Alors
qu’à l’ouverture du sommet autochtone sur
l’uranium, qui s’est tenu en terre navajo, le président
Shirley réaffirmait la volonté de son gouvernement de
maintenir l’exploitation d’uranium hors des frontières
de la réserve, il vient d’autoriser l’ouverture d’une
nouvelle mine de charbon à Burnham, provoquant la
colère des habitants qui, depuis, bloquent l’accès
au
site grâce à un barrage permanent des routes.
Le
30 novembre 2006 s’est ouvert le sommet
autochtone sur l’uranium à Window
Rock, la capitale de la réserve navajo. Pendant
trois jours, des représentants venus de
quatorze pays ont essayé de dégager une
stratégie commune de lutte contre le développement
de l’exploitation d’uranium sur
les terres autochtones. Témoignage poignant parmi d’autres,
une Aborigène d’Australie du Sud, volée à sa
famille quand elle était encore enfant,
dénonce l’extension d’une mine d’uranium
qui menace son peuple d’une misère encore
plus grande. Les menaces de mort sont quotidiennes
depuis qu’elle a décidé de se battre
contre l’entreprise minière qui promet, par
ailleurs, la création de dizaines de milliers
d’emplois. L’argent achète toujours le
silence… Des quatre coins de la terre, les
témoignages sont les mêmes. Ils parlent des
machinations habituelles des industries
nucléaires, des entreprises abandonnant derrière
elles des taux de radiation alarmants,
des cancers, des fausses couches, des innombrables
décès de villageois autochtones. Sur la réserve
navajo, beaucoup de ceux qui ont travaillé dans les mines d’uranium
sont aujourd’hui décédés de cancers et de
maladies respiratoires. Leurs enfants sont pour la
plupart décédés également. Et pourtant,
près de 1 200 sites radioactifs n’ont toujours
pas été remis aux normes. Des roches ainsi
que des déchets radioactifs sont à l’air libre,
alors que les enfants jouent et que les troupeaux
paissent juste à côté.
Il en est de même pour les réserves acoma et
laguna, non loin de là. Les Pueblo ont également
travaillé dans les mines d’uranium.
Comme les Navajo, ils n’ont jamais utilisé de protections. Ceux qui n’ont pas travaillé
dans les mines ont mangé la nourriture qui
séchait au soleil, nourriture contaminée par
la poussière radioactive apportée par le vent. Ici comme au Canada, chez les Dènè,
le gouvernement observait les mineurs afin de
déterminer les effets de la radioactivité sur la
santé,
véritable
expérimentation
humaine, longtemps
après que
les scientifiques
aient pourtant mis en garde la communauté internationale sur les conséquences
mortelles de telles expositions.
Mais c’est en terre shoshone, au Nevada,
que l’impact de l’uranium aura été le
plus atroce, les essais nucléaires laissant
une cicatrice monstrueuse et indélébile.
« Laisser l’uranium
au coeur
de la Terre ! » Malgré la nouvelle loi navajo, qui interdit
toute nouvelle exploitation d’uranium sur
la réserve, de nouvelles entreprises prévoient
d’ouvrir des mines près de Crownpoint,
au Nouveau-Mexique. C’est
pourtant sur ce même site que la fuite
d’uranium la plus mortelle de tout le pays a
eu lieu en 1979, à Church Rock, contaminant
tout le Rio Puerco, ainsi que les nouvelles
terres attribuées aux relogés forcés de
Big Mountain. Les représentants autochtones
présents au Sommet ne sont pas seulement
venus témoigner. Les Nations
Amérindiennes
(Acoma, Laguna, Zuni, Navajo, Hopi, Pawnee,
Western Shoshone, Pima, Choctaw, Premières
Nations du Canada) et leurs alliés
d’Australie, du Brésil, de Chine, d’Inde, du
Vanuatu sont venus affirmer au monde
qu’ils étaient prêts à se battre contre l’industrie
minière et à défendre leurs terres, quels
que soient les moyens nécessaires. Après
avoir vu mourir tant de membres de leurs
familles, ils se sont résolus à agir, avec l’aide
et le conseil de leurs Anciens, en priant mais également en entamant
des actions en justice
et en informant et éduquant la communauté internationale.
Leur message résonnait à l’unisson : « Laissez l’uranium
au coeur de la Terre ! » La Déclaration rédigée à
l’issue du Sommet exige de la communauté internationale qu’elle
interdise toute exploitation d’uranium en terre autochtone. Elle reprend « les termes de la Déclaration
du Sommet mondial sur l’Uranium
qui s’est tenu à Salzburg, Autriche, en 1992,
qui affirme que "l’uranium et tout autre
minerai radioactif doit demeurer en sa
situation initiale". […] Nous [les peuples autochtones], nous
engageons pour un avenir
sans énergie nucléaire. »
État d’alerte à Desert
Rock ! Depuis le 12 décembre, des membres de la
nation navajo ainsi que des militants campent
jour et nuit pour bloquer l’accès au site
de Burnham (nord-ouest du Nouveau-
Mexique), espérant empêcher la construction
d’une centrale électrique qui, selon
eux, provoquerait un désastre social et écologique. Si
la construction a bien lieu, la centrale de Desert Rock couvrira 240
hectares de terrain et sera alimentée en
charbon. Les émissions toxiques qu’elle
dégagera ne feront que s’ajouter aux 35 000
tonnes de dioxyde de sulfate et aux 45 200
tonnes d’oxyde de nitrogène déjà déversées
annuellement dans l’atmosphère, puisque
trois des centrales électriques les plus
polluantes des États-Unis sont déjà réunies
sur cette partie de la réserve navajo. Les manifestants exigent des autorités
minières qu’elles leur fournissent les autorisations
requises pour commencer les travaux,
ainsi que l’enquête préalable sur les
impacts environnementaux qu’aurait une
telle installation. Alors que les travaux ont
bel et bien débuté, il n’y a toujours aucune
trace de ces documents officiels. Toute
construction a été interrompue depuis le
début du barrage humain. Dans la semaine
du 12 au 20 décembre, plusieurs injonctions du tribunal ont été délivrées à la
demande de la Dine Power Authority,
l’entreprise créée par le Conseil tribal afin
de mettre en place des programmes de
développement énergétique sur la réserve.
Copropriétaire de la centrale avec Sithe
Global, une multinationale basée à Houston,
au Texas, la Dine Power Authority a
menacé d’arrestation les dix protestataires
qui occupent les lieux en permanence, les
accusant de « ralentir le progrès des travaux
de construction ». Après avoir tenté de les intimider à longueur de journée,
leur interdisant d’utiliser les toilettes aménagées
sur place, et après avoir détruit le
camp et dispersé leurs effets personnels, la
police a finalement arrêté plusieurs
Aînées, le 21 décembre, pendant que les
hommes s’étaient absentés pour ramasser
du bois mort. Le gouvernement
navajo est largement en faveur du projet de construction, arguant
qu’il apportera à la fois de nombreux
emplois et de nouveaux revenus issus des
taxes. Décidément, l’histoire se répète
inlassablement… Car comment ces arguments,
maintes fois avancés au cours des
dernières décennies pour justifier les plus
horribles exploitations minières qui soient,
pourraient-ils faire le poids face aux Aînés
qui mettent en garde contre la destruction
de sites sacrés et la pollution d’un air déjà tellement contaminé ?
Ann Frazier, du groupe Citizens Against Ruining our Environment
(Citoyens Contre la Destruction
de notre Environnement), s’est ainsi adressée à
la presse : « Que ces grosses entreprises
s’introduisent sur nos terres pour agir de la
sorte et que nos leaders tribaux les laissent
faire est contre les croyances de notre
Peuple. » De plus, les manifestants affirment
que la centrale électrique n’apportera
pas le développement espéré à l’échelle
de
la nation navajo et que, une fois de plus, les
propriétaires s’en tireront avec tout le profit
alors que les résidents ne bénéficieront
même pas des installations, la plupart
d'entre eux n’ayant toujours ni électricité ni
eau courante. « Pourquoi devrions-nous
céder autant de terre pour une centrale électrique ?
s’interroge Dailan Long, résident
de Burnham. Ça n’a aucun sens : nous
avons la pollution et eux ont l’énergie ! »
Une impression de déjà vu…