonné. Les jeunes victimes ont déclaré lui être reconnaissantes pour avoir mis fin aux atrocités commises envers les enfants de la communauté.
   Dès son arrivée à la prison d'État de Deer Lodge au Montana, il a fait de son mieux pour purger son temps avec une conduite irréprochable, a obtenu un emploi et travaillé dur mais les amis de l'homme qu'il a éliminé l'ont pris pour cible et agressé deux fois. En août 1998, après la seconde agression, le responsable de l'enquête a décidé que Manuel Redwoman devait être puni. Envoyé en Unité de Sécurité Maximum, il y a passé 6 mois en Isolement Administratif, bouclé 23h/24, 7 jours sur 7. Puis il a été placé en Max Status (confinement) pour une durée indéterminée et c'est seulement après qu'il ait porté plainte contre la prison que sa situation s'est améliorée, après un total de 23 mois et demi passés en isolement, dont 18 dans le Couloir de la Mort, et ce sans procès légal, sans avocat commis d'office pour l'assister et sans audience pour porter témoignage en son nom, comme requis par la loi. De plus il n'est pas condamné à mort !
   Au lieu de bénéficier des programmes de réinsertion, d'éducation et de la liberté de culte que la prison se vante de proposer aux prisonniers, il a été condamné à passer ces années dans des conditions inhumaines et malsaines, en presque total isolement. Parce qu'il a porté plainte, les gardiens l'ont constamment harcelé en essayant de lui faire perdre le contrôle de lui-même avec leurs propos racistes.

Une injustice criante
   Finalement, après un long combat, Manuel est retourné en population générale où il a suivi assidûment son programme scolaire. Il a été accepté en cours secondaire puis, grâce à ses bonnes notes, dans un groupe de réinsertion indépendant du tribunal ; il a essayé de trouver un sponsor pour organiser un rassemblement d'Indiens dans le Quartier de Haute Sécurité, espérant retrouver son emploi précédent et ayant l'intention de rejoindre le prochain groupe de thérapie comportementale pour la réinsertion. Hélas, en février 2001, ses projets n'aboutissant pas, Manuel a attiré l'attention du député Warden Myron Beeson sur le laxisme du responsable.
   Le même jour, on l'a envoyé temporairement au "trou", puis en Isolement Administratif. La prison n'a invoqué aucune raison disciplinaire ou de sécurité et a refusé de lui fournir ses papiers administratifs jusqu'à ce qu'une campagne internationale soit lancée, qui sommait les officiels de reconsidérer cette injustice. En fait, comme le prouvent de récents articles et rapports sur les violations des droits des Indiens au Montana, les prisons de cet État ont un lourd passé de comportement raciste et discriminatoire envers eux.
   Après une longue année en isolement, l'administration a ignoré son excellent dossier et l'a renvoyé dans le Couloir de la Mort. Le jour où il devait sortir d'isolement administratif (février 2002), le DOC a produit contre lui un faux rapport pour un résultat "positif" d'analyse d'urine. C'est seulement après un tollé général que l'échantillon a été envoyé dans un laboratoire extérieur. Manuel en est ressorti blanchi. De nombreux documents ont prouvé qu'il ne relevait pas de la Sécurité Maximum, qu'il a été victime de punition cruelle et hors du commun, de torture mentale incessante et que les responsables de la prison n'ont pas fait leur travail.
Depuis le début de son incarcération, Manuel Redwoman s'est battu inlassablement pour les droits religieux de son peuple à Deer Lodge. Ses efforts ont permis d'obtenir de meilleurs programmes et organisations de réinsertion pour de nombreux détenus et une meilleure politique religieuse. Il a travaillé sur le lancement d'un cycle positif pour les plus jeunes Indiens afin qu'ils aient, à leur libération, un sens réel du respect et de l'honneur pour leur culture et leurs traditions. Il a aussi éveillé l'attention au sujet de cas graves de négligence médicale envers les prisonniers amérindiens, dont des vétérans, Justin Wing et d'autres.

Libérable sur parole mais non libéré
   Manuel a été catalogué et pointé comme activiste, bien qu'il ait toujours respecté les règles et la procédure à la lettre. Sans la moindre assistance d'un avocat, il a porté plainte contre la prison qui a violé ses droits en l'empêchant de nombreuses fois d'obtenir des renseignements juridiques, des citations de cas ou même des conseils par courrier. Son dossier est excellent, un juge a déclaré qu'il mérite d'être libéré. À maintes reprises, l'administration pénitentiaire a essayé de le décourager et de l'intimider, lui a fait subir injustice sur injustice. Sans aucun avertissement, il a été transféré à Shelby, où les représailles comprennent punitions collectives et bouclage illégal. Soutenu par sa communauté, il a fourni tous les papiers nécessaires pour y restaurer les droits religieux.
   Manuel Redwoman, détenu modèle, possède un dossier exemplaire de 91 mois de conduite irréprochable, sans aucun rapport défavorable. Le dossier concernant son travail, la tenue de sa cellule et son comportement est également excellent. Il a seulement 4 points négatifs (ce qui est très bas), est maintenant en surveillance minimum, logé dans le dortoir d'honneur. Il a suivi tous les cours requis ainsi que tous ceux qui étaient à sa disposition. Il a purgé correctement un tiers de sa peine, alors qu'un quart seulement est requis par la loi pour qu'un prisonnier soit libérable sur parole.
   Malgré cela, en décembre 2005, on lui a déclaré que sa libération ne pouvait être envisagée avant novembre 2007, c'est à dire un mois avant la prochaine audience concernant sa libération sur parole. Cette décision, qui semble avoir été prise par pure méchanceté, confirme le fait que les Indiens sont retenus en prison plusieurs années de plus qu'ils ne le devraient. Les législateurs du Montana ont déjà été interrogés sur ce point.

Malgré de nombreux projets
   Il y a plusieurs années, Manuel a créé un groupe de soutien pour sa réserve et œuvré durement pour aider les personnes dans le besoin. En 2000, les premiers dons ont été envoyés à la réserve afin d'aider préventivement les jeunes à ne pas finir en prison et qu'ils sachent que d'autres prennent soin d'eux. Depuis 2001, un grand nombre d'organisations aidant les plus démunis ont reçu en dons plus de 8 tonnes de matériel tel que fournitures scolaires, jouets, livres, cadeaux de Noël, vêtements chauds, chaussures, articles d'hygiène, couvertures, nourriture et friandises. Dans la mesure du possible, elles ont pu organiser des fêtes de Noël avec des repas chauds.
   Manuel Redwoman avait deux excellents projets pour sa libération sur parole ; le premier, sur Washington, comportait un logement, un emploi à plein temps, des programmes de santé ou de suivi médical pour les Indiens, établis sur les bases de leur culture, un parrainage des AA (Alcooliques Anonymes) et un réseau très solide d'amis. Ce projet était soutenu par son officier de parole local et présenté par ses employeurs potentiels, qui ont déjà eu des expériences similaires.
   Son autre projet, également très satisfaisant, concernait sa réserve et était soutenu par sa tribu, les Anciens, sa famille et ses amis. Il a été catégoriquement rejeté, du fait qu'il se rapportait à une réserve indienne.
   En conclusion, Manuel Redwoman aurait au moins dû obtenir une recommandation pour une libération anticipée cette année, lors de son audience de parole. Le Bureau a pourtant décidé de le garder pour encore au moins 23 mois. C'est difficile de comprendre pourquoi on ne lui a pas accordé sa libération, pourquoi on ne lui a pas montré la même considération qu'aux autres. Nous réclamons justice pour cet Amérindien qui a souffert beaucoup trop, et bien trop longtemps.

Traduction : Anne Killian-Deligne

Sources :
Brigitte Thimiakis pour Honor Your Spirit, Protect The Children © 2006 :
http://www.geocities.com/honoryourspirit/home.html
 

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