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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques
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Brésil
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    La FUNAÏ (Fondation Nationale de l’Indien), qui n’a de fondation que le nom, est un organisme qui relève du Ministère de la justice et dont l’objectif premier est de défendre les droits des Indiens, principalement le droit à la santé et à une éducation différenciée, et tout spécialement la démarcation et la protection de leurs terres. Le mécanisme de délimitation des réserves lui incombe donc, à travers divers processus dont des recherches effectuées par des anthropologues, sur la base notamment de l’occupation ancestrale des territoires 1). Son président a récemment tenu des propos qui en disent long sur ses véritables intentions.

   « Les Indiens brésiliens ont trop de terres et il faut que le Suprême tribunal fédéral fixe une limite et mette fin à cette situation. » C’est ce qu’a déclaré dans une interview à l’agence Reuters, au mois de janvier dernier, Mércio Pereira Gomes, président de la FUNAÏ.
   Ses paroles, en contradiction totale avec le principal objectif de la fondation, ont immédiatement soulevé un tollé de la part des organisations indigènes ainsi que des ONG nationales et internationales qui soutiennent les Indiens. À l’intérieur même de l’institution, elles ont provoqué des divergences qui ont abouti à la démission de plusieurs ethnologues.
   Celui dont les critiques ont été les plus médiatisées, du fait de sa notoriété et de son courage, est Sydney Possuelo, indigéniste, occupant alors au sein de la FUNAÏ les fonctions de Coordinateur général des Indiens isolés. Il a notamment déclaré que « c’est une question de position politique. De par la loi, le président de la FUNAÏ défend les Indiens. Déclarer qu’il y a beaucoup de terres pour peu d’Indiens est tenir le même discours que les entreprises forestières, les grands propriétaires terriens et les exploitants miniers. » Il a dit également que « Mércio Pereira Gomes, qui sait que la question des terres est très polémique, est néfaste aux peuples indigènes. » La réponse ne s’est pas fait attendre : il a été démis de ses fonctions le 25 janvier, licenciement qu'il a dénoncé comme étant « bien entendu une décision du gouvernement Lula et pas uniquement du président de la FUNAÏ. Je vois ces absurdités et je n’arrive pas à me taire. Je n’ai pas perdu ma capacité d’indignation. »
   Sydney Possuelo, qui se consacre depuis quarante ans à la cause indienne et travaillait depuis trente-trois ans à la FUNAÏ, a été directeur du fameux Parc national du Xingu dans les années soixante-dix et a également dirigé de très nombreuses expéditions de contact. Président de la FUNAÏ pendant deux ans - le seul à avoir été très estimé - il a conduit avec succès la démarcation de la réserve Yanomami.
   Mércio Pereira Gomes n’a donné aucune interview au Brésil pour commenter ses propos. Mais, le 27 janvier, alors qu’il était à Londres pour une conférence, de nombreuses ONG l’ont interpellé. En outre, les ambassades brésiliennes de par le monde ont été submergées de courriels et de lettres de protestation et il a bien fallu qu’il s’explique !!! C’est ainsi que j'ai assisté, au début du mois d’avril, à l’ambassade du Brésil à Paris, à une rencontre avec M. Pereira Gomes, qui arrivait de Berlin et repartait le lendemain pour Bruxelles.

L'as de la langue de bois
   L’homme est brillant – c’est bien le moins pour ce poste délicat – mais aussi pervers. Après s’être présenté, en insistant sur la thèse de doctorat en ethnologie qu'il a obtenue aux États Unis « où, c’est bien connu, tous les anthropologues sont de gauche » (sic), nous avons eu droit à une conférence sur la situation des Indiens depuis la conquête portugaise jusqu’à nos jours. Cela lui a permis de nous faire part de toute sa compassion à leur égard, de se vanter de la grande amélioration de leur situation depuis quelques années, mais surtout de gagner beaucoup de temps. Fin de l’exposé, pas un mot sur "l’affaire", arrive le moment des questions, je lève le doigt. Peut-il s’expliquer sur ses déclarations ? « Je me suis mal exprimé, on a mal compris, j’étais très énervé car je venais de recevoir un communiqué d’Amnesty International déclarant que trente-huit Indiens avaient été assassinés en 2005, ils reprennent n’importe quel chiffre, c’est totalement faux. » Cela tombe bien, se trouve justement dans la salle la représentante d’Amnesty chargée du Brésil. Elle prend donc la parole et s’en est suivie une discussion plutôt houleuse. Question de chiffres tout d’abord : pour la FUNAÏ, seuls deux Indiens ont été assassinés durant cette année-là !!! Sans vergogne !!! Fin avril dernier, le CIMI (Conseil Indigéniste Missionnaire) a hélas dénombré, quant à lui, quarante meurtres d'Indiens en 2005.
   La représentante d’Amnesty poursuit sur la politique de la FUNAÏ - une merveille selon son président – concernant le problème des barrages. « Deux barrages sont en projet sur le fleuve Madeira mais ils ne seront pas réalisés sans l’accord des Indiens. » Ah bon, c’est nouveau, et le barrage Belo Monte dont les travaux devraient commencer malgré la vive opposition des Kaiapos ? « Le Brésil a besoin d’énergie pour se développer, on pourrait peut-être choisir le nucléaire mais j’arrive de Berlin où les Allemands ont justement décidé de l’abandonner. » Bien joué… mais la réalité est autre puisque débutent actuellement, avec l’aide de la France, les travaux d’une nouvelle centrale nucléaire à Angra Dos Reis, État de Rio de Janeiro.
Je pose une seconde question concernant le renvoi de Sydney Possuelo : Mércio Pereira Gomes refuse tout simplement d’y répondre ! Laissons donc Sydney Possuelo lui-même conclure sur l’évaluation de la politique indigéniste du gouvernement Lula : « Il a été mauvais, très mauvais. Ce fut un désenchantement. »

Janine Vidal


1) Après la démarcation d’une réserve par la FUNAÏ, le Suprême tribunal fédéral doit donner son avis avant la transmission au président de la République pour signature définitive. Quatre réserves sont en instance depuis vingt ans au tribunal, dont une réserve Pataxo hãe- hã- hã. [ retour au texte ]

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