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Comité de Solidarité avec les Indiens des Amériques

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Dépossession territoriale en Argentine : les Peuples Autochtones en insécurité juridique

publiée le 20/09/2026 par CSIA-Nitassinan

Le 19 août dernier, une opération d’expulsion des lof Kinxikew et Melo a commencé dans la province du Neuquén en Argentine. Les camionnettes du Groupe Spécial d’Opérations Policières et de la Gendarmerie sont arrivés tôt le matin pour déloger les familles des deux communautés mapuches. Les lonko des deux lof ont lancé des appels à l’aide et une solidarité s’est mise en place chez les autochtones du pays, alors que l’opération se poursuivait pendant la semaine qui a suivi. Le mercredi 26 août la justice argentine a ordonné la suspension de l’expulsion ce qui a mis fin à l’opération sans régler la question de fond, un conflit territorial entre les communautés et la famille Broers qui fait valoir un droit de propriété privée sur le territoire.

Une situation d’insécurité juridique

Le territoire revendiqué est situé en partie dans un parc naturel créé en 1934, nommé Parque Nahuel Huapi. Les lofs Kinxikew et Melo y ont effectué une récupération territoriale en 2011 sur plus de 600 hectares, or la famille Broers fait valoir qu’elle a acheté ce terrain il y a longtemps, ce qui est étrange car les parcelles du Parque Nahuel Huapi ne sont pas censées être ouvertes à la vente.

La lonko du lof Kinxikew explique avoir fait face depuis 2016 à 80 ordres d’expulsion mais qu’aucun n’a abouti jusqu’à ce mois d’août 2026 où trois familles ont finalement été délogées. L’avocat des communautés estime que l’expulsion n’ayant pas été à son terme elle doit être annulée complètement.

Mais au-delà des méandres judiciaires actuels, il y a une question de fond qui n’est pas résolue, celle des titres de propriété communautaire.

La situation juridique est que la constution argentine reconnaît le droit de propriété communautaire au même titre qu’elle reconnaît le droit à la propriété privée, or aucune loi pour garantir ce droit n’a jamais été votée. En 2006, dans un souci de protection des terres autochtones, une loi d’urgence a été adoptée afin d’interdire les expulsions.

Cette loi, appelée loi 26.160 a été prorogée 3 fois, en 2009, en 2013 et en 2017, puis, l’assemblée nationale ayant rejetée une nouvelle prorogation en 2021, le président Alberto Fernández l’a prorogée de nouveau par décret, or le président Javier Milei élu en décembre 2023 n’a pas reconduit la loi 26.160, laissant les communautés autochtones dans une insécurité juridique.

L’Argentine compte plus de 50 peuples autochtones distincts, et plus de 1000, voire plus de 2000 communautés, personne n’est en mesure d’en faire un dénombrement exact. Sur ces plus de 1000 ou 2000, seules quelques centaines possèdent un titre de propriété communautaire. La réalité de nombreuses communautés est que des relevés de leur territoire ont été effectués conformément aux exigences de la constitution mais la procédure n’est pas allée jusqu’à la délivrance du titre.
Pour le lof Kinxikew par exemple, les documents existent, quand les jésuites sont arrivés en 1680, ils ont cartographié le territoire et leurs écrits attestent de la présence ancestrale des habitants actuels, même si ces derniers avaient été déplacés pendant des décennies à partir de la Campaña del desierto (1878 - 1885) au cours de laquelle l’Argentine a conquis la Puelmapu.

Selon Sandra Ceballos, présidente de l’Association des femmes Autochtones Avocates, c’est le résultat de l’absence de loi pour garantir cette disposition de la constitution, « Le problème est pris à l’envers, au lieu de faire une loi de fond pour garantir la propriété communautaire, on a fait une loi d’urgence pour interdire les expulsions. »

Une insécurité globale

Aujourd’hui, avec le gouvernement d’extrême-droite de Javier Milei, la volonté est de favoriser la propriété privée, l’installation des entreprises mais aussi l’arrivée des magnats de la tech qui voient notamment dans la Patagonie un espace favorable pour implanter des datacenters.

"Nous voyons le cadre des garanties juridiques se vider, dans un pays qui croyait pourtant avoir consolidé son existence démocratique et donc l’inclusion de toutes ses composantes, mais ce qui arrive aujourd’hui est une situation de tyranie." estime Mauro Millan, lonko du lof Pillañ Mawiza, Chubut.

La situation d’insécurité juridique ne touche cependant pas que la Patagonie mais bien l’ensemble du pays. Les provinces du nord-ouest sont particulièrement touchées par la montée en puissance de l’extractivisme, essentiellement du lithium très demandé dans le cadre de la transition énergétique et de la course au numérique.

Selon Estela Maris, Kolla de Iruya, province du Jujuy, 1529 hectares de forêt sur des terres autochtones ont été perdus en 2025 au profit d’entreprises, plus de 18 millions de mètres cube d’eau par jour sont pompés pour les mines de lithium et 326 actions légales contre l’extractivisme sont en cours pour le seul Jujuy.

A toutes ces formes brutales de dépossession s’ajoute une forme moions visible et plus vicieuse, le blocage des services : de nombreuses personnes vivant dans une communauté se retrouvents privées de services publics ou encore de services bancaires et peuvent se retrouver contraintes de s’exiler.

"La situation aujourd’hui est dangereuse, nous vivons dans la peur. C’est difficile de vivre dans la peur qu’un ordre d’expulsion arrive à tout moment. Nous avons des droits en tant qu’humains et nous demandons juste à ce que ces droits se concrétisent." Noelia Huenumil, lonko du lof Melo.

Évolution récente

Le gouverneur de la province de Neuquén a effectué un virage en reconnaissant le 13 septembre une personnalité juridique au lof Melo. Cela n’équivaut pas à un titre de propriété communautaire, c’est une étape préalable.

— Le CSIA-Nitassinan

Références

– Un article en partie rédigé à partir de la conférence du 4 septembre 2026 du projet Pluriversidad : https://pluriversidadindigena.org

Quelques sources en espagnol :

– Reconnaissance de la personnalité juridique du lof Melo : https://www.resumenlatinoamericano.org/2026/09/13/nacion-mapuche-reconocen-la-personeria-juridica-al-lof-melo-reconocimiento-o-acto-de-distraccion/
– À propos de l’expulsion des lofs Kinxikew et Melo : https://www.cels.org.ar/web/presentacion/

ACTION _____________________________________________________

PÉTITION : NON À LA VENUE DE JAVIER MILEI À PARIS

– Signez la pétition pour demander à la mairie de Paris de déclarer Javier Milei persona non grata : https://www.change.org/p/pour-que-la-mairie-de-paris-déclare-javier-milei-persona-non-grata