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Prisonniers Amérindiens
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        RETOUR AU BULLETIN | COMMISSION PRISONNIERS AMÉRINDIENS

Manuel Tomas Lujan, âgé de 46 ans, est incarcéré depuis 27 ans à Florence, dans la prison d'État d'Arizona. En 1980, devenu aux yeux du DOC (Department of Correction) un activiste dérangeant au sein de la population générale, il est placé en sécurité maximum. Depuis, totalement isolé du monde extérieur, il est soumis à des conditions d'incarcération inhumaines qui, en 1996, ont menacé sa santé physique et mentale. Il fait à cette époque une tentative de suicide, dont il a dû gérer seul les conséquences. Je rentre d'un voyage aux États-Unis, pendant lequel j'ai pu lui rendre visite, en quartier de Haute Sécurité.

   Je corresponds avec Manuel depuis cinq ans et la création d'un comité de soutien, dont je coordonne les activités, a manifestement redonné à cet homme, abattu au départ, l'envie de revivre. Je viens de partager un séjour de trois semaines en Arizona avec Françoise Simon, une amie membre du CSIA qui, dès le départ, m'a aidée dans diverses traductions ; elle est devenue elle aussi, de ce fait, une correspondante de Manuel. La réussite de cette visite reposait sur sa parfaite connaissance de l'anglais et je l'en remercie. Après cette immersion de trois semaines dans l'histoire amérindienne en Arizona et des contacts intéressants, comme celui que nous avons eu avec une indienne navajo qui nous a hébergées près de Monument Valley, nous sommes arrivées à Florence le 29 mai.
   Le rendez vous était fixé à 11h mais nous étions convoquées à 10h pour effectuer les formalités d'identité et remplir des questionnaires. Nous n'avons pas eu à subir la fouille qui existait encore ces dernières années. Le temps d'attente nous a permis de faire une rencontre intéressante avec une visiteuse de prison, qui nous a parlé de l'inhumanité de ce monde et en particulier des exécutions. Nous attendions parmi d'autres visiteurs : des femmes et leurs enfants.

Je ne peux pas rester toute ma vie ici
   À 11h, nous avons été introduites par un gardien dans une cellule dont la cloison à mi-hauteur était vitrée. Et là… Manuel, assez fidèle à sa photo mais vivant, et manifestement submergé par une émotion que nous partagions. Car Manuel ne reçoit jamais de visite.
   Il a immédiatement montré une réelle qualité d'attention à notre vie : nos familles, les membres de son Comité de Soutien, le CSIA et son action. Je l'ai questionné sur l'état d'avancement de son dossier de demande de grâce au Gouverneur de l'Arizona : il ne sera pas complet avant deux ou trois mois. Je lui ai dit que notre stratégie d'accompagnement était prête et il en approuve le déroulement prévu. En dépit des réponses négatives obtenues de groupements d'avocats susceptibles d'assurer gratuitement ou à moindre frais sa défense, il nous a demandé de continuer les recherches. « Je ne peux pas, nous a-t-il dit en balayant du regard les murs qui nous entouraient, rester toute ma vie ici. »
Au plus sérieux de l'entretien, je ne me souviens plus comment la plaisanterie s'est glissée mais nous l'avons vu rire, surpris de rire, et nous avons partagé ce moment avec lui. Il nous disait aussi à chaque instant qu'il vivait le plus beau jour de sa vie.
Plus dure a été la fin de ces deux heures lorsque le gardien est venu nous la signifier. Manuel a alors appliqué la paume de ses deux mains sur la vitre qui nous séparait et nous avons fait de même, laissant à nos regards le soin d'exprimer ce que nous ne pouvions plus dire. S'il en était encore besoin, ces moments très forts nous ont confirmé les raisons qui nous ont amenées il y a quelques années à partager l'action du CSIA en écrivant à un prisonnier. Sans aucun doute, cela requiert des exigences parfois lourdes… où l'abandon n'est pas envisageable.

Geneviève Pelletier, Françoise Simon

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