La
venue imprévue à Paris, au mois d’octobre,
d’Adelard Blackman,
représentant dènè du Canada, a été l’occasion
d’un entretien informel avec
cet orateur hors pair, que nous avions déjà rencontré il
y a un an et demi
et dont le discours a ému chacun de ceux qui assistaient à la
rencontre.
Toute
la chaleur et l'extrême gentillesse que
nous a témoignées Adelard n’ont pas rendu
moins inquiétant le point qu'il a fait sur la
situation de sa petite communauté dènè de
Buffalo River, tant les menaces extérieures,
contrariant leur projet d’autodétermination,
se multiplient. De nouveaux fléaux
font en effet leur apparition. Comme si l’existence d’une zone
d’entraînement de l’aviation militaire sur
leur territoire ancestral n’était pas un mal
suffisant, l’administration fédérale envisage
d’y installer un dépôt de déchets nucléaires.
On rappellera que le nord Saskatchewan, en
tant que 2ème producteur d’uranium au
monde, a déjà vu ses biotopes perturbés et
les modes de vie traditionnels des populations
locales remis en cause. La France n’est
d’ailleurs pas étrangère à ces développements
puisque la Cogema a directement des
intérêts dans les mines fournissant l’hexagone
en matière fissible, nécessaire à la production
d’électricité. Outre l’uranium, une
mine de diamant est aussi en exploitation et
les gisements de gaz et de pétrole, ou plus
précisément de sable bitumeux, attirent la
convoitise des multinationales.
Des
procédures judiciaires au
niveau international Un récent
meeting des différentes communautés
dènè a permis l’adoption d’une
résolution conjointe, qui donne une
dimension collective aux démarches entreprises
par la nation de Buffalo River. Adelard
Blackman nous a rappelé aussi
les
procédures judiciaires engagées de longue
date par sa communauté pour dénoncer
les agissements du Canada et du Saskatchewan
en matière de violation des droits
de l’homme. Pour cette démarche sans
précédent, 2007 représente une échéance
importante puisque une requête va être
déposée au tribunal international de la
Haye. Deux plaintes ont également été
déposées, l'une auprès de la cour interaméricaine
de l’Organisation des États Américains
et l'autre auprès de la Commission
des Droits de l’Homme de l’ONU. Même
le parlement européen devrait faire l’objet
d’actions de lobbying et de communication. En tout, ce
ne sont pas moins de sept actions en justice que le conseil de
bande a entreprises pour génocide, violation
des traités, perte des terres, perte de la
culture, défaut de consultation.
Si ces actions légales ont relativement peu
de chances d’aboutir, elles ont au moins le
mérite de sensibiliser l’opinion internationale
et de rappeler au Canada ses manquementsà
l’égard des premières nations. Du
18 au 24 janvier, Adelard fera partie d’une
délégation qui se rendra en Bolivie et sera
reçue par Evo Morales.