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ONU 24ème session / Genève
G R O U P E   D E   T R A V A I L   S U R   L E S   P O P U L A T I O N S   A U T O C H T O N E S

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Cette 24ème session, qui a eu lieu du 31 juillet au 04 août 2006, prend une importance particulière du fait des réformes intervenues au sein des Nations Unies. La Commission des Droits de l’Homme, qui existait depuis soixante ans, a disparu en quatre mois pour laisser place au Conseil des Droits de l’Homme, créé le 15 mars dernier. Dans ce cadre, se posé la question du devenir du Groupe de Travail sur les Populations Autochtones (GTPA). Nous sommes donc à un moment clé où tous les mandats sont remis au Conseil des Droits de l’Homme.

   Tant la présidente du GTPA que les experts et les délégués autochtones ont insisté sur l’importance de la continuité des travaux réalisés à travers le Groupe de travail. Les peuples autochtones ont gagné une bataille avec la création de l’Instance Permanente qui siège à New York, même s’ils sont nombreux à la critiquer du fait de la faible représentation des délégués autochtones. Il existe en outre un rapporteur spécial et des experts. Cependant ces trois instances ne font pas double usage avec le GTPA.
   Il est certain que le Conseil des Droits de l’Homme devra assumer la question des droits autochtones. Il va falloir trouver un espace entre les différents nouveaux mandats pour continuer le Groupe de travail. Même sous un autre nom, ce dernier doit continuer à exister, il va donc falloir trouver un espace entre les différents nouveaux mandats. La difficulté tient au fait que de nombreux États y sont hostiles (à titre d’exemple, les États-Unis). Le Groupe de travail pourrait avoir comme mandat de vérifier l’application, localement, des deux premières instances.
Le résultat le plus remarquable du GTPA durant ces nombreuses années d’activité a été l’approbation par les États (dont la France, à notre grand étonnement), le 26 juin 2006, de la Déclaration des Droits des Peuples Autochtones, même si le texte proposé était à minima. Madame Hampton, qui présidait cette 24ème session, a déclaré, paraphrasant Wilson Churchill : « La déclaration n’est pas la fin, ce n’est pas le commencement de la fin, mais c’est la fin du commencement. »
   Durant ces cinq jours, nous avons pu apprécier la richesse des interventions mais aussi la diversité et la gravité des problèmes auxquels sont confrontées les populations indigènes. Ainsi Kenneth Deer a-t-il déclaré : « Il est un fait indiscutable que les libertés fondamentales des peuples autochtones sont bafouées du fait de la disparition de leur terre nourricière pour des raisons environnementales. Cette violation des droits humains sera indirecte, depuis, et au-delà des océans, et pourtant pas moins destructrice, en réalité encore plus terrible avec la disparition totale des territoires sacrés et l’extinction réelle de leurs habitants. »
   Quant à Adelard Blackman, que nous avions eu le plaisir de recevoir le 13 avril 2005, il a annoncé que l’action intentée contre le Canada pour violation des Droits de l’Homme à l’encontre du peuple de la Buffalo River Dene Nation sera jugée par le tribunal de la Haye en septembre 2007. « Cette action en justice est fondée sur quatre éléments : le non-respect des traités, la perte du territoire traditionnel, la perte des ressources naturelles et un génocide. »
   De nombreux ateliers se déroulaient en parallèle, nous laissant frustrées de ne pas pouvoir participer à tous ces débats. Dans ce cadre, nous avons assisté à la projection d’un film bouleversant, montrant la violence et l’acharnement de le police à l’encontre de Juana Calfunao Paillalef, qui défendait les terres de sa communauté mapuche contre l’invasion des transnationales.
On peut toujours critiquer le GTPA, dire que c'est un dinosaure etc, il a néanmoins le mérite d’exister et il est actuellement la seule instance officiellement reconnue qui permette aux peuples autochtones, aussi minoritaires soient-il, d’exposer leurs problèmes avec la chance d’être entendus.

Louïze Portailler / Janine Vidal

Intervention de Juana Calfunao

Juana Calfunao est une personne d’exception : c’est l’unique femme “lonko“ (chef politique traditionnel) du peuple mapuche. Sa communauté, dénommée Juan Jaillalef, vit dans la province de Temuco (Chili) et se trouve confrontée à la présence de milices payées par des entreprises forestières. D’un rare courage, elle a fait face à la violence de la police qui voulait occuper sa communauté tandis que sa maison a été incendiée à deux reprises. Son fils a été arrêté le 17 août dernier, alors qu’il se rendait à une réunion avec des lonko d’autres communautés, et a été emprisonné de manière arbitraire après avoir reçu de nombreux coups

   Madame la présidente, mesdames et messieurs les experts des groupes de travail,

   En tant que “lonko“, chef traditionnel mapuche, je vous salue chaleureusement ainsi que mes frères et sœurs présents.
   Permettez-moi de vous faire part de la situation des communautés mapuche car le gouvernement chilien, du fait des pratiques de militarisation au sein même de nos communautés, nous condamne à disparaître en tant que peuple.
Actuellement, il existe une politique gouvernementale qui traite par la criminalisation les demandes territoriales, sociales et culturelles des communautés mapuche. Par exemple, jusqu’à maintenant la police occupe illégalement un chemin, qui traverse ma communauté, pour faciliter la construction d’une route au bénéfice d’entreprises transnationales.
   Le système judiciaire est appliqué de manière raciste, par exemple en utilisant la loi anti-terroriste, lors de procès condamnant de nombreux Mapuche qui défendent leur droit à la terre, à une vie digne. Ils n’ont pas accès à un véritable droit de défense. Ce fut le cas de quatre grévistes de la faim qui ont été condamnés à dix ans et un jour de prison, car ils n’ont pas bénéficié d’une défense effective : il n’y a pas eu d’enquête sur les faits et leur avocat a abandonné leur défense avant la fin du procès.
   Il n’y a pas de reconnaissance de nos droits, l’État chilien se refuse à signer la convention 169 de l’OIT et n’accepte pas le droit à l’autodétermination. Le système chilien oblige les communautés à rester dépendantes de son bon vouloir. La militarisation en territoire mapuche est très grave, il y a un nombre important de postes de contrôle mobiles de la police dans les communautés, afin de terroriser les enfants et les femmes, tandis que les hommes sont constamment détenus et doivent rester loin de leurs terres, ce qui entraîne des difficultés familiales et aggrave terriblement la situation économique.
   La présence de la police a pour objectif de permettre l’abattage des arbres natifs et le transport du bois par les entreprises forestières ainsi que des plantations massives de pins et d’eucalyptus sur le territoire mapuche.
Je prie les experts du groupe de travail de prendre en considération cette situation.
Merci beaucoup.

Lonko Juana Calfunao – Genève, 3 août 2006
Traduction : Janine Vidal

Intervention de Bobby Castillo

Intervention de Bobby Castillo, Apache / Xicano, à la 24ème session du Groupe de Travail sur les Populations Autochtones à l’ONU, à Genève. Le thème principal était "L'utilisation des terres des peuples autochtones par des autorités, des groupes ou des personnes non autochtones, à des fins militaires"

   M. Le Président,

   Les dernières grandes campagnes de l’armée américaine contre les peuples autochtones en Amérique du Nord ont eu lieu à la fin du dix-neuvième siècle. Cependant, aujourd’hui, l’armée représente toujours un danger pour les peuples autochtones. Une étude récente montre que la très forte expansion des bases militaires américaines tout au long du vingtième siècle s’est majoritairement concentrée dans des endroits isolés et arides, là où sont les réserves indiennes. Selon un rapport établi par Gregory Hooks de l’Université de l’État de Washington, cela signifie que, comparés aux autres peuples, les peuples autochtones sont exposés à des substances chimiques toxiques et à des bombes non explosées de manière disproportionnée. Deux guerres mondiales, ainsi que la Guerre Froide, « ont amené les États-Unis à produire, tester et déployer des armes qui n’avaient jamais atteint un tel degré de toxicité. » Hooks ajoute : « On a laissé les Amérindiens exposés aux dangers de cet héritage toxique. »
   Le Ministère de la Défense reconnaît aujourd’hui ces problèmes. Selon un rapport ministériel de 2001, les terres indiennes contiennent des matières dangereuses, des munitions non explosées (UXO), du matériel abandonné, des bâtiments peu sûrs et des débris. Le gouvernement estime que ces munitions non explosées (qui peuvent inclure des mines, des gaz neurotoxiques et des obus) contaminent probablement entre 8 et 20 millions d’hectares aux États-Unis et qu’il faudra des siècles pour les nettoyer.
   En 1916, l’armée américaine possédait à peu près 600 000 hectares, un chiffre qui a considérablement augmenté pendant la première guerre mondiale. En 1940, l’armée possédait près de 800 000 hectares. Avec le boom de la seconde guerre mondiale, l’armée a obtenu encore 3 millions d’hectares. Ces terres étaient situées majoritairement à proximité des réserves indiennes. Les armes conventionnelles utilisées pendant la seconde guerre mondiale étaient beaucoup plus meurtrières que celles utilisées précédemment. De plus, les États-Unis ont alors lancé la production d’armes de destruction massive, nucléaires, biologiques ou chimiques.
   Aujourd’hui, une expérience qui sera dirigée par le Pentagone prévoit de faire détoner 700 tonnes d’explosifs sur le site d’essai du Nevada, qui se trouve sur les terres traditionnelles des Western Shoshone. Cette expérience vise à concevoir une arme capable de transpercer les formations de roche dure à l’intérieur desquelles un pays pourrait entreposer des armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive 1).
   Ces essais nécessiteront une quantité de nitrate d’ammonium et de fioul quarante fois supérieure à tout autre essai effectué en plein air sur ce site auparavant. En 2002, 18 tonnes d’explosifs avaient servi pour des essais sur ce même site. Les Western Shoshone, en tant que nation souveraine, ont toujours condamné l’utilisation de leurs terres pour tester des bombes. Ils considèrent que c’est une violation des droits qui leur sont garantis par traité.
   De même, le Comité de Défense de Leonard Peltier (LPDC) condamne tout essai militaire effectué sur des terres autochtones, ou sur toute autre terre, qui aujourd’hui vise à tuer nos frères en Irak, en Palestine et au Liban. Selon leurs valeurs traditionnelles, les peuples autochtones considèrent toute vie comme sacrée. Nous ne pouvons donc soutenir les gouvernements qui utilisent la force militaire pour amener la mort et la destruction.

   Pour terminer, nous nous associons à la déclaration du professeur Alfonso Martinez sur “Les Peuples autochtones et la résolution des conflits”. Selon lui, ces résolutions sont elles-mêmes « une source majeure de conflits, qui se terminent souvent soit par l’expulsion forcée des peuples autochtones, soit par des conditions de vie périlleuses liées aux guerres avoisinantes. Le pouvoir qu’ont les États d’”abolir” les titres autochtones sur leurs terres pour cause de sécurité nationale est souvent utilisé pour autoriser les forces armées à y entreprendre des projets de défense nationale. Projets qui incluent la construction de bases militaires, de terrains d’essai ou l’utilisation de ces terres pour des opérations de simulation. »

   Aucune terre autochtone ne doit être utilisée à des fins militaires car cela va à l’encontre de nos valeurs et de nos traditions.

Bobby Castillo
Traduction : Céline Planchou

1) Il s’agit de la fameuse "Divine Strike" (Frappe Divine), cf Lettre de Nitassinan n° 33
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