publiée le 06/03/2026 par

Juan Pablo Guttierez est un autochtone yukpa de Colombie réfugié en France après avoir survécu à deux tentatives d’assassinat pour s’être opposé aux mines de charbon dans les montagnes de leur territoire. Il est aussi assistant parlementaire de l’eurodéputée allemande Carola Rackete. Il était l’un des invités le 11 octobre 2025 au week-end « Decolonize » organisé par le CSIA et le CSPCL. Nous reproduisons ici quelques-unes des paroles qu’il a prononcées à cette occasion.
« Face à la domination du colonialisme, nous, le peuple Yukpa, avons dû nous organiser pour lutter et continuer à résister. Aujourd’hui, nous faisons partie de l’ONIC, l’Organisation Nationale Indigène de la Colombie, qui, avec 115 peuples autochtones de la Colombie réunis dans une même organisation, a réussi à devenir un vrai contre-pouvoir à l’état colombien pour essayer de faire que les choses changent.
Aujourd’hui, dans tous les espaces où on nous accorde la parole, on nous demande : "Juan, c’est une tragédie, qu’est-ce qu’on pourrait faire pour aider ? C’est quoi le geste de solidarité que vous estimez le plus important ?" Alors nous avons changé un tout petit peu de discours au fil des années, et maintenant nous disons qu’il n’y a pas de geste de solidarité plus éloquent envers nous, et je crois envers tous les peuples autochtones du monde, que de commencer à lutter une fois pour toutes ici-même, parce que c’est le produit des politiques et des décisions qui se prennent ici, qui ont un impact indubitable sur nos territoires. Nous-mêmes luttons déjà depuis plus de cinq siècles contre ce monstre, et c’est maintenant ici que ce devoir et cette tâche doivent être menés.
[…] Finalement, Le système dans lequel on est plongé, aussi bien dans le sud global qu’ici, ce système capitaliste, néolibéral, colonial, il vous a fait comprendre qu’il n’y avait plus d’alternative : c’est pour ça que les gens sont incapables de sortir de la complexité de ce problème et c’est pour ça qu’il n’y a pas de véritable indignation, mais plutôt une résignation.
Mais je peux vous dire que les peuples autochtones, si nous avons tout perdu, et si nous portons, même encore aujourd’hui, le poids d’un monde qui a besoin de nos territoires, de la destruction de nos territoires pour pouvoir survivre, s’il y a quelque chose que nous n’avons jamais perdu, c’est l’espoir et la joie de vivre, dans une vision collective du monde. Et pour moi, ça c’est la clé pour que vous puissiez faire de votre société une véritable société émancipée, où ces valeurs humanistes passent de la théorie à une véritable réalité, pour que la parole se connecte à nouveau dans l’action. Tous les peuples autochtones possèdent deux choses : une vision collective et un respect profond de ce qu’ici on appelle la nature, c’est-à-dire de notre environnement. Si on commence par ces deux points ici, on va réussir.
Juan Pablo Guttierez »
—Transcription : CSIA-Nitassinan
Photo : Juan-Pablo Guttierez (Yukpa de Colombie) avec Llanka Millan (Kuna/Mapuche de Puelmapu, Argentine), invité.e.s du CSIA-Nitassinan en octobre dernier, au Parlement Européen.




