publiée le 19/01/2026 par

« Aujourd’hui nous sommes le 12 octobre et contre tous pronostiques, 533 ans après, nous sommes ici, femmes des peuples qui ont été classées comme autochtones, femmes mapuche, zoque, munduruku, arapium, kali’na, et nous disons que la colonisation ne s’est pas terminée et que nous continuons à lutter pour la vie.
Je veux partager quatre points.
Le premier : signaler que le génocide auquel nous assistons aujourd’hui en Palestine n’a pas commencé il y a 2 ans mais il y a 5 siècles avec le début de la colonisation, c’était l’inauguration d’une guerre contre la Terre et contre des centaines de peuples. La colonisation est la racine des profondes crises environnementale et climatique que nous sommes en train de vivre. L’altération de la terre par l’activité humaine est coloniale, nous pouvons dire que c’est une trace anthropogénique coloniale, raciste, capitaliste et patriarcale.
Nous nous demandons : comment s’exprime la colonisation au 21ème siècle ? Comment s’exprime le colonialisme énergétique, la matrice des énergies fossiles des sociétés industrielles ?
Tout cela s’exprime à travers l’accroissement de la dépossession de nos territoires pour l’extractivisme minier. La décarbonation du nord global demande des minerais qui se situent dans les territoires de nos peuples. Ce qu’on appelle la transition énergétique, au nom de laquelle les pactes verts européens, demande des minerais et rend impossible le respect des droits territoriaux, limitant les autonomies. C’est pour cela que dans ces latitudes il y a une grande responsabilité par rapport aux territoires de nos peuples, la responsabilité du colonialisme contemporain.
Le colonialisme actuel s’exprime aussi dans l’augmentation du nombre de mégaprojets énergétiques : photovoltaïques, éoliens ...
Le peuple auquel j’appartiens s’est battu contre une mine à ciel ouvert et nous avons réussi à arrêter l’entreprise Minaurum Gold. La lutte pour les fleuves a uni les peuples zoques et zapotèques. À l’instar du peuple auquel j’appartiens des centaines de peuples sont en train de lutter dans le monde, ils sont en train de secouer le cadre juridique et ils mettent les droits de la nature au centre.
En 2021 nous avons fait une tournée contre Électricité de France et son mégaprojet éolien sur nos terres. Comme résultat de cette tournée et grâce à la lutte du peuple zapotèque sur son territoire et à la solidarité internationale, à l’heure qu’il est EDF n’a pas pu débuter son projet.
Chaque défense d’un fleuve, chaque défense d’un territoire, est la défense de la vie. Pour tous, toutes et tous, chaque fleuve vivant, chaque fleuve propre, ouvre la possibilité de créer des ponts depuis les suds de nos peuples jusqu’aux suds de ce nord, et c’est pour ça que je peux dire que la lutte anticoloniale est aussi une lutte antifasciste. Je vais lire une phrase de Frantz Fanon : « Qu’est-ce que le fascisme si ce n’est le colonialisme au sein des pays traditionnellement colonialistes ? » Cela me mène à suggérer que à mesure que s’aggravent les crises environnementales augmentent aussi les colonialismes historiques et les fascismes. C’est pour cela que la lutte pour un fleuve peut créer des ponts de luttes anticolonialistes et antifascistes.
La lutte et la solidarité internationale font partie du chemin pour s’attaquer à tous les colonialismes et les fascismes.
Merci ! »



