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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Bear Butte / Dakota du Sud
S O M M E T   D E S   N A T I O N S   A U T O C H T O N E S

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Le Sommet des Nations Autochtones, à Bear Butte, dans les Black Hills (Dakota du Sud), organisé en réponse à plusieurs rallyes de moto se déroulant chaque année à Sturgis, a réuni début août des représentants autochtones des trois Amériques ainsi que de nombreuses ONG.

   Pendant quarante-deux jours, chefs spirituels et chefs de clans lakota ont établi un campement à Bear Butte où ils ont été rejoints par de nombreux représentants et militants amérindiens venus des quatre coins des Amériques afin d’établir des stratégies communes de lutte contre la désacralisation de leurs terres. Le Sommet des Nations Autochtones s’est déroulé du 1er au 4 août, clôturant ainsi ce gigantesque rassemblement et rendant publiques les décisions et déclarations élaborées au cours des semaines précédentes. De nombreuses interventions ont rappelé le caractère sacré de Bear Butte. Des plus poignantes, celles de l’Aînée Carrie Dan 1) et de Santiago Delacruz 2) resteront longtemps dans les mémoires.
Des jeunes Amérindiens se sont également déplacés, que ce soit du Canada ou d’Arizona, afin d’assister au Sommet et de témoigner sur le travail de défense des lieux sacrés qu’ils accomplissent dans leurs communautés. La campagne Save the Peaks pour la défense des monts San Francisco ou bien celle des Shoshone contre le projet de bombe nucléaire que le gouvernement a l’intention de faire exploser en pleine terre sacrée de Ruby Valley ont ainsi été exposées. « Tous ces combats ont pour dénominateur commun des gouvernements, des entreprises, des hommes qui ne souhaitent qu’une chose : non seulement gagner de l’argent, mais également accroître leurs profits qui se comptent déjà par millions annuels ! » explique Debra White Plume dans The Lakota Country Times 3).
   Le dernier jour du Sommet des Nations s’est terminé par une marche jusqu’au centre de Sturgis. Les délégations ont approché les motards afin de leur faire comprendre ce que Bear Butte signifie pour les tribus voisines et pourquoi il est important d’interdire le projet de développement qui entraînerait la construction de nombreux bars, d’un amphithéâtre et de parkings au pied de la montagne sacrée (voir Lettre de Nitassinan no 33). « Le Sommet de 2006 n’est qu’un point de départ pour des actions communes et la création d’alliances. Il sera donc reconduit en 2007 » a précisé Debra White Plume.

« Non » à la bulle papale de 1493
   Autre point fort du Sommet des Nations Autochtones, l’adoption d’une résolution condamnant l'usage historique du "principe de la découverte", considéré comme un instrument de génocide qui a ouvert la voie et a servi à justifier la dépossession illégale des terres autochtones ainsi que la soumission des peuples non-chrétiens et ce, encore aujourd’hui. Les Nations Autochtones ont demandé, au pied de Mato Paha (Bear Butte), que le pape de l'Église Catholique, la reine d'Angleterre et l'évêque de Canterbury mettent fin à ce "principe" en annulant la bulle papale Inter Caetera de 1493 ainsi que la Charte Royale de l'Église d'Angleterre de 1496. Dans leur rivalité pour se faire confirmer la possession des conquêtes nouvelles et à venir, le pape représentait, pour l'Espagne et le Portugal, une autorité supérieure reconnue par le droit public. La bulle papale Inter Caetera, en traçant une ligne idéale qui unissait les deux pôles et passait à 100 lieues des îles du Cap Vert, a ainsi accordé les terres à l'Ouest de cette ligne à la Castille. Les Indiens y étaient présentés comme des païens et des sauvages.
   Quarante délégations, des dirigeants spirituels et politiques, ainsi que des ONG ont signé cette résolution, aboutissement d'une longue lutte. En mai dernier, aux Nations Unies à New York, la Proclamation Continentale Abya Yala avait été présentée au Forum permanent sur les questions autochtones. Ratifiée lors du Sommet continental des peuples autochtones de Quito, Équateur, en 2004 et à Mar de Plata, Argentine, en 2005, elle déclarait : « La bulle papale Inter Caetera du pape Alexandre VI est annulée par la présente ainsi que le "principe de la découverte" qui prétend supplanter les principes d'harmonie, de justice et de paix des Peuples Indigènes de l'humanité toute entière. »
   Auparavant, le 1er avril 1991, lors du débat sur la Déclaration Universelle des Droits des Peuples Autochones, organisé par le Groupe de Travail sur les Peuples Autochtones aux Nations Unies à Genève, les délégués des peuples autochtones avaient déjà émis, à l'adresse du pape Jean-Paul II, une déclaration qui proclamait : « Nous demandons au Vatican de dénoncer le Traité unilatéral du pape Alexandre VI 4) comme étant contraire à la Déclaration universelle des Droits de l'Homme. Attendu que l'année 1993 marque 500 ans de conquête sans rectification de cette injustice universelle, qui permet aux États-Nations de bénéficier de l'héritage du pape Alexandre VI pour continuer les programmes de génocide et d'ethnocide refusant aux peuples autochtones la récupération d'une harmonie basée sur le respect réciproque, nous demandons que la bulle papale Inter Caetera des 3 et 4 mai 1493 soit annulée. »

Sophie Gergaud / Robert Pac
Source : Lakota Country Times 7-13 août 2006, Indian Country Today, 14 août 2006


1) Carrie Dann est la représentante du Western Shoshone Defense Project.
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2) Santiago Delacruz est vice-président de la CONAIE (Confederacion de Nacionalidades Indigenas del Ecuador).
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3) The Lakota Country Times, Vol II Issue 46, 17-23 Août 2006.
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4) Le traité de Tordesillas, signé en 1494, a modifié le partage des terres établi par la bulle Inter Caetera, fondant en droit l'installation des Portugais sur la côte du Brésil.
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