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C O M M I S S I O N   P R I O N N I E R S > JAMES LOCKLEAR BROOKS
         RETOUR À LA COMMISSION PRISONNIERS | JAMES LOCKLEAR BROOKS | GALERIE
         HISTOIRE DES INDIENS LUMBEE

 

   Avec plus de 60 000 membres, les Lumbee de Caroline du Nord constituent actuellement la nation indienne la plus nombreuse de l'Est des Etats-Unis. Environ 30 000 vivent dans le Comté de Robeson, en particulier autour de la ville de Pembroke.
   L'origine de la tribu lumbee est assez obscure. Les Lumbee sont probablement les descendants de tribus côtières décimées par l'arrivée des Européens qui se sont regroupées pour survivre. Ils sont proches des Indiens Cheraw, une petite nation siouane dont ils partagent la langue.
   Les Lumbee et leurs voisins les Hatteras pourraient compter parmi leurs lointains ancêtres les colons anglais de la colonie de Roanoke fondée en 1586 par Sir Walter Raleigh sur les côtes de l'actuelle Caroline du Nord. Avant de regagner l'Angleterre l'année suivante, le gouverneur de la colonie avait donné instruction aux colons de laisser un message écrit s'ils devaient quitter l'île de Roanoke. A son retour trois ans plus tard, il trouve l'île déserte et le mot " Croatan " gravé sur une palissade. Il en conclut que les colons ont rejoint leurs amis hatteras sur l'île de Croatan. Pourtant, les colons ne seront jamais retrouvés. Se sont-ils rapidement intégrés à la tribu ? Leur présence a-t-elle influencé la vie et la culture indienne ? On observe que les Indiens de la région, en particulier les Lumbee, ont adopté très tôt le mode de vie de leurs voisins blancs. Au XVIIIème siècle, installés le long de la Lumber River, ils parlaient anglais, habitaient des maisons de rondins et s'habillaient comme les Blancs. Ils fréquentaient les églises baptistes et méthodistes et cultivaient de petites parcelles d'une terre très pauvre. On rencontre toujours chez les Lumbee des noms de famille comme Oxendine, Locklear, Chavis, Drinkwater, Bullard, Lowry, Sampson, des noms qui figuraient sur les registres des premiers colons anglais. Bien qu'ils aient partagé leur culture, les Blancs considéraient ces Indiens comme un groupe ethnique distinct et, au cours du temps, ils leur ont donné des noms différents, comme Scuffletonian, Croatan, Cherokee du Comté de Robeson et, finalement, Lumbee.


  DÉCHUS DE LEURS DROITS FONDAMENTAUX

   Après la guerre d'indépendance, les Lumbee sont demeurés en paix avec leurs voisins blancs. Jusqu'en 1835, les Lumbee ont joui des privilèges de la citoyenneté, y compris le droit de vote. Cette année là, l'Etat de Caroline du Nord promulgue une nouvelle constitution destinée à contrôler les non-Blancs et à prévenir les révoltes d'esclaves. Cette constitution interdit le vote aux "personnes de couleur", ainsi que de servir comme jurés dans les tribunaux, de témoigner contre des Blancs, de posséder des armes et d'apprendre à lire et à écrire. Bien que la constitution n'ait pas cité nommément les Lumbee, les tribunaux leur ont appliqué ces mesures aussi bien qu'aux Noirs. Comme les Lumbee ne bénéficiaient plus des droits civiques fondamentaux, ils sont devenus la cible de Blancs sans scrupules qui les escroquaient, s'appropriaient leurs terres et les forçaient à travailler sans être payés, une situation proche de l'esclavage.
   Au début de la guerre de Sécession, les Lumbee, n'étant pas blancs, sont exclus de la conscription. La Confédération sudiste les emploie à la construction de forts, les planteurs blancs refusant que leurs esclaves noirs soient utilisés pour ce travail. Une épidémie de fièvre jaune s'étant abattue sur la région en 1862, réduisant la main-d'œuvre, les Lumbee sont alors enrôlés de force comme travailleurs au service de l'armée confédérée. Tandis qu'ils se cachent pour échapper aux Confédérés, des Lumbee entrent en contact avec des soldats nordistes évadés des prisons sudistes. Des Lumbee donnent parfois asile à des soldats nordistes, et la tribu lumbee devient une enclave pro-nordiste. Les familles lumbee souffrent beaucoup de l'absence des hommes, obligés de vivre en proscrits dans les marais et les forêts de la région.

 

  UNE RÉVOLTE CONTRE L'INJUSTICE

   En 1864, Henry Berry Lowry, le héros légendaire des Lumbee, alors âgé de seulement seize ans, prend la tête d'un soulèvement pour protester contre les mauvais traitements et les injustices dont les siens sont victimes.
    La famille Lowry a dérobé quelques cochons à un planteur et les a ramenés à la ferme où elle cache des soldats nordistes évadés. Le planteur va dénoncer les Lowry aux autorités. Henry Berry et ses frères attirent le planteur dans une embuscade, puis s'enfuient dans les marais. Un mois plus tard, ils tuent les agents chargés du recrutement forcé des travailleurs indiens.
    Les Lowry et leurs partisans sont maintenant en guerre ouverte contre les Confédérés. Lors d'un raid audacieux contre le tribunal du Comté de Robeson, ils s'emparent d'armes et de munitions. Ils mènent une série de raids contre les riches plantations, épargnant les petites fermes, celles des plus modestes. Les Lumbee partagent volontiers leur butin, en particulier les provisions, avec les Noirs, les Indiens et les Blancs pauvres.
    Au printemps 1865, la "Home Guard" de l'Etat de Caroline du Nord attaque les fermes et les possessions des Lumbee, espérant, en vain, s'emparer de Henry Berry Lowry et de ses partisans. En perquisitionnant chez le père de Henry Berry, les soldats découvrent le pommeau d'or d'une canne qui avait été volée à un riche planteur. Tous les habitants de la maison sont arrêtés. Les soldats emmènent dans un bois le père de Henry Berry et l'un de ses frères et les exécutent. Le lendemain, une unité nordiste sous les ordres du général William T. Sherman investit le Comté de Robeson, obligeant la "Home Guard" a relâcher les prisonniers indiens.
Les Lumbee sont heureux de la victoire du Nord. Ayant apporté, souvent à leurs risques et périls, toute l'aide qu'ils pouvaient aux troupes nordistes, ils espèrent être libérés de l'oppression sudiste. Mais les troupes de Sherman ne voient pas clairement la différence entre amis et ennemis. Appliquant la politique de la terre brûlée, ils s'emparent des biens des Lumbee loyaux aussi bien que de ceux des planteurs rebelles.
    Quand les troupes nordistes quittent la Caroline du Nord, ils laissent les Lumbee dans une situation économique pire qu'avant leur venue. Bien plus, les sympathies des Lumbee pour le Nord leur valent les persécutions des Blancs du Sud. Lowry et sa bande, dont les effectifs se sont accrus, sont obligés de continuer leurs pillages afin de se nourrir eux et leurs familles.
    La victoire du Nord n'a pas rendu leurs droits civiques aux Lumbee. En fait, les anciens confédérés sudistes, appelés les Conservateurs, demeurent au pouvoir en Caroline du Nord. Les Lumbee se tournent vers le Gouvernement fédéral dans l'espoir d'obtenir la condamnation des membres de la "Home Guard" qui ont tué des Indiens. Mais le gouvernement, à ce moment dominé par les Républicains, ne donne pas suite à la demande, jugée inopportune.

 

  LOWRY, UN HÉROS DE LÉGENDE

   Les fonctionnaires fédéraux refusent de reconnaître le combat de Lowry et des siens comme une guérilla nordiste menée contre les Confédérés, mais au contraire les pourchassent comme des criminels de droit commun. Lowry et sa bande demeurent des hors la loi, contraints à se cacher dans les régions marécageuses de la Lumber River, lançant des attaques contre les riches propriétés, déjouant les poursuites de l'armée envoyée contre eux.
   A la fin des années 1860 et au début des années 1870, Henry Berry Lowry est une figure légendaire. Il vole les riches, donne aux pauvres, réussit d'audacieuses évasions, libère les membres de sa bande emprisonnés. Il accompli l'un de ses plus remarquables exploits en juillet 1871. Des soldats se sont emparés de femmes lumbee pour les garder en otages. Henry Berry se présente seul, tirant sur les soldats en se protégeant derrière son canoë. Il contraint les dix-huit soldats à battre en retraite, emportant leurs blessés. Henry Berry se fait remettre les otages lumbee en menaçant d'enlever des femmes blanches et de les emmener dans les marais, une menace prise, semble-t-il, très au sérieux.
   En février 1872, Lowry et ses hommes dévalisent un magasin à Lumberton. Mais au lieu de s'emparer de nourriture, ils s'enfuient avec 22 000 dollars. Ce sera le dernier raid connu de la bande et on perd la trace d'Henry Berry. La mystérieuse disparition d'Henry Berry contribua à son héroïque légende. Il fut un homme remarquable qui s'était battu contre l'injustice, la discrimination raciale et qui a largement aidé à préserver l'identité ethnique de son peuple. Les exploits de sa bande ont rendu leur fierté aux Lumbee et aux Indiens du Sud en général, et la conscience de leur capacité à contrôler leur propre vie.

 

  "UN ÉNORME DENI DE JUSTICE"

   En 1885, les Lumbee obtiennent de l'Etat de Caroline du Nord leur reconnaissance en tant que tribu. Ils commencent à ouvrir des écoles indiennes séparées pour l'éducation des jeunes de la tribu. L'actuelle Université de Caroline du Nord à Pembroke est un vestige de l'ancienne école indienne (Indian Normal School) construite par et pour les Lumbee.
   A la fin du XIXème siècle, les chefs des grandes familles lumbee réclament la reconnaissance de leur nation au niveau fédéral. Entre 1888 et 1956, plusieurs projets de loi sont présentés en ce sens devant le Congrès des Etats-Unis. Des enquêtes parlementaires sont menées sur le statut et la situation des Lumbee. Ces enquêtes concluent toutes qu'il existe là "une grande tribu indienne avec des besoins sociaux et économiques pressants".
   Finalement, en 1956, le Congrès reconnaît les Lumbee en tant que "tribu indienne", tout en leur refusant les fonds fédéraux dont bénéficient habituellement les tribus sous statut fédéral. La Chambre des Représentants présente à deux reprises des propositions de loi pour accorder aux Lumbee la "pleine reconnaissance fédérale", mais le Sénat les repousse.

   La tribu lumbee est actuellement la seule de l'Etat de Caroline du Nord à se gouverner elle-même, grâce à sa propre constitution tribale. Le Gouvernement de la Nation lumbee est actuellement engagé dans des pourparlers avec des responsables fédéraux pour corriger ce que beaucoup d'historiens, de juristes, et les Lumbee eux-mêmes appellent "un énorme déni de justice" et obtenir enfin la reconnaissance fédérale.

 

  VICTOIRE SUR LE KU KLUX KLAN

   Les Indiens Lumbee du Comté de Robeson se sont faits connaître au niveau international quand, dans les années 1950, ils se sont opposés au Ku Klux Klan.
Le tristement célèbre Ku Klux Klan, prônant la suprématie blanche, avait été créé à la fin de la guerre de Sécession par un groupe d'officiers sudistes nostalgiques du temps de l'esclavage et bien décidés à empêcher par la terreur et le meurtre les Noirs libérés d'accéder aux droits de citoyens. Naturellement, ils ne manquaient jamais de s'attaquer aux Indiens quand ils l'estimaient nécessaire.
   Ainsi, quand deux familles lumbee s'installent dans un quartier blanc au début de janvier 1958, les hommes du KKK viennent brûler des croix devant leur maison afin de les terroriser et de les contraindre à partir. Ces actions sont orchestrées par James Cole, Grand Sorcier du Klan et partisan proclamé de la ségrégation raciale. Après l'avertissement des croix de feu, Cole annonce que le KKK va tenir un rassemblement pour "remettre les Indiens à leur place". Comme le rassemblement se prépare, M. Mcleod, le shérif du Comté, conseille au KKK d'annuler la manifestation pour sa propre sécurité. Cole veut ignorer l'avertissement mais, alors que les hommes du Klan, vêtus de leurs robes blanches, commencent à se rassembler au crépuscule du 18 janvier, ils découvrent qu'ils sont entourés d'Indiens, beaucoup plus nombreux qu'eux et puissamment armés de fusils. Les hommes du Klan, terrorisés, demandent rapidement l'intervention des forces de l'ordre. Escortés par les policiers, ils quittent le Comté de Robeson sous les huées et les quolibets des Lumbee. Le KKK n'est jamais revenu dans le Comté de Robeson.

 

  PAUVRETÉ, PRISON ET MORTS VIOLENTES
Famille Lumbee en 1936
Famille Lumbee en 1936
   Pembroke, une petite ville du Comté de Robeson, dans le coin sud-est de l'Etat, est le cœur de la nation lumbee. Parmi les 100 000 habitants du Comté, près de 40 000 sont des Lumbee. Plus de la moitié des 70 000 Indiens de Caroline du Nord réside dans le Comté de Robeson. C'est une région rurale et pauvre, encore largement marécageuse. Le revenu moyen de ses habitants arrive au 96ème rang pour l'ensemble de l'Etat de Caroline du Nord.

   Des études récentes montrent que les Indiens y ont 50% plus de chances de mourir d'accidents, et sont deux fois plus susceptibles d'être assassinés que les Noirs ou les Blancs. Une étude portant sur les causes de décès chez les Indiens montre que sur les 1 183 morts survenues en quatre ans, environ 200 étaient des morts violentes. Des enquêtes révèlent qu'une proportion anormale d'accusés déférés devant les tribunaux sont des personnes de couleur, dont 52% d'Indiens. Le taux d'incarcération dans le Comté de Robeson est trois fois la moyenne nationale, et 70% plus élevé que dans l'ensemble de l'Etat de Caroline du Nord.
Le système de justice criminelle est totalement entre les mains des Blancs. D'après les plus récentes informations, tous les Indiens actuellement condamnés à la peine de mort en Caroline du Nord viennent du Comté de Robeson, et ont donc de fortes chances d'être des Lumbee.

 

  UN PEUPLE INDIEN À PART ENTIÈRE

   Aujourd'hui, bien qu'ils soient parfois regardés de haut par leurs voisins indiens et par les autres tribus à cause de la perte de leur langue et leur très ancienne adoption de nombreux traits de la culture blanche, les Lumbee sont devenus une sforce importante dans les luttes sociales, et ils demeurent un peuple indien à part entière. Ils tiennent chaque année des rassemblements traditionnels durant lesquels des danses, des chants et des contes traditionnels sont présentés. Chaque automne est marqué par un "home coming" (retour à la maison) quand les Lumbee se rassemblent, venant de toute la région.
   Depuis les années 1960, des Lumbee ont été candidats aux élections et ils ont gagné des postes dans les structures locales, mais aussi au niveau national. Ainsi, Dexter Brooks, un Lumbee, a été le premier Indien connu à siéger à la Cour Suprême d'un Etat. Arlinda Locklear, une avocate lumbee, a été la première femme indienne à plaider devant la Cour Suprême des Etats-Unis. Dans un tout autre domaine, des jeunes femmes lumbee ont accédé à la célébrité : deux d'entre elles ont été élues "Miss Caroline du Nord" dans les années 1980-1990, et une autre a été en compétition en 2002 pour le titre de "Miss Univers".
   Des Lumbee occupent des positions importantes, comme à la tête de la Lumbee Bank créée à Pembroke, la plus ancienne banque possédée et gérée par des Indiens aux Etats-Unis. Glen Mayor, un Lumbee, a été le premier shérif indien élu en Caroline du Nord. Le maire de la ville de Pembroke est un Lumbee, ainsi que le chef de la police et les membres du conseil municipal. En 1990, A. L. Dial est élu au parlement de Caroline du Nord où il combat pour le redécoupage des districts (électoraux) du Comté de Robeson, une réforme adoptée l'année suivante. L'un de ces districts a une population majoritairement indienne, ce qui assure une juste représentation de la population indienne de Caroline du Nord pour les années à venir.

Famille Lumbee en 1948
Famille Lumbee en 1948. De gauche à droite, Ralph Brooks, Lovedy Locklear et Silas Brooks.
Devant Sarah et Lawrence Brooks

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  le site: http://www.lumbee.org